SES CARACTÈRES PARTICULIERS
Je n'ai observé la gelée fondamentale du charbon de Ceara que contractée et solidifiée. Il n'y avait point de parties silicifiées dans le spécimen que j*ai étudié.
Cette gelée est brun foncé. La matière était à un état d^humification plus condensé que celles du Brown Oilshale et du schiste du Bois dWsson. Elle était parvenue au même degré de condensation dans toutes ses parties. Il n'y a donc pas ici de zones jaune clair, opposées à des zones rousses, comme dans le schiste écossais. La gelée humique fondamentale n'a pas donné de coi*ps jaune d'or dans la roche de Ceara.
La structure de la gelée fondamentale est uniforme dans toute sa hauteur. Elle ne présente pas trace de réticulation. Cette gelée a donc eu de suite une forte consistance. J'ai reconnu en effet que cette gelée s'est coupée par des fissures obliques comme celles du Brown Oilshale. On y voit quelques exemples de coquilles d'Ostracodes maintenues verticalement le bord dorsal en haut. Enfin la gelée fondamentale ria pas
LES CHARBONS HUMIQUES ET LES CHARBONS DE PURINS Io5
empli la cavité comprise entre les valves couplées de ces coquilles d'Ostracodes. Tous ces caractères concourent à nous montrer la gelée initiale comme ayant acquis de très bonne heui*e, au moment de son dépôt, une consistance analogue a celle d'une gelée gélosique à 0,007 ou 0,008.
La présence d'Ostracodes et quelques autres indices que je relèverai en étudiant les corps accidentels du schiste brésilien montrent que sa gelée fondamentale n'est plus de la matière humique presque pure comme celle des roches de Broxburn et du Bois d*Asson. A la substance humique ordinaire s'ajoute ici une petite quantité de matière organique d'origine animale. De ce fait la capacité rétentrice de la gelée fondamentale pour le bitume se trouve augmentée. Cette modification des caractères des charbons humiques est la transition qui nous permettra de comprendre les caractères spéciaux des charbons de purins.
La gelée fondamentale du charbon de Ceara est très finement stratifiée (fig. jS, 74i ^1* VII). Ce caractère très accusé dépend ici de la structure de la gelée. En effet, sur des coupes verticales extrêmement minces vues au grossissement de 600, cette gelée m'a paru composée de petits traits bruns horizontaux de I |i. 5 à 4 H^T sur o |jl 5 à o p. 6, entourés d'une auréole plus claire ; autour était une masse brune uniforme. La masse non ébranlée semblait ainsi formée par un empilement de traits semblables (fig. 86 et 87, PL VIII). Les dimensions restaient les mômes sur deux coupes verticales perpendiculaires entre elles. Est-ce là l'indice d'un amoncellement d'êtres infiniment petits, tels que ceux qui pullulent dans les purins. Je ne sais. Ils se détachent trop peu les uns des autres» pour qu'on puisse affirmer leur individualité. Je n'ai vu cette structure que sur les coupes verticales où la matière a toujours une tendance à se cribler de petites fentes horizontales. Les coupes horizontales ne donnent aucune explication de cette
Structure. Bien que très net, cet indice est trop faible pour qu'il me soit permis d'en déduire que la gelée fondamentale représente une masse structui*ée ; mais vu Textréme difficulté du sujet, j'ai tenu à noter en passant cette particularité. A défaut d'indices probants, je continuerai à regarder ici la matière fondamentale comme un précipité amorpbe qui s'est pris en gelée en se stratifiant.
Comme d'babitude, la stratification est encore soulignée par les corps accidentels, par les coquilles couchées à plat, et par les déchirures horizontales.
Enfin, sur les coupes verticales minces légèrement ébranlées, la matière présente une infinité de petites fissures horizontales. En se rejoignant, ces fissures partagent la gelée en filets horizontaux. Quelques lignes plus noires, relativement riches en menus débris humifiés, et quelques fissures horizontales pleines de pyrite accusent encore la stratification de la masse.
La réfringence de la gelée du charbon de Ceara est inférieure à celle des grains de pollen tétracellulaires qu'elle contient. Ceux-ci se voient facilement, même sur les coupes horizontales. Les débris végétaux humifiés, complètement effilochés, et les lames chitineuses s'y détachent particulièrement bien. D'après l'état de ces corps, il est permis d'affirmer que la gelée conserve très bien les organites qui y sont plongés et que le milieu présente ici des facilités exceptionnelles pour l'étude des corps accidentels.
