Les chefs-d'oeuvre de la peinture italienne
1, dans lui de ces accès de courage dont les moins braves sont parfois saisis, la pensée nous était venue de raconter a l'aide des documents nom-eaux l'histoire de la peinture Italienne, nous osetlons li peine /aire l'aveu de notre réve. Lorsque les plus vaillants hésitent devant les difficultés d'une pareille tâche, lorsque ce glorieux sujet semble épouvanter nos maîtres, de quel droit aurions-nous tenté une œuvre dont s'effrayent ceux qui savent penser et ceux qui savent écrire? De si grands desseins échappent a nos ambitions comme a nos forces. Aussi n'est-ce point une histoire de l'école Italienne qu'on trouvera dans ce livre. Il n', ■ faut chercher que le résumé des impressions et des études d'un curieux l, propos de quelques-uns des chefs-d'œuvre de ces maîtres illustres, qui ont si admirablement exprimé les aspirations de l'Italie et créé un art dont l'éloquence reste pour le génie de l'homme un honneur éternel.
On aurait pu .srins doute donner aux Cliefs-dœuvio de la peiiitiuo kalicaue lu jornie attir, , ante d'une promenade dans un musée. Il eut été channant de se laisser guider par le hasard des rencontres heureuses et de se livrer tout entier au plaisir d'admirer et de décrire, en bornant son examen aux créations magistrales que l'applaudlssemetit publie a consacrées. Le titre et le but du livre nous Invitaient a suivre cette méthode. Il les reproduit, en effet, ces chefs-d'œuvre dignes de notre constante étude. Il les fait revivre aux veux par la gravure, et surtout par la chromolltliographie, dont les ingénieux procédés , peifectlonnés par M. Kellerhoven, traduisent
PKEFACE.
exartcmcnt la coloration du lahlcau ou de la fresque. On verra dans ce volume jusqua quel poinl cet arl iiom-eaa cl déjà si samnl a poussé sa conquête.
Ia's planches en couleur el les ij;ravurcs fonnanl la partie principale des Cliel'sd'œuvre de la peinture italieimc, nous aurions pu nous borner ii les entourer d'un commentaire descriptif. Mais il ne nous était pas défendu dé faire an peu plus. Nous l'avons essayé. Le programme s'est élargi. Les noms d'artistes, les faits , les dates se sont rangés fatalement dans un ordre logique, ou qui du moins nous a paru tel; notre étude est devenue un récit, et elle a pris la fortne, sinon les hautes vertus de riusioire.
Tout se lient dans les choses humaines; mais c'est surtout en matière d'art que la conséquence se lie au principe el que la moisson est en raison des semailles. Ici l'Influence de l'hérédité, l'action salutaire ou mauvaise des milieux ambiants s'impo-wnl il l'historien avec l'autorité d'une loi. Le passé se prolonge et reste visible dans le présent, qui déjii laisse devinei- l'avenir. Rien tiest donné au caprice. S'imaginer qiéon peut isoler un arlisie italien du mouvement antérieur et l'abstraire des influences contemporaines, c'est pure chimère. Les plus hautes individualités tiennent aux foules; les écoles elles-mêmes sont étroitement mêlées les unes aux autres. Il est impossible de morceler cette grande histoire : il faut l'étudier, comme l'a faite la logique souveraine des événements, dans son indivisible unité.
A ce point de vue, aucun chef-d'auivre n'est simple. Pour le comprendre, il faut savoir d'oii il vient et oii il va. Le Jugement dernier de Micliel-^1 nge résume trois cents ans d'efforts : Dante, Urcagna, Luca Signorelli l'avaient préparé, et, un siècle après l'éclosion de la fresque immortelle, elle était encore imitée par les artistes dégénérés qui avaient cesse' d'entendre ce fer langage. Si l'œuvre ne peut être distraite de son milieu, on ne saurait non plus isoler le maître, car il se rattache à tout ce qui l'entoure. Il en est de même de ces groupes qu'on a appelés des écoles et qui, dans les classifications en usage, ont pour lien, non le culte d'un idéal pareil, mais la communauté d'origine des peintres qui les constituent .
Aussi , bien que le cadre de ce livre se prêtât peu aux liardiesses trop nouvelles, nous avons cru pouvoir nous séparer, sous ce rapport, de Lanzi et de ses adhérents. Tout en regrettant de troubler l'ordre des subdivisions consacrées , nous n'avons pu adineltre l'existence de quatorze ou quinze écoles vivant en dehors les unes des autres et conservant leur autonomie . On verra que, dans nos audaces trop timides peutêtre, nous avons mêh' .\ouvcnl ce que nos devanciers avaient soigneusement distingué .
PRÉFACE. vij
C'esl notre avis en effet que, grands ou petits, illustres ou obscurs, les maîtres italiens ont bien moins obéi h la loi de leur origine, aux fatalités locales de la géographie, qu'aux infuences générales du temps, ii ces courants d'idées qui, ii un moinenl donné, passent sur le monde, enjlaniment toutes les intelligences et font vibrer toutes les âmes. Lorsque l'on voit, en des lieux qui semblent si divers, s'opérer simultanément les transformations les plus radicales — la défaite du principe l)j-zanlln, l'étude de lit nature remise il son rang, le style ardemment cherché, la beauté conqiu'se, le maniérisme succédant au grand art, la décadence envahissant l'Italie entière — on doit i econnaitre que, malgré cerlcdnes divergences apparentes, les écoles italiennes n'en forment qu'une; qu'il est arbitraire de séparer ce qid a été si intimem.ent uni, et que, dans ces réveils, dans ces triomplies, dans ces défaillances qui se produisent partout il la fois, il n'y a qu'une seule et même histoire.
Cette liistoire est d'ailleurs si belle que, mal racontée, elle demeure magnifique encore. L' insiifjisance du metteur en scène n'enlève rien il l'attrait du spectacle, parce que le spectacle est dans les eliefs-d'œiivre des maîtres, non seulement de ceux dont la foule sait les noms glorieux, mais aussi dans les créations moins célèbres des artistes qu'elle ignore.
N^os musées, formés, comme celui du Louvre, en un temps où l'on croyait de la meilleure foi du monde que la peinture italienne commençait avec le seizième siècle, ne font connaître qu'un nombre très-restrcint d'œuvres et de noms d'artistes : une promenade en Italie révèle au curieux une foule de maîtres intéressants, et même admirables, dont nos collections ne possèdent aucun ouvrage et il propos desquels les écrivains français ont injustement garde le silence. Sans s'aventurer sur le terrain de l'érudition, on a tenté dans ce livre de pn'senter au lecteur quelques-uns de ces maîtres trop peu connus; mais, ici encore, on a dii procéder avec réserve. Liintroduction de ces nouveaux venus n'a pas d'ailleurs pour résultat de troubler les rangs et de f lire descendre de leur piédestal séculaire les grands hommes qui sont, ii si juste titre, en possession de la renommée. iVon, bien que le mouvement de l'art en Italie ait été essentiellement collectif, les héros demeurent des héros : les Giolto, les Masaecio, les Léonard, les Micliel-Jnge, les Liapliaél, les Titien, les Corrége restent les représentants éternels de la peinture italienne. Sans les isoler des groupes auxquels ils appartiennent, on a essayé de leur rendre justice, en montrant quelle part leur revient dans les progrès de l'art et comment ils ont exprimé avec une élo-