CHAPITRE Vï
François II. aussi porté à la chasse que son père et son aïeul. — Dépêche de l'ambassadeur Tornabuoni. — François II chasse, en allant à Reims. — II chasse au retour. — Réflexions de Chantonna/, l'ambassadeur d'Espagne. — La chasse devient un moyen de gouvernement pour les Guise. — Les bruits de conspiration ne détournent par le roi de la chasse. — Lettre de Chantonnay, à propos du tumulte d'Amboise. — Le roi part pour Chenonceau. — L'ambassadeur d'Espagne, Garcilasso de la Vega, ne peut obtenir audience. — Les Etats d'Orléans. — Situation des esprits. — Premiers symptômes de la maladie de François II. — Malgré son mal il va encore à la chasse. — Lettre de Chantonnay. — La chasse a brûlé le sang du jeune roi. — Observations du duc d'Albe sur le danger pour le roi de ces violents exercices. — Elles ne sont pas écoutées. — Demande de faucons par Philippe II. — Lettre de Catherine de Médicis, en les lui envoyant. — Marie Staart ne peut être laissée de côté. — Vers de Ronsard sur elle. — Son portrait d'après Ronsard. — Vers mis dans la bouche de Charles IX. — Marie Stuarttout enfant annonce ce qu'elle sera. — Lettre d'elle à Henri II. — Lettred'elle au Dauphin. — - Nulle part il n'est question de Marie Stuart, à propos des chasses de François II. — Seul, l'ambassadeur anglais parle d'une chute de cheval à une chasse au cerf.
[ous les ambassadeurs s'accordent pour s nous le dire : François II, ce frêle rejeton ^4xw^ des Valois, n'était pas moins porté à la chasse que son père et son aïeul.
L'ambassadeur Tornabuoni écrivait au grand-duc Cosme I«r : « Au milieu des plus graves préoccupa- « pations, la chasse n'est jamais laissée de côté; nous « ne savons ni où l'on va, ni ce qu'on fait ; mais la « chasse au cerf est la grande occupation de la cour. « c'est la vraie manière de préparer la trame des af- « faires *. » Et il disait vrai; suivons François II dans son voyage de Reims, où il va se faire sacrer; il s'écarte de la route ordinaire, faisant halte pour chasser dans ses maisons de plaisance et dans celles de MM. de Guise et du connétable de Montmorency.
Au retour de Reims, lorsqu'il va conduire à Barle-Duc sa sœur Claude de Lorraine, il chasse chemin faisant. Au retour de Bar-le-Duc, il va de villages en villages, qui tous appartiennent à MM. de Guise et ne s'arrête enfin qu'à l'abbaye de Vauluysant.
C'est aux dépêches de Chantonnay, l'ambassadeur d'Espagne, que nous empruntons ces détails 2, et voici la conclusion qu'il en tire : « Il semble que a MM. de Guise qui peuvent le tout aux affaires,
1. Documents inédits. — Négociations avec la Toscane, t. III, p. 421.
2. Archives de Vienne, lettres de Chantonnay à Marguerite de Parme.
sous LES VALOIS. 69
« mettent ce pauvre prince à ces plaisirs pour l'y « accoustumer et pour se retenir plus longtemps la « maniance entre les affaires, et qu'ilz leur soient « remis, car si le roy accoustume de s'en descharger, « il est à penser que difficilement il y pourra rentrer « pour suivre ses passe-temps. »
La chasse devint donc entre les mains de ceux de la maison de Guise un moyen de gouverner l'État et de garder toute autorité. Grâce à eux, la vénerie entre dans la politique.
Dans les premiers jours de mars la cour était à Amboise ; des bruits vagues de conspiration commençaient à se répandre ; mais l'amour de la chasse l'emporte : la cour part pour Chénonceau. Chantonnay, cet observateur auquel rien n'échappe, écrit à son frère le cardinal de Granvelle : « En trois « jours ces gens-là ont perdu toutes leurs peurs, « après avoir fait grandes démonstrations à garder « le château, sans en bouger, avec gens d'armes et « amas de chevaliers de l'ordre. Maintenant le roy « est à la chasse et à la vollerie. Ceux de la court « vont sur de grands chevaux, ceux qui en ont, et < il y a pour suite deux ou trois pages sur des che- « vaux d'Espagne. * »