MICHELET
Il est l’âme de la jeunesse.
On ne sait d’où cela vient, mais depuis que
LES C H A H M E T T E S
cette parole ardente s’est répandue dans les airs, la température a changé; c’est comme si une tiède haleine avait soufflé sur le monde ; la terre commence à porter des fruits qu’elle n’eût donnés jamais.
Qu’est-ce que cela? Si vous voulez que je vous le dise, c’est ce qui trouble et fond les cœurs, c’est un souffle de jeunesse : voilà pourquoi nous cédons tous. Vous nous prouveriez en vain que cette parole est trop souvent faible ou forcée, parfois d’un sentiment vulgaire. La jeunesse est telle, telle la passion. Tels nous fûmes, et si parfois nous retrouvons là les faiblesses de notre jeune âge, nous n’y ressentons que mieux le charme doux et amer qui ne reviendra plus.
Chaleur, mélodie pénétrante, voilà la magie de "Rousseau. Sa force, comme elle est dans V Émile et le Contrat social, peut être discutée, combattue. Mais par ses Confessions , ses Rêveries, par sa faiblesse, il a vaincu ; tous ont pleuré.
Les génies étrangers hostiles ont pu repousser la lumière, mais ils ont subi la chaleur. Ils n’écoutaient pas la parole, la musique les subjuguait. Les dieux de l’harmonie profonde, rivaux de l’orage, qui tonnaient du Rhin aux Alpes, ont eux-mêmes