DÉPART POUR LA GUERRE
Le Cosaque a passé le Don large et tranquille :
La jeune fille, au bord, est debout tristement.
« Adieu, dit-il encore... et maintenant qu’on file,
Mes bons petits chevaux marrons... et lestement ! »
— « Reste ! vois de mes pleurs le ruisseau qui s’épanche ; Me quittes-tu vraiment, mon bien-aimé, mon cœur. »
— « Sans frotter tes yeux bleus, sans tordre ta main
[blanche,
Attends que je revienne, enfin libre et vainqueur. »
— « Je 11e veux rien que toi ; la terre tout entière Peut périr, que m’importe ! un seul est mon ami. »
— « Le service du Tsar m’appelle tà la frontière,
Mon devoir est d’aller combattre l’ennemi. »
— (( On le battra sans foi, cher cœur; je t’en supplie, Ne va pas à la guerre, oh ! reste, reste ici ! »
— « Que dira-t-on si je recule et si j’oublie L’ennemi, mon devoir, ma propre gloire aussi? »
— a Hélas ! quel sacrifice!... eh bien ! pars pour la
[guerre,
Pour un an seulement... mais ton cœur m’oubliera... »
— « T oublier ? jamais, tant que je serai sur terre,
Tant qu’un souffle de vie, un seul me restera ! »