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RECHERCHES SUT. GUILLAUME, ALAIN ET JEAN CHARTIER

29 mars 1448, et en personne le k avril suivant (1). Il avait été sacré dans l'église St-Victor le 22 juillet (-2). En cette même année, Guillaume figure comme envoyé de Charles Vil dans des conférences tenues en Normandie , du 2 au 29 novembre, avec des commissaires anglais (3).

Le premier acte qui signala l'administration de l'évèque de Paris fut une procession solennelle qu'il ordonna, en 1449, pour le succès des armes du roi en Normandie. Jean Chartier , dans sa Chroniquo , place cette procession après la victoire de l'ormigny , et chacun , après lui , a reproduit la même erreur. Mais il est constant, d'après les registres capitulaires de Notre-Dame de Paris (4) et le Journal de Paris, qu'elle eut lien le 13 octobre 1449: « En cest an , dit l'auteur anonyme du Journal, fut faite une procession bien piteuse, le treiziesme jour d'octobre, des enfans de quatre ordres mendians et de toutes les escolles de Paris, de valetons et de pucelles ; et furent nombres à 12500 enfans et plus (5). » Ils partirent de l'église des Saints Innocents, rueSt-Denis, chacun un cierge allumé à la main, et la file s'étendait sans interruption jusqu'à Notre- Dame, « qui estoit, remarque Jean Chartier, fort belle chose à voir et grant honneur pour cet evesque (6). »

Guillaume Chartier apparaît dans plusieurs fonctions se rattachant à sa charge: le 24 août 1450, il bénit une chapelle dans l'église de St- Paul (7) ; le 6 mai 1453 , il consacre l'église des Auguslins (8) et se trouve le 26 mai 1454 à Corbeil , avec l'évèque d'Alby, pour présider à l'exhumation des reliques de saint Exupère , premier évoque de Bayeux (9). Vers la même époque, il fonde une chapelle dans la paroisse St-Patrice de Bayeux , sous l'invocation de sainte Geneviève (10).

(1) Galtia cliristiana, t. VII, col. 150.

(2) 1(1.. Iliid.

(3) Voir notre Recueil de pièces pour servir de preuves à la Chronique de Mathieu d'Escouchy, p. 210-21 1.

(4) Archives, LL, 219, fol., 668. M. Vallet de Viriville a cité ce registre dans son article de la Nouvelle biographie générale,

(5) Journal de Paris, dans le Panthivn liltcraire, p. 731.

(6) T. II, p. 201.

(7) V. le Gatlia cliristiana de Claude Robert , p. 112, et l'Ouvr. des Frères S"-Marllie, t. I, p. 458. (8> Gallia cliristiana, t. VII, col. 150.

(9) La vie de sainct Exupère et sainct Loup, vulgairement appelé: S. Spire cl S, Leu,elc., par M. Jean Bocquet. Paris, 1627, in-8° , p. 79-80.

(10) Herniant, Histoire du diocèse de Bayeux , p. 579. Cette chapelle fut bâtie par un neveu de

10 LES CHiRTIKU.

Guillaume Cliarlier fit partie de la Commission qui , sous la présidence du cardinal d'Estouteville, procéda à la réforme de l'Université, réforme promulguée le l^juin U52 (1) ; il fut mêlé, en U53 et U5/i, à des différends entre le prévôt de Paris et l'Université, qui, n'ayant pas trouvé ce magistrat assez docile à ses prétentions, voulut se soustraire à sa juridiction (2). En 1455, il fut l'un des commissaires délégués par Callixte III pour la réhabilitation de Jeanne d'Arc (3;, et prit une part active à ce grand acte de réparation ; il interrogea lui-mt'me de nombreux témoins à Paris, à Rouen et à Lyon (/i). Nous le retrouvons en mai 1457 à St- Denis, assistant au sacre de l'archevêque de Bordeaux (5), et en janvier 1458 , se rendant solennellement au-devant des ambassadeurs hongrois qui traversèrent Paris au retour de leur mission près de Charles Vli (6). En cette même année, il intervient, avec l'archevêque de Reims et quatre conseillers au Parlement , dans une querelle entre l'Université et les quatre Ordres mendiants (7), et se rend à Vendôme, avec l'abbé de St-Denis, pour le procès du duc d'Alençon (8).

Guillaume Chartier figure avec Guy Bernard , archidiacre de Tours , Thomas de Courcelles , doyen de Paris , et Guillaume Cousinot , dans l'ambassade solennelle envoyée, en 1459 , par Charles Vil, à l'assemblée de Mantoue. Deux récits contemporains (9) nous ont laissé les souvenirs de cette ambassade, et de la marche triomphale des envoyés français à

Tévêque de Paris, Giiillauine Soliair , aux termes d'un acte passé, le li mars liSS, par Louise Soliair, veuve de Robert Melautour, avocat du roi en la vicomte de Baycus , nièce de Guillaume Cliarlier, par lequel elle fonde trois messes dans réglise St-Patrice de Bajeuï , pour être dites de semaine en semaine en la chapelle de S"-Geneviève, que son frère Guillaume Soliair, grand couleur et chanoine de Bayeiix, avait fait bàiir. — Obicnalioiis sur Guillaume CAni-lif;- , évêque de Paris, par Besiers, curé de St-André deBajcux Journal de Verdun, juillet 1759, p. 39'.

