LE VOYAGE
Eli effet, au bout de quelques instants les voyageurs virent une troupe assez nombreuse de cavaliers émerger delà forêt.
Le Cœur-de-Pierre marchait en tête de cette troupe; don Pedro reconnut, avec un vif mouvement de satisfaction, que les chevaux et les mules de charge qui lui avaient été si audacieusement dérobés venaient à la suite du détachement.
• — Ahl ah ! fit-il, les voleurs ont été contraints de lâcher leur proie.
— Il parait, répondit le vieillard avec un imperceptible sourire. Cependant le chasseur avait fait arrêter sa troupe à peu de distance du
teocali; lui-même avait mis pied à terre et s'était avancé vers les voyageurs, auprès desquels il arriva bientôt.
— Je vois que vous avez réussi dans votre expédition, lui dit le Chat- Tigre d'un ton railleur.
— Oui, répondit-il laconiquement en détournant la tête.
— Je suis heureux de cette circonstance, reprit le vieillard en s' adressant à don Pedro, vous rentrerez, grâce à elle, sur vos propres chevaux et sans avoir rien perdu, dans votre habitation.
— Je ne sais réellement comment reconnaître toutes les obligations que je vous ai, senor, répondit l'haciendero avec un accent pénétré.
— En ne me remerciant pas : ma conduite envers vous a été toute simple et dictée seulement par l'intérêt que m'inspirait votre malheureuse position.
Bien que l'intention évidente du Chat-Tigre fût de faire une réponse courtoise, ces paroles furent sifflées d'une voix si ironique, avec un accent de sarcasme si prononcé, que le Chat-Tigre produisit un effet tout contraire de celui qu'il voulait atteindre; sans en comprendre bien la raison, don Pedro se sentit blessé comme si au lieu d'un compliment on lui eût adressé une insulte.
— Finissons-en, dit brusquement le Cœur-de-Pierre, le soleil est haut déjà, et il est temps de partir si vous voulez traverser la forêt avant la nuit.
— En effet, reprit le Chat-Tigre, malgré le chagrin que j'éprouve de vous
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