‹ Les chefs d'œuvre lyriques de Malherbe et de l'école classiqueChapitre 10 sur 19 · VINCENT VOITURE (159S · texte numérisé non relu

VINCENT VOITURE (159S

Des portes du matin P amante de Céphale ~ - - 86

Il faut finir mes jours en l amour d