LE VERGER DES CHARMETTES
Tout en me promenant dans le verger, je vais lire pour la première fois le Verger des Charmettcs.
Jean-Jacques est trop mauvais poète pour ne pas dire du mal des vers en général et des siens en particulier. Quand je dis trop mauvais poète, je me trompe : c’était le poète de la prose. Sa pensée ne pouvait s’assujettir à T hémistiche et à la rime. Il ne comprenait pas qu’on pût marteler ses sentiments, le marteau fût-il d’or pur. Il était comme ces belles paysannes des campagnes de Rome ou d’Arles, qui doivent tout à la nature etqui perdent à la parure du dimanche tout leur charme et toute leur grâce.
Mais je le laisse parler sur ses vers. « J’ai eu le malheur autrefois de refuser des vers à des personnes que j’honorais et que je respectais infiniment, parce que je m’étais désormais interdit d’en faire. J’ose espérer cependant que ceux que je publie aujourd’hui ne les offenseront point; et je crois pouvoir dire, sans trop de raffinement, qu’ils sont l’ouvrage de mon cœur et non de mon esprit. Il est même aisé de s’apercevoir que c’est un enthousiasme impromptu, si je puis parler ainsi, dans lequel je n’ai guère songé à briller. De fréquentes répétitions dans les pensées, et même dans les tours, et beaucoup de négligence dans la diction, n’annoncent pas un homme fort empressé de la gloire d’être un bon poëte. Je déclare de plus que si l’on me trouve jamais à faire des vers galants, ou de ces sortes de belles choses qu’on appelle des jeux d’esprit, je m’abandonne volontiers à toute l’indignation que j’aurai méritée.»
Et il s’enorgueillit des éloges qu’il donne à madame de Warens : « Il faudrait m’excuser auprès de certaines gens d’avoir loué ma bienfaitrice , et auprès des personnes de mérite, de n’en avoir pas assez ditde bien. Il est vrai qu’en félicitant madame de Warens sur son penchant à faire du bien , je