SENTIMENTS QUI MODIFIENT LES ACTIONS DE CES PENCHANTS
Au sommet de la tête, là où sa déclination commence, Y estime de soi s'épanouit. Quand elle se combine ainsi
avec la destructivité, sans modération de la bienveillance et de la justice, elle engendre l'arrogance, l'orgueil et la présomption. Le dindon et le paon réunissent ces trois défauts.
A côté de cet organe, nous remarquons nettement celui de Vapprobativité, « qui fait rechercher les éloges et les distinctions les plus frivoles; dominée par cet amour excessif des louanges, des titres, des décorations et de la parure, elle devient, lorsque des penchants plus nobles ne la règlent pas, une monomanie mesquine qui rétrécit l'âme et l'intelligence, produit la sottise et la folie. »
Aboutissant au milieu de chaque os pariétal, la circonspection, dont l'absence fit souvent avorter des projets bien conçus, marque sa protubérance sans trop d'énergie.
Votre œil, fixé à la partie supérieure du frontal, ne parviendra pas à découvrir l'organe, si précieux, de la bienveillance, qui donne le sens moral, le sentiment du juste et de l'injuste. Privé de ce concours modérateur, l'organe de la destructivité s'exerce avec une activité sans frein.
Constatons, à la partie postérieure de la voûte du crâne, la présence de la fermeté, d'où naît la persévérance.
Mais, pas la plus légère trace de la conscienciosité, d'où découlent toujours les sentiments de l'obligation morale, du devoir, de la justice,
Au-dessous de la partie de l'os frontal, près duquel réside l'organe de la vénération, dont la place est inoccupée, l'organe de Y espérance prédomine; « il dispose à la crédulité; il excite aux spéculations folles, téméraires, extravagantes, quand il excède, — comme nous le voyons ici, — le volume raisonnablement désirable; » il enfante alors la manie à laquelle obéissent irrésistiblement les hommes qualifiés de gens a projets.
En avant de Vespérance, l'organe de la merveillosité prolonge tous ses développements ; il ouvre l'esprit, qu'il
rend crédule, « aux pressentiments, aux inspirations secrètes, aux analogies, aux songes, à l'astrologie, à tout ce qui est en dehors du monde positif ou sensible. »
Rien n'indique l'existence de l'idéalité, qui inspire les conceptions magnifiques et qui donne le sentiment du beau.
Au bord du vide formé par la non-éclosion de la bienveillance, s'élève l'organe des comédiens : l'imitation ou la mimique; il permet d'imiter des gestes et des allures; feu Debureau, l'illustre mime des Funambules, possédait cet organe dans les mêmes proportions.
Je continue cette organographie de l'heureux époux de la Montijopar quelques réflexions sur les effets de certains organes réunis, et sur leur comparaison avec ceux de plusieurs célébrités monstrueuses :
1° « Tous les organes animaux étant larges, et les organes des sentiments moraux étant petits, l'individu est naturellement enclin à s'abandonner à ses goûts, et à les contenter par tous les moyens possibles ; »
2° « L'estime de soi étant combinée avec un amour de l'approbation, sans conscienciosité, l'individu satisfait des sentiments intéressés, sans égard pour la bonne opinion ou les justes droits de la société. »
Ces deux principes sont établis ; la science les admet pleinement.
Sur le crâne de M. Louis Bonaparte, les organes de la destructivité , de Yacquisivité , de la fermeté offrent le même développement que sur le crâne du parricide Martin, « chez lequel les facultés animales absorbaient les sentiments supérieurs et les facultés intellectuelles. »
L'organe de la circonspection s'y dessine comme celui d'un forçat, chef de bande condamné pour vol et meurtre à main armée, et mort au bagne de Toulon.
Vacquisivité et la ruse s'y révèlent avec la même domination que sur le crâne de Bertrand d'Evreux, rompu vif à Rouen pour viols et vols à main armée. Ces deux derniers crânes appartenaient à la collection du docteur Vimont.
Quelques appréciations des principaux traits du caractère effectif de M. Louis Bonaparte vont terminer son portrait moral ; je les dois à l'obligeance du phrénologue dont le scalpel intelligent sonda méthodiquement cette organisation vicieuse :
« Les affections d'ammir physique y forment de véritables besoins; il est sensible à la beauté de la femme; mais les seuls désirs charnels, constituant ia luxure, dominent chez lui. La force de son instinct sexuelle rend souvent débauché ou libertin; et, maintes fois, ce genre de plaisirs est suivi chez lui par le dégoût, Yapathie, la tristesse et leurs conséquences.
« Son imagination prête à la beauté qu'il convoite des grâces de l'âme qui augmentent son ivresse, mais qui facilement viennent aussi hâter et rendre plus soudain un réveil désenchanteur.
« Son besoin d'amour proprement dit le pousse toujours ou à en chercher chez autrui ou à se laisser facilement impressionner; son inconstance, ou, pour mieux dire, son infidélité est un effet de l'instabilité de ses penchants amoureux autant qu?un résultat des circonstances.
« Ses quarts d'heure de caprices ne sont que les exhalaisons du grand feu qui brûle en lui. La matière est victorieuse de l'esprit.
« Ce besoin, tout égoïste de l'ambition, de s'ériger en maître qui domine, une fougue irascible et contenue, des humeurs bizarres et injustes, constituent des tendances inévitablement fatales dans ce caractère.