(1) Du Boulay, t. V, p. 562-577.

(2) Idem, ibid., p. 578 et suiv.

(3) Bulle de Callixte III, dans Quicherat, Prucis de Jeanne d'/lrr, t. II, p. 95. (i) Id., ibid., l. III, p. 47-118, 128-199, 206-221.

(5J Jean Chartier, t. III, p. 73.

(6) Idem, ibid., p. 77-78.

(7, Du Boulay, t. V, p. 876.

(8) Jean Chartier, t. III, p. 91.

(9) L'un est la Lettre de Nicolas Petit à Guillaume Jouvenel des UrMUs chancelier de France , qui se trouve dans le Spieikgium de D. Luc d'Acbery, L IX, p. 305; rautre est une liclation de ranibassade de Mantoue, que j'ai publiée dans mon SupiiUmeul aux preuves de la Chronique de Mathieu iTEscouchy, p. 47-57.

RECHKRCUKS SUR GVWA.MmE, ALAIN ET JEAN CHARTIER. H

travers le Milanais. Arrivés le lli novembre à Mantone , ils fnrent admis le 21 à l'audience de Pie II. Ce fut l'évèque de Paris qui porta la parole. « Il a proposé très élégamment l'espace de deux heures et plus, « écrit le secrétaire Nicolas Petit, « et a farcy sa collation de auctoritcz tant de la saincte escripture, sans oblyer le droit canon , que d'autres auteurs artis poeftcœ , et toujours selon la disposition de sa matière. » Et dans la Relation de l'ambassade, nous lisons : « Mgr de Paris proposa grandement et notablement en l'onneur du Saint Siège apostolique, du Roy et de tonte l'ambassade , et a esté la chose tant loée de toutes les nacions que plus ne peult. » On a encore le texte de ce discours (1), dont Pie II, dans sa réponse, vanta l'élégance, l'art, l'érudition et le charme [1).

L'évèque de Paris prit part, le 3 mars 1/|60, au concile de Sens (3) ; il figura la même année dans la commission chargée d'examiner le procès des Vaudois (4). Les 6 et 7 août I/iGl, il assista aux obsèques de Charles VII (5). Le 15 août suivant, il se trouvait à Reims au sacre de Louis XI (0), et il reçut solennellement le nouveau roi à son entrée dans la cathédrale de Paris (7). Le ilx août 1461, Guillaume Chartier ordonna la célébration annuelle de la fête de S''-Geneviève (8) ; en cette même année il fut délégué, avec Thomas de Courcelles, par le pape Pie II , pour procéder à la réforme de l'ordre de Fontevrault (9).

Malgré la fermeté avec laquelle l'évèque de Paris avait exigé de Louis XI, à son entrée dans Paris, le renouvellement des serments accoutumés pour le maintien de la paix et de la justice , des libertés ecclésiastiques et du privilège claustral de Notre-Dame (10), il avait conservé les bonnes grâces du roi. Mais il ne tarda pas à se faire de lui un ennemi mortel , par l'attitude qu'il prit lors de la guerre du Bien public.

(1) 11 esl resté inédit, et se trouve dans le nis. latin 8576 de la BiblioUi. imp., f. 178.

(2) Citation du discours de Pie 11 dans le Spicilegiiim , t. IX, p. 310.

(3) Gallia chrhliana, t. Vil, col. 150.

(i) Jacques du Clercq , livre IV, cli. xxviii.

(5) Hécit des obsèques dans la Chronique de Mathieu tl'Escoucliy, t. Il, p. ^39, et dans Jean Cliarlier, t. m, p. 115-117.

(6) Jacques du Clercq, livre IV, cb. x\xii. 0) Thomas Basin, t. Il, p. 15-16.

(8) 6V!//ia clirisliaiiti, t. Vil, col. 150.

(91 Idiin, ibid.

(10) Voj-. Thomas Basin, I. II, p. 15-16 , et I. III, p. ISl.

12 LES CnAKTIER.

Après la bataille de Montlhéry, Louis XI avait paru subitement à Paris, où les fidélités étaient douteuses. Guillaume Cliartier eut le courage , ou l'audace, comme on voudra, de se rendre à l'hôtel des Tournelles {iO juillet 1ÙG5), accompagné de conseillers au Parlement et de gens d'église, et là d'adresser au roi « de moult belles paroles, qui toutes tendirent à fin que le roy conduisit de là en avant toutes ses affaires par bon conseil (1). » Louis XI, sentant que son pouvoir était cbancelanl et qu'il fallait user de ménagements , fit droit aux observations de l'évêque : désormais six conseillers bourgeois de la ville , six conseillers au Parlement et six clercs de l'Université durent prendre place au conseil du roi. Ptassuré sur la fidélité des Parisiens, Louis XI quitta Paris pour se rendre en Normandie. Les princes confédérés se ra])prochèrent alors de la capitale et vinrent camper à Conflans et à Beauté ; de là ils entamèrent des négociations avec les Parisiens. Ceux-ci leur envoyèrent une ambassade, à la tête de laquelle se trouvait leur évêque (2). Guillaume Cliartier porta la parole. 11 y eut plusieurs pourparlers (3) , interrompus par l'annonce du retour de Louis, qui rentra dans Paris le 28 août. « Ainsi fut ceste pratique rompue , » dit Commynes, le quel ajoute : « Le roy ne fut depuis content dudit evesque ny de ceulx qui estoient avec luy (Zi). » Cependant sept des ambassadeurs parisiens qui avaient négocié avec les princes entrèrent, le 27 octobre, dans la commission des Trente-Six. Parmi eux se trouvait l'évêque de Paris (5).