Les grains de pollen enfermés dans la gelée fondamentale y sont incomplètement affaissés. Des bulles de gaz occupent souvent la cavité des grains et soulignent leurs ornementations. Les cavités cellulaires de ces corps n'ont pas été comblées par la gelée qui les entoure. Les lambeaux végétaux fortement humifiés et tout effilochés se présentent bien étalés. Ils ont été soutenus par la grande consistance qui s'est opposée à la chute des coquilles. Celles-ci y sont couchées à plat. .«^
LES CHARBONS HUMIQUES ET LES CHARBONS DB PURINS lO^
Bien qu*il y ait ici quelques fentes horizontales tardives dans la gelée fondamentale, je n ai rien vu dans ces fentes qui rappelât l'exsudat ou la gelée de remplissage i*econnue dans le schiste du Bois d^Asson. I^es déchirures se sont produites dans une gelée beaucoup plus consistante (D, fig. ^3 et 76, PI. VII, fig. 81, 8a et 83, PI. VIII) (i) *
Les corps bactériformcs contenus dans la gelée du schiste brésilien fournissent aussi quelques caractères. Ils sont peu nombreux, irrégulièrement répartis à travers toute la masse à la manière de nuages peu condensés. Ces bactérioïdes ne sont pas posés comme les autres corps contenus dans la gelée ; ainsi les micrococcoïdes sont, flottants, sphériques, non déprimés. Les bacillo'ides sont fréquemment obliques ou môme dressés sur les coupes verticales. Il y a donc un conti*aste profond entre l'attitude des corps bactériformes et celle des traits stratifiés dont Tempilement forme la gelée fondamentale (fîg. 87, PI. VIII).
Ce sont surtout les micrococcoïdes qui dominent. Les micrococcoïdes sont ici très brillants. Leur taille varie beaucoup de o {JL a à o |i 8. Lorsqu'ils atteignent o (x 6 à o ul 8 ils passent aux macrococcoïdes et on reconnaît nettement qu'ils sont bullaires. L'auréole claire qui entoure chaque corpuscule est très accusée, épaisse de o [jl a à o ul 3. Les micrococcoïdes enfermés dans les cristaux ne la présentent pas. Les micrococcoïdes sont en général isolés dans la gelée fondamentale. Les micrococcoïdes couplés en diplocoques sont très rares. Par contre on les voit réunis côte à côte en nombre variable de manière à former des disques plans et plus rarement des amas aplatis ou sphérulaires. La taille de ces amas, la configuration de leur contour, le nombre de leurs éléments constituants sont extrê-
(1) C'est nn caractère des gelées consistantes de ne point donner d*exsndat. En se solidiiiant, une gelée aqueuse de gélose titrant o,ooS se prend en une niasse homogène. Au contraire une gelée titrant o.oo3 donne un réseau plus solide noyé dans une partie plus molle.
nieinent variables. Lorsque les inicrococcoïdes y sont en très petit nombre, 4 ^ '^i ^^ distance qui sépare deux de ces éléments est égale à 3 fois leur diamètre. L*ensemble de ces corps rappelle une zooglée de gros microcoques, mais ce n'est là qu'une image toute grossière, et ce qui frappe beaucoup, c'est la variabilité de taille des éléments formateurs de ces disques ou amas zoogléiformes (fig. 87, PI. VIII). Beaucoup de micrococco'ides sont placés au centre d'un petit cristal incolore tardif apparu dans la gelée fondamentale. Il y a d'autre part des amas lamellaires de cristaux contenant chacun un micrococcoïde, et plus rarement un seul cristal contenant un amas de micrococcoïdes (fig, 87, PL VIII). C'est dans ces amas cristallins qu'on apprécie le plus facilement la variation de taille des corpuscules élémentaires.
La taille des macrococcoïdes varie entre o (x 8 et i ;i 4- ^^^ corps sont bullaires. Ils sont peu nombreux et semblent passer à des bulles irrégulières.
Les bacilloïdes sont rares. Leur taille est d'environ o [i 7 à o [X 8 sur 3 |A à 3 a 3. Ils sont aussi bullaires. J'ai déjà dit que sur les coupes verticales ils sont fréquemment obliques ou redressés.
Les corps bactérioïdes se rencontrent en petit nombre dans la matière qui remplit la cavité des coquilles couplées et des fentes tardives. Ils n'y sont pas uniformément répartis. On les voit localisés par amas près de l'ouverture des coquilles vers la surface des fentes et en quelques points plus ou moins avancés vers l'intérieur. Cette distribution contraste avec celle que j'ai relevée dans l'exsudat de remplissage des fentes horizontales du schiste du Bois d'Asson.
LES CHARBONS HUMIQUBS ET LES CHARBONS DE PURINS IO9 B. — CONTRACTION DE LA GELÉE FONDAMENTALE.
