LE BARON D’HOLBACH
Ici je comprends Rousseau. A Paris, je ne l’ai compris qu’à moitié. Il n’avait d’esprit que lorsqu’il était contrarié. J’ai à me reprocher d’avoir multiplié ces contrariétés pour multiplier ces moments d’éclat et de verve. J’étais idolâtre de la musique italienne : il ne l’était pas moins. Son Devin du village, qui part des Charmettcs, ne fut goûté ni prôné par personne autant que par moi : mais le génie musical de l’auteur était sujet aux mêmes disparates que ses autres talents. On l’accusa de plagiat. Je voulus vérifier. Je ne tendis pas de pièges, mais je hasardai des épreuves. Il s’aperçut de mes défiances, et dès ce moment je perdis son amitié. Il venait de se vouer tristement à sa Thérèse; on ne peut imaginer un contraste plus affligeant que celui qu'il présentait avec sa Thérèse et son génie. Diderot, Grimm et moi , nous fîmes une conspiration amicale contre ce bizarre et ridicule assemblage. Il fut blessé de notre zèle, indigné de notre désapprobation, et, dès ce moment, il se tourna avec fureur contre notre philosophie antithérésienne. Plus nous cherchions à le ramener vers ses anciens principes et vers ses anciens amis, plus il s’éloi*
rue.
gnait des mis et des autres. J’espérais l’arracher à Thérèse par le souvenir de la baronne de Warens, mais c’en était fait du Rousseau des Charmettes.