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Les Chants secrets

Depuis un an, je trouvais sur ma table, — via vieille table de poète, toute proche là sous vies doigts et qui vie semblait pourtant à une distance astrale, séparée qu'elle était de moi par les décombres invisibles d'un monde écroulé, — je trouvais parfois des paquets venus du front, des cahiers d'une écriture nette, sérieuse, pensive, des vers : ce sont ceux-là que vous publieT^ aujourd'hui .

Vous ave:( raison de les publier. Il est bon que les soldats — car vous êtes dans la fournaise où vous faites vaillamment votre sévère devoir — montrent que Vdme française les habite toujours à travers les horreurs que l'Allemagne a imposées au monde, et que cette dnie française est demeurée l'âme humaine que notre pays a toujours projetée dans le rayonnement de sa littérature.

Et puis, et surtout, vos vers valent par eux-mêmes. Vous êtes toujours sincère. La sincérité, en poésie, c'est la grandehonnéteté. On connaît le beau mot de fean Dolent : « Le style est l'état

innocent de T esprit » . Ne peut être bien dit que ce qui devait être dît par tel poète. Le grand éciicil, c est qu'à lui se substituent Hugo, ou Lamartine, ou Heredia, ou Moréas, ou Verhaeren. Vous réussisse?;^ presque toujours à n'exprimer que vous {quelquefois une coupe de Hugo se reconnaît, mais fugitive). Fous dites ce que vous avei à dire, sobrement, simplement, avec une austérité qui rappelle parfois Sully Prndhomme, mais qui répond encore plus à ce jansénisme projond, une des formes de l'esprit français, qui court comme une veine d'or secret dans le sol national, de la Chanson de Roland à Pascal, à Vigny, à Sully et à mus. f 'aime mieux votre gris à la Philippe de Champagne qu'un coloriage qui camouflerait le sentiment.

Il est certain que des pièces comme Usine, Nuit de 1915, Le Cimetière, Regards en arrière. Lettre, Evocation, Le renfort, Reconnaissance, Le vase de cristal. Les racines, et cette noble pièce terminale. Devant un miroir, — il est certain, dis-je, que toutes ces pièces, et d'autres encore, sont d'un vrai poète psychologue et philosophe, qui a le sens des idées et déjà l'art de les animer en images. Un détail vous frappe, dans la nature ou dans la vie. Votre rêverie part de là, et la description s'élargit en méditation.

La guerre vous a fait beaucoup réfléchir dans les abris souterrains où vous régnei, pianiste vêtu de bleu horizon, sur le clavier silencieux du standard téléphonique. Vous vous êtes souvent demandé à quoi bon ces atroces tueries. Il y eut en effet des moments où la guerre immobile semblait avoir immobilisé l'histoire même ; on ne voyait plus le sens du monde. La victoire nous le fait retrouver. Au plus fort de la détresse, votre pitié des autres et de vous-même ne va jamais jusqu'à la triste et molle déptoration qui a si bien réussi à nos alliés russes. Il est évident que la guerre est une chose affreuse. Mais c'est précisément contre elh

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