La prise rapide de la gelée fondamentale lors de sa précipitation et de son dépôt a été établie par l'attitude des menus débris végétaux effilochés enfermés dans cette gelée et par les coquilles qui s*y sont couchées horizontalement. D'autre part aussi la gelée fondamentale n'a pas rempli la cavité de coquilles couplées. Cette gelée, consistante comme de la gélose à 0,007 ^^ 0,008, s'est d'abord contractée massivement comme celle du Brown Oilshale. Au cours de ce retrait, des fissures obliques ont coupé la gelée. Ces fissures sont localisées autour de quelques points où elles viennent converger. De petits déplacements se sont produits, mais tellement faibles en général qu'ils ne sont pas perceptibles, même à la loupe, sur les tranches verticales. Les phénomènes de dislocation, tout en étant ici très nets, sont particulièrement limités. Le retrait général de la masse et la pesanteur relative sont les seules causes agissantes qui soient intervenues dans ces coupures et dans ces déplacements. Je me suis borné à représenter l'un d'eux (fig. 72, PI. VII).
Plus tard, la masse de la gelée continuant de se contracter, la plupart des coquilles couplées se sont brisées. J'évite de dire ici qu'elles se sont effondrées pour bien marquer que cette rupture ne s'est pas faite sous l'action d'une pression venant d'en haut. Les morceaux des coquilles brisées adhéraient déjà solidement à la gelée. Ils coupent parfois cette gelée au milieu de laquelle ils se dressent sous des inclinaisons variables (fig. 33, PI. VII). On voit très souvent la gelée coupée nettement s'avancer plus ou moins entre les fragments de la coquille sans jamais combler la cavité qui sépare la valve supérieure de la valve inférieure, et de fait dans leur région moyenne ces deux valves, si rapprochées qu'elles soient, ne se touchent pas (fig 74, PI. 7). Ce n'est donc pas une pression corres-
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pondant à une surcharge venant d'en haut qui a rompu la coquille, mais un retrait général qui a fait chevaucher les fragments les uns sur les autres. Très souvent la bordure ventrale de la coquille et la boi*dure dorsale sont relevées presque verticalement. Souvent aussi entra ces bords relevés le reste des valves est plissé. Ces faits dénotent une intensité particulière du retrait horizontal pendant cette période. (Test après la rupture des coquilles que les oolithes se sont développées dans celles d'entre elles qui étaient demeurées entières. Les coquilles brisées et affaissées ne présentent pas d'oolithes. Postérieurement à la formation des oolithes, le retrait continuant, ces nodules ont agi comme des corps durs sur la gelée entourante. La matière légèrement laminée a pris une structure concentrique par rapport à ces oolithes. Nous avons vu cette structure très accusée sur les sections verticales et horizontales. La gelée très ferme n'était cependant pas complètement solidifiée. Des déchirures horizontales s'y sont produites contre les oolithes, près des amas de coquilles, et aussi en pleine gelée (fig. 8i à 83, PI. VIII). Le retrait vertical plus impoi-tant dominait pendant cette troisième période. La matière de remplissage de ces fissures est un bitume brun clair dans lequel se sont développés des cristaux lamellaires isolés ou parallèles, très différents de ceux des oolithes. En quelques points cette matière de remplissage présente quelques corps bactérioides, mais la masse n'en est jamais complètement criblée. Dans les petites fentes qui sout en pleine gelée, la matière de remplissage peut pâlir beaucoup et devenir presque jaune. C'est le cas, lorsqu'elle est particulièrement chargée de matières minéi*ales. La teinte pâle qui couvre la déchirure contraste alors avec la coloration brun-rougeâtre de la gelée voisine. C'est la même matière de remplissage qui s'observe enti*e les valves des coquilles rompues. Elle forme une marge interne tout le long du bord ventral des coquilles entières (fig. 80,
PI. VIII). C'est près des grands oolithes et des groupes oolitiques qu on trouve les grandes fissures tardives.
Ultérieurement à cette période, le schiste de Ceara s'est contracté comme une masse stratifiée solide. Il s'est ouvert de petites fissures horizontales où la pyrite s'est accumulée massivement. Il n'y a pas de bitume dans ces dernières fentes.
Par rapport aux coquilles entières, dont le retrait n'est pas négligeable, la contraction de la gelée fondamentale a été trouvée de a.5 sur la verticale et de i.3 à i.5 horizontalement. Soit une contraction en volume de 4*^7- ^^ nombre devrait être multiplié par le coefiicient de contraction absolu des coquilles.
Les corps végétaux humifiés et les grains de pollen ne sont pas fendillés par le retrait. Ils ne se sont pas contractés plus fortement que la gelée entourante.