‹ Les chants séculaires. Préf. de Louis BertrandChapitre 11 sur 63 · RENÉ DESCARTES · texte numérisé non relu

RENÉ DESCARTES

En philosophe, en gentilhomme.

Servant dans les troupes du Roi, Par les chemins, fredonnant comme Les vétérans autour de toi,

Distraitement frôlant la roue De quelque chariot branlant.

Sans voir le soleil ni la boue, Sous la pluie ou l'air accablant,

A ton cheval lâchant les brides Tu suivais l'armée en rêvant; Les bois luisaient, de belles rides Creusaient les fleuves sous le vent.

Pour tromper l'ennui de Pétape Les soldats chantent; des maisons La rumeur des métiers s'échappe, Et du fond des grands horizons

La blanche troupe des nuages Suit l'armée avec nonchaloir; Pour ennoblir les paysages, Des villes fument dans le soir.

Les flaques trempent les ornières; Des femmes lavent sous un pont, Et le claquement des bannières Au bruit sourd des battoirs répond.

Le matin, levé dès Faurore,

Entonnant un refrain gaillard.

Le régiment partait encore ;

Des vieux sacraient dans le brouillard;

Le long des prés, blancs de rosée.

L'air embaumait les foins coupés; Et toi, dans ta lente pensée, Dans Tombre des noyers épais,

Tu voyais se former les lignes De quelque grand matin moral; Les grives fuyaient dans les vignes, Aux ruisseaux buvait ton cheval;

Et dans ta volonté profonde, Tant le ciel était pur et clair, Tu sentais que les lois du monde Montaient lucides comme l'air.

Voici les jours dorés où les ruches essaiment,

La mousse des rochers descend boire aux ruisseaux,

Dans la verte rumeur des feuilles et des eaux

Les sources nous sourient et les arbres nous aiment.

Parfums d'avril! odeur de la pluie et du vent!

Des jours plus radieux se lèvent sur la plaine,

Et Ton voit miroiter la rivière trop pleine

Dans les prés caressés par le soleil levant.

Un humide frisson passe sous la feuillée ;

Au fond des bois en fleurs s'est endormi l'hiver,

Et le matin plus tiède, aux souffles de la mer

Mêle l'obscur printemps de la terre mouillée.

Tout s'éveille. A ton tour, ô mon cœur, ouvre-loi.

Les pigeons amoureux roucoulent sur le toit,

Les arbres du jardin sont pleins de tourterelles. Et les rêves pieux qui montent des maisons Douent d'un plus riche e'clat les larges horizons Et découvrent un sens aux étoiles nouvelles.

Les étoiles de la patrie Pour mieux enivrer tes vingt ans Mêlent leurs visages flottants, 0 jeune homme, à ta rêverie.

Toi qui vois dans le vent du soir, Lorsque s'endort ta vieille ville, Se lever la cité qui brille Dans les champs du firmament noir,

0 cœur naïf, âme sincère, 0 mon frère, avec toi j'attends Que frémisse un nouveau printemps Dans les lauriers de notre terre.

Serions-nous seuls à l'espérer, Les dieux ne trompent point le sage ; Nous les avons vu labourer Un champ dévasté par l'orage.

Ah! viens, mon'frère, un grand matin Va se lever sur la campagne, .Monte avec moi sur la montagne D'où l'on voit naître le destin.

Regarde, les collines blanches De nos cités saluent l'éveil, La plaine luit, vers le soleil Tout un peuple agite des branches.

J'ai chassé le doute de moi;, J'entonne l'hymne des vieux maîtres.

Puisque le rêve des ancêtres Déjà se réalise en toi.

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