‹ Les chasses de François Ier racontéesChapitre 18 sur 52 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Diane de Poitiers est la vraie reine de France. — Difficultés de la situation de Catherine de Médicis à la cour de François I". — Manière dont elle se rend François I«r favorable. — Elle est de toutes ses chasses. — Son portrait d'après le Bronzino. — Son portrait d'après le Vénitien Antonio Suriano. — Dangers qu'elle court à une chasse au cerf. — Sa hardiesse à cheval. — La première, met la jambe dans l'arçon. — Les chasses de Marguerite de Parme racontées par Ferey, notre résident dans les Pays-Bas. — Catherine de Médicis suit Henri II à la chasse. — Envoie des haquenées à la duchesse de Florence. — Envoie des lévriers au duc de F'Iorence. — Elle flatte le connétable de Montmorency. — Intercède auprès de la duchesse de Montmorency pour la grâce d'un homme qui a tué un cerf. — Sa conduite après le désastre de Saint-Quentin. — Ecartée de nouveau des affaires. — Demande des daims à M. d'Humières. — Les veneurs anglais du xvi« siècle. — Trockmorton obtient la permission de chasser dans le bois de

Vincennes. — Le comte d'Egmont chasse le daim àHampton Court. — Les chasses de Leicester.

'i nous avons donné le pas à Diane de Poitiers sur Catherine de Médicis, c'est que c'est la vraie reine ; si de temps en temps l'épouse reprend ses droits, elle ne le doit qu'à la condescendance de la favorite lui émiettant quelques passagères faveurs. Mais Catherine était patiente et savait se soumettre. Parmi les femmes chasseresses du XVI® siècle elle tient la première place, et à ce titre mérite que nous nous y arrêtions. Elle n'avait pas quinze ans accomplis lorsqu'elle vint en France. Que de difficultés l'y attendaient ! La duchesse d'Étampes était en pleine faveur; voilà donc d'abord la puissance qu'il faut ménager; puis, à quelques années de distance, Diane de Poitiers lui enlève à jamais Henri II. Quelle conduite tenir dans cette cour? I.e peuple ne l'aime pas, parce que chacun voit bien que Clément VIII s'est joué du roi très-chrétien '. On lui reproche sa naissance, tous les maux que l'Italie nous a causés; on lui reproche cette stérilité contre laquelle l'art est impuissant. A qui se confier? elle est étrangère, sans appui, sans un conseil pour la guider, réduite à mettre un masque sur son jeune

I. Rela^ioni degli ambasciatori veneli, série I, vol. I, p. 191.

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visage. Avec ce coup d'œil suret prompt qui fera sa force, elle a bien vite compris qu'il n'y avait qu'un homme à conquérir, et que si elle réussissait , elle pourrait hardiment marcher dans sa voie et attendre ; cet homme c'était François I®'^. Il y avait en lui deux goûts très-marqués , le goût des lettres (c'est son titre auprès de la postérité), et le goût de la chasse. Pour plaire au protecteur, à l'ami des savants, Catherine se met à étudier ; la jeune femme apprend le grec * ; c'était se conformer à la mode du jour. Restait à gagner le chasseur : « Le Roy Fran- « çoys, nous dit Brantôme, ayant choisy et faict une « trouppe qui s'appelloit la petite bande des dames a de sa cour, des plus belles, gentilles et plus de w ses favorites, souvent se dérobant de la cour s'en « partoit et s'en alloit en autres maisons courir le « cerf et passer son temps, et y demeuroit là quelques « fois retiré huict jours, dix jours, quelquefois plus, « quelques fois moins , ainsy qu'il luy plaisoit et « l'humeur l'en prenoit. Notre Roynequi estoit lors « madame la Dauphine , voyant force parties se « faire sans elle, que mesdames ses belles-sœurs en c< étoient et elle demeuroit au logis , elle fit prière

I, La Delphina attende a studiare, ed è tanto litterata e massime in greco, che fa stupire ogni uomo.

Documents inédits, Négociations avec la Toscane, dépêche de Bernard de Médicis, t. III, p. i4o.

« au Roy de la mener tousjours quant et luy et qu'il « luy fist cet honneur de permettre qu'elle ne bou- « geast jamais d'avecques luy.

« Le Roy Françoys luy en sceut si bon gré qu'il « voyoit en elle d'aymer sa compagnie, qu'il luy ac- « corda de très-bon cœur, et se délecta à luy faire « donner le plaisir de la chasse, en laquelle n'aban- « donnoit jamais le Roy et le suivoit toujours à « courir *. »

A cette époque de la jeunesse de Catherine, il faut la juger d'après le portrait que nous en a donné le Bronzino : « Les yeux sont gros, tout à fait ceux des Médicis; les lèvres épaisses, la figure un peu ronde ; ni délicatesse , ni finesse dans l'ensemble , mais le corps est svelte. » Ce portrait s'accorde bien avec ce qu'en dit le Vénitien Antonio Suriano, qui la vit à Rome, deux ans avant son mariage : « Elle est petite de sa personne, maigre et d'un visage sans traits fins. »

A suivre François I^"" elle risqua plusieurs fois sa vie : « Je vous dirai d'abord, écrit Bernard de Mé- « dicis à Cosme V\ la chute de Madame la Dau- « phine, dont. Dieu merci, elle s'est heureusement « tirée Étant au rendez-vous de chasse elle monta « sur une des haquenées du Roi ; mais son laquais

j[. Brantôme, T^anthéon littéraire, t. II, p. 177.

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'( ayant oublié d'attacher la gourmette, au moment '< du laisser courre, un cavalier passant près d'elle à <( toute vitesse, sa bête se mit à sauter et s'emporta, « et, ne pouvant être maîtrisée faute de gour- « mette, entraîna la Dauphine sous une cabane, et « se heurta de côté contre le toit, qui était très- « bas, avec une telle force qu'elle rompit l'arçon de « la selle. La Dauphine , très-violemment atteinte <( au flanc droit, tomba, et, au récit de ceux témoins '( de l'accident, courut le plus grand danger. Le « Roi arriva sur-le-champ, la fit mettre au lit et soi- « gner avec la plus grande affection. A présent elle « va bien * . »

Brantôme complète ainsi son charmant portrait : « La Dauphine estoit fort bien à cheval et hardie, et « s'y tenoit de fort bonne grâce, ayant esté la pre- « mière qui avoit mis la jambe dans l'arçon,, d'au- « tant que la grâce y estoit bien plus belle et appa- « roissante que sur la planchette. » Le désir de montrer sa jambe devait être pour quelque chose dans l'invention, « car elle l'avoit très-belle et la « grève très-belle et prenoit plaisir à la bien chaus- « ser et à en voir la chausse bien tirée et tendue ^. »

C'est ici le lieu de citer une curieuse lettre de

i. Documents inédits, Négociations diplomatiques avec la Toscane, t. III, p. i4o.

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