Guillaume Cliartier approchait du terme de sa longue et laborieuse carrière. Nous le voyons encore , en l/i69 , consacrant l'église de Boulogne, près Paris (6), et, en 1A70 , dédiant , dans l'église St-Paul, une

(1) Chfon. scaiulaleuse, I, c, p. 251.

(2) 22 aoi'it 1465: • ... Tous iceux esloient menés et coiuluils par révérend père en Dieu ci devant nommé, Guillaume, évcsque de Paris, qui eut \> charge de présenter, mener et conduire tous iceui nommés. » Chron. scandaleuse , p. 255.

(3) Chron. scandaleuse, p. 255-56; Commynes, I. I, p. 71 , et surtout le Journal tlu ^trieur Maupoint , dont nous donnons un fragment à la suite de celte notice.

(4) T. 1, p. 72. On peut voir pourtant, par le Journal du /.rieur Maupo'mi, que, le 25 août, Tévêque avait été déclarer qu'on ne ferait rien sans le bon plaisir du roi.

(5) Édit. de Communes, donnée par l.englet du Fresnoy, 10-4°, I. W, p. 519.

(6) Gallia clirialiana, 1. c.

BECHEnCHES SUR GUILLAUME, ALAIN ET JEAN CriARTIEU. 13

chapelle aux apôtres saint Pierre et saint Paul (1). Le 1" mai l/i7'2 , il avait présidé à une procession solennelle faite à Notre-Dame, et à la suite (le laquelle un discours avait été prononcé par maître Jean Brete, docteur en théologie, pour demander au nom du roi que chacun s'agenouillât au son de YAngehis pour implorer la Sainte-Vierge en faveur de la paix et de l'union du royaume. A l'issue de la cérémonie, l'évèque tomba malade; il mourut le même jour. « Dont fut granl dommage, remarque le chroniqueur Jean Castel ; car il estoit saint , bonne personne et grant clerc. Et par le peuple fut moult piteusement pleuré et pour son âme dévotement prié, et, au départir de sa chapelle, lui baisoient les pieds et les mains, et disoient la plus part d'iceux qu'ils croyoient fermement que ledit evesque fust saint et bien aimé de Dieu (2). »

La vengeance de Louis XI, pour avoir été tardive, n'en fut pas moins implacable , et d'autant plus cruelle qu'elle s'exerça sur la tombe de l'évèque. Peu de jours après, le 15 mai 1472 , le roi écrivait au prévôt des marchands, échevins et bourgeois de Paris : ■< Que ledit evesque, en son vivant, lui avoit esté mauvais et non aimé son profit, et qu'il avoir eu intelligence avec le duc de Bourgoiignc et autres princes et seigneurs qui avoieut esté devant la ville de Paris durant le Bien Public, et que pour leur donner faveur en icelle ville , avoit suborné lesdits habitans. Et que, pour ces causes, et afin qu'il en fusl mémoire, ordonnoit estre fait et mis sur son corps un tableau on épitaplie contenant les choses dessus dictes (3). »

L'épitaphe fut faite, conformément aux ordres de l'intolérant monarque. Mais elle disparut après sa mort, et la postérité, cassant l'arrêt royal , a consacré l'épitaphe suivante , qui se lit sur un dessin du tombeau du prélat conservé dans la collection Gaignières (4).

(1 ) « Dans réglise St-Paul, à rextiémilé de l'aile des Charniers qui répond à la rue Neuve-Sl-Paul , est une chapelle, au costé de laquelle se lit cette inscription :

Ad LAUnEM ET HONOI:EM BEATOKUM APOSTOLORUM PETHI ET PAi;LI , PER DOMIMM DOM. CUILLELMIM CUA- BBTIEB, PARISIENSEÏI EPISCOPUM , DEDICATA FUIT Pn.ESËNS CAPELU AN>0 DOMINI M CCCC LXX , DIE XIV

AUGVSTi. » ( Epilaphes île Paris , ms. fr. 8220 , p. 29i. ) (2) Chronique scamlaletise , 1, c. , p. 296.

(3) hiem, Ibid., p. 296.

(4) Dessin de la tombe de cuivre jaune de Guillaume Chartier , placée dans la cathédrale de Paris, a l'entrée du chœur. Gaignières, vol. CLXXIV, p. 251. Les mots entre crochets ne se trouvent pus dans

HIC JACEÏ

REVERENDISS1.MLS IN CHRISTO PATER

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