I. Archives de Vienne, lettres de Chantonnay
Au moment où le roi se mourait arriva une lettre de Philippe II lui demandant des faucons. Catherine de Médicis, qui ne laissait échapper aucune occasion de se ménager le roi d'Espagne, écrivit à l'évéque de Limoges la lettre suivante, curieuse à plus d'un titre, car elle témoigne de cette présence d'esprit, de ce calme qu'elle conservait au milieu des plus grands événements :
« Monseigneur de Limoges, le feu roy mon filz, (( dont Dieu ayt l'âme, avoit faict provision de sacres « pour envoyer au roy catholique, mon bon filz, sui- (( vaut ce que luy aviez mandé du désir qu'il avoit « de recouvrer de bons oyseaux, pour le plaisir qu'il « prend à la vollerie, et que sa mort intervenue luy « a empesché de pouvoir exécuter comme il désiroit. i( Si ne veux-je pour cela laisser de luy satisfaire et (( le gratiffier, et pour ce, je vous prie luy présenter a de ma part les sacres que je luy envoyé présente- « ment et l'asseurer qu'ilz sont des meilleurs qui se « ayent peu recouvrer , lesquelz je vouldroys (( bien pouvoir estre telz qu'ilz lui pussent donner « aultant de plaisir comme je désireroys ; car non- « seullement en cela, mais en toute aultre chose qui (( seroit en ma puissance, je suys fort ayse de luy « pouvoir tesmoigner combien je l'ayme et l'estime (( et auroys de plaisir et de contentement de le grâce tiffier et faire chose qui luy fust agréable. Pryant
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a Dieu, Monseigneur de Lymoges, vous avoir en sa « saincte et digne garde.
« D'Orléans, ce (xni*) jour de décembre « i56o^ »
Notre dernier mot est dit sur François II ; mais pouvons-nous laisser de côté Marie Stuart? Pouvonsnous passer à Charles IX sans rien dire de l'adorable créature qui a inspiré à Ronsard ces charmants vers?
Comme un beau pré dépouillé de ses fleurs. Comme un tableau privé de ses couleurs,, Comme le ciel s'il perdoit les étoiles, La mer ses eaux, le navire ses voiles,
Ainsi perdra la France soucieuse Ses ornements, en perdant ta beauté, Qui fut sa fleur, sa couleur,* sa clarté 2.
Cette beauté il nous l'a dépeinte telle qu'il l'a vue de ses yeux d'amoureux et de poëte : « cheveux d'or « annelés et tressés ^ ; belle , longue et délicate « main*; ivoire qui s'enfle dans un beau corsage^;
1. Minute originale. Biblioth. imp. Saint-Germain ha:{l, 68g, 4 (fonds français 15874, 3).
2. Œuvres de Ronsard, é<izY. de M. Blanchemain, t. VI, p. 24.