« Il doit y avoir, pour lui, des moments où quelques
'souvenirs déchirent et torturent son âme. De pareilles émotions doivent souvent visiter son cœur.
« Parfois, une idée terrible et noire descend de son intelligence jusque dans les replis ies plus intimes de ce cœur, y paralysant, à la fois, et toutes les joies, et toutes les douleurs de sa vie actuelle. Cette idée est celle de sa Fin ici-bas.
« Vinstinct du devoir et la foi dans le bien sont engloutis par les flots turbulents d'une vie matérielle et sensuelle.
« Les émotions étroites de son soi soumettent toutes ses aspirations au joug impérieux des sentiments personnels.
« La suffisance forme une portion considérable de son caractère, et en rend plus tranchéesles moindres exigences, que ne peut neutraliser l'action d'une conscienciosité et d'une bienveillance absentes.
« Il spécule sur ses largesses. Ses sentiments haineux survivent à l'explosion rare de ses colères comprimées. Sans courage pour braver les périls qu'il fera naître dans l'intérêt de son ambition, dont sa fermeté est l'associée directe, il laissera les autres s'y exposer pour lui (i). »
Tel est le miroir psychologique où viennent se réfléchir les traits extérieurs des penchants, du caractère, des facultés qui forment l'organisation individuelle de M. Louis Bonaparte. La science deGall et de Spurzheim, qui a résisté aux plus puissantes attaques, ne trouverat-elle pas, dans ce crâne soumis à sa froide analyse, une consécration nouvelle de ses principes moins contestés? Que tout homme impartial interroge l'histoire contemporaine, et réponde!
(\) Ces lignes étaient écrites en S847.
La nature fut, pour notre héros, bien avare d'attraits conquérants ; certes, on pourrait le saluer de ce triste complimentquemadamedeFiennesadressaitaufrèredeLouisXIV: « Monseigneur, vous ne déshonorez pas les femmes qui vous hantent, mais elles vous déshonoreront. »
Malgré ses difformités natives, le fils de l'amiral Verhuell ambitionna toujours « ce genre d'exploits qu'Hercule fit admirer à la cour de Danaùs. »
Mais ces travaux herculéens, au-dessus de ses forces, ont engendré les taches qui marbrent sa peau, la pustule qui ronge sa jambe, le satyriasme qui mord ses reins.
Remontons à la funeste cause de ce mal ravageur; cette digression anatomique porte avec elle sa moralité : puisse-t-elle, en éclairant l'abîme où pousse l'abus des appétits luxurieux, arrêter, avant qu'ils n'y tombent, ceux qui obéissent aveuglément à cet impétueux délire !
La turgescence des idées erotiques excite celle du cervelet, organe d'instinct, centre de l'axe cérébro-spinal; trois prolongements le rattachent à la moelle allongée, qui est la continuation, dans le crâne, de la moelle épinière, que loge une colonne creuse « supportant la tête à son extrémité supérieure, et enclavée, par son extrémité inférieure, entre les deux membres inférieurs. » Le cervelet exerce une influence énergique et directe sur l'appareil générateur. L'abus des satisfactions erotiques détruit, par un continuel exercice de cet appareil, l'économie tout entière; « et, —dit Azaïs, — comme, par l'entremise de la moelle épinière, le cervelet établit ses avides contributions sur tous les muscles locomoteurs, tous les mouvements musculaires s'affaiblissent, se dérèglent; les muscles creux tombent dans le désordre. » L'épuisement sympathique de l'organe générateur anéantit quelquefois le cervelet, en dévorant lentement la moelle épinière. L'idiotisme, ou au moinsle marasme accompagné d'atroces douleurs est alors « le précurseur rapide d'une mort misérable. »
Triste fruit d'une docilité libertine aux insatiables instincts des sens débridés !
C'est ainsi, dit-on, que le fils d'Hortense a dissipé sa fortune vitale, — et conquis ce mal rongeur que la science humaine est impuissante à combattre.
M. Louis Bonaparte blêmit de fureur qiiand une main hardie soulève le voile qui dérobe à ses sujets ses faiblesses, ses vices et l'assouvissement de sa lubrique impétuosité, quand des journaux étrangers ou des livres publiés chez les nations libres introduisent et font circuler dans son empire la redoutable Vérité. Des milliers d'agents veillent à ce qu'il ne parvienne , en France , même des monarchies étrangères, que les écrits dont les rédacteurs sont soudoyés par les ministres français; la direction des postes est une souricière où l'espionnage s'embusque lâchement; le cachet des lettres y est brisé sans pudeur; on y viole cyniquement le plus intime secret des familles. Les agents subalternes ou supérieurs de sa majesté impériale ne sont bons qu'à d'ignobles métiers. C'est que, dans la sentine bonapartiste, la lie infecte de tous les partis se déverse peu à peu ; la Trahison, la Félonie, la Bassesse, la Luxure, la Foi-mentie, la Vénalité, y sont à leur aise et à leur place.
Tous les efforts d'un despotisme perfide, vigilant et brutal, n'empêcheront point la Vérité, cette inflexible ennemie du crime , de parvenir jusqu'au grand souverain dont on redoute la puissante colère, jusqu'au Peuple, chargé, par la morale éternelle et par la conscience humaine, du terrible soin de les venger.