‹ Les chatsChapitre 19 sur 60 · I. Palliot. déjà cité · texte numérisé non relu

I. Palliot. déjà cité

Le peuple, ami des légendes, se plaisait à voir ces êtres fantastiques sur les bannières de ses seigneurs. Et en ceci nous n'avons pas à rire des étendards des Chinois allant en guerre.

Les anciens Bourguignons avaient un chat dans leurs armoiries. D'après Palliot, Clotilde (( Bourguignotte, femme du roy Clovis, portait d'or un chat de sable tuant un rat de mesme. »

Blason des Katzen.

La famille Katzen portait à'a^ur à un chat d'argent qui tient une souris.

La Chetatdie, au pays de Limoges, portait

d'azur â deux chats Viui sur Vautre d'argent.

Les Délia Gatta, seigneurs napolitains, portaient d'azur à une chatte d'argent au lambeau de gueules en chef.

ChatTardon portait à^a^ur à trois chats d'or les deux du chef affrontés.

Nombre d'autres armoiries pourraient être relevées dans les blasons des familles européennes ^

De fantastique, le symbole devint plus positif. A mesure qu'on s'éloignait du moyen âge, chat voulut dire indépendance.

C'est ainsi qu'on peut expliquer la marque desSessa, imprimeurs à Venise au xvi^ siècle.

On voit sur la dernière page de tous leurs livres, vierge de caractères typographiques, la représentation d'un chat, entouré de curieuses ornementations. L'imprimerie c'était la lumière, la lumière c'était l'affranchissement. Le XV i^ siècle le comprit ainsi, car combien de grands esprits furent persécutés pour l'invention nouvelle, & combien de bù-

1. Voir Champtleury, Histoire des faïences patriotiques sous là Révolution, i vol. m-8'^. Dentu, 1867.

chers furent allumés avec la torche que ces libres penseurs tenaient en main !

Marque d'imprimerie des Sessa de Venise, tirée de la collection Eugène Piot.

L'Italie surtout, qui fournit tant de martyrs, n'employait pas la marque du chat sans motif.

Du xv!*" au xviii'^ siècle, je trouve peu de traces du chat comme symbole de l'indépendance.

Les hagiographes nous dépeignent saint Yves toujours accompagné d'un chat; & Henri Estienne fait observer, avec quelque malice.

que cet animal est le symbole des gens de justice.

La Liberté, d'après Prudhon.

Il appartenait à la République française de reprendre l'animal pour l'ajouter à son glorieux blason. Maintes fois la figure s/m-

bolique de la Liberté fut représentée tenant un joug brisé, une baguette surmontée du bonnet; à côté d'elle une corne d'abondance, un chat & un oiseau s'échappant le lil à la patte ^ .

Prudhon, le doux peintre républicain, le seul qui ait donné un caractère tendre & chaste aux figures allégoriques nationales, a laissé une curieuse symbolisation de la Constitution : la Sagesse, représentée par Minerve, est associée à la Loi & à la Liberté. Derrière la Loi, des enfants mènent un lion & un agneau accouplés. La Liberté tient une pique surmontée du bonnet phrygien & à ses pieds est accroupi un chat.

Avec la République finit le règne du chat, qui d'ailleurs n'avait pu s'implanter profondément dans le blason révolutionnaire.

Piques, bonnet de la liberté, faisceaux, niveau égalitaire parlaient plus vivement que les animaux à l'esprit du peuple. Quelquefois, il faut l'avouer, à cette époque, le chat fut

I. Voir au Cabinet des estampes, œuvre de Boizot, lu Liberté, gravée par la citoyenne Lingée.

représenté sous un jour défavorable. Ce n'était plus le symbole de l'indépendance, mais de la perfidie. Le frontispice d'un méchant livre, les Crimes des Papes, montre aux pieds du prélat un chat, emblème de l'hypocrisie & de la trahison.

Le chat, on doit le dire, parut à nos pères un animal plus bizarre que sympathique. On en a la preuve par sa fréquence sur les enseignes des marchands avec de singulières légendes, telles par exemple que la Maison du chat qui pelote. Le chat occupa une place considérable dans l'imagination des boutiquiers. Je ne parle pas seulement des cordonniers, qui naturellement devaient faire peindre sur leurs façades le Chat botté.

La silhouette de l'animal, sa malice proverbiale comparée à celle des femmes, son caractère de domesticité mêlée d'indépendance en faisaient un être destiné à la représentation publique. Et aujourd'hui que s'effacent nos anciennes coutumes, que la pioche démolit tout ce qui était cher aux bourgeois parisiens, ce n'est pas sans regretter les vieilles enseignes que je m'arrête devant un des derniers

débris du quartier des Lombards, la maison de confiserie qui porte à ses deux angles deux chats noirs fantastiques.

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