Niort, Clouzot, 2 vol. Gr. in-B. i\iGG
quis & dessine le mouvement de l'animal comme avec un crayon.
Chats & souris forment d'habitude une association que les poètes & les peintres se sont plu à représenter pour l'enseignement de l'enfance, qui, sans raisonner cet antagonisme, est tout de suite appelée à être témoin des luttes entre la force & la faiblesse.
De mon extrême jeunesse je me rappelle une vieille toile servant de devant de cheminée qui représentait en face d'un pupitre de musique une douzaine de chats de toute nature &de toute couleur, gros, allongés, noirs, blancs, angoras & matous de gouttières. Sur le pupitre était ouvert, dans son développement oblong, le vénérable Solfège d'Italie. Les notes étaient remplacées par de petits 7'ats qui imitaient à s'y méprendre les noires & les blanches; leurs queues indiquaient également les croches & les doubles croches. En avant de ses confrères, un beau chat battait la mesure avec la dignité qu'on est en droit d'attendre d'un chef d'orchestre; mais sa patte posée sur le cahier de musique semblait prendre plaisir à égratigner les rongeurs em-
prisonnés dans les portées; &^ malgré les agréments de la clef de sol. je crois que les rats auraient préféré la clef des champs.
Breughel & les peintres flamands de la même époque se sont plu à répéter ce motif.
Les enfants avaient le cerveau meublé de thèmes ayant rapport au chat; le peuple conserva la même religion pour l'animal. D'où le fond sur lequel ont brodé Perrault, les conteurs norwégiens , allemands & anglais : le Chat botté. Maître Pierre & son Chat, le Chat de Wittinghton. &c.
Tous ces contes ont leurs racines dans les traditions populaires, qui fourniraient nombre de pages, si je ne m'en tenais à quelques lignes vraiment fantastiques des Mémoires de Chateaubriand :
(( Les gens étaient persuadés qu'un certain comte de Combourg à jambe de bois, mort depuis trois siècles , apparaissait à certaines époques, & qu'on l'avait rencontré dans le grand escalier de la tourelle. Sa jambe de bois se promenait aussi seule avec un chat noir. »
Ainsi voilà un conte murmuré à l'oreille de
l'enfant par une servante. L'enfant grandira, traversera les orages de la vie, sera appelé aux plus hautes fonctions, deviendra illustre entre tous, &un jour, quand le grand homme évoquera ses triomphes, ses luttes, ses amours, sa fortune politique, sur un fond lumineux se décalquera le Chat noir^ accompagné d'une jambe de bois, tous deux grimpant Vescalier de la tourelle.
Un souvenir d'enfance est plus doux au cœur des esprits d'élite que les titres & les honneurs. Sous les couches de science entassées dans le cerveau des grands travailleurs se détache une chanson de nourrice, car tel est le caractère propre aux intelligences de rester enfants par quelque coin & de ressentir dans la maturité les impressions de l'enfance.
C'est ce qui explique pourquoi tant d'hommes considérables ont conservé une si vive affection pour les chats.
Le Chat noir &: la jambe de bois du comte de Combourg.