‹ Les chants séculaires. Préf. de Louis BertrandChapitre 41 sur 63 · L'HYMNE · texte numérisé non relu

L'HYMNE

Et quittant la maison j'ai pris la route claire Qui mène à travers blés jusqu'au mont de la paix.

J'ai chanté le chant séculaire, Les aïeux m'écoutaient sous les chênes épais.

Là -bas, les moissonneurs redressaient leurs épaules, Au grand soleil les faux jetaient leur rude éclair.

J'ai chanté le vieux chant des Gaules : Éveillez-vous, aïeux endormis dans ma chair.

Maintenant le couchant baise la plaine blanche, Vers les granges les chars épars sont en chemin.

J'ai chanté le chant de revanche, J'ai pétri le pain noir qu'on mangera demain.

Des SOCS saufilants du Nord poui' effacer la trace Combien nousfaudra-t-il de colère et d'amour? J'ai chanté le chant de la race, K. I-«^s dieux de la patrie enfin sont do retour.

; Le couchant descendait sur Fume populaire, Dans les champs moissonnés s'endormaient les troupeaux,

J'ai chanté l'hymne séculaire, Les dieux de la patrie habitent nos drapeaux.

lA GUERISON

Dans le beau iilet d'or des astres qui s'allume

Au-dessus de la mer qui fume

Le soir jette le jour mourant, Le cadavre divin sur les roches saignantes

Voit s'accrocher ses mains tramantes

Aux herbes noires du torrent.

Viens. Les rosiers blessés t'attendent. C'est toi seule

Qui pensive comme une aïeule

Et candide comme une enfant Peux murmurer les mots de ma mélancolie.

Au-dessus des morts qu'on oublie

La pierre des tombeaux se fend.

Nous sommes seuls peut-être à songer à ces choses; Le cimetière est plein de roses, La lune enchante les cyprès.

Vu Jour, un jour encor qui tombe sur la route, Rien n'est venu, personne, écoute...

L'ombre des morts est sur les prés.

Dans le ^'olfe allumé la ville chante et brille,

A présent sur la mer tranquille

Rêvent les anges du sommeil.

Je suis seul à songer à la terre meurtrie.

Aux lauriers morts de la patrie, —

Viens, ton cœur au mien est pareil.

Un soir comme celui que nous sentons ramène,

0 ma sœur, la détresse humaine

Au fond même de notre amour.

Tous ces enfants joyeux qui jouaient sur les gerbes,

Ces couples couchés dans les herbes,

Se hâtaient de jouir du jour.

Nous, nous n'écoutons pas la voix de la nature.

Pour cicatriser la blessure.

Que sont vos fleurs, vertes saisons"? Ah ! viens ! quand viendras-tu, heureuxprintemps de France?

Jusqu'au jour de la délivrance

Les morts habitent nos maisons.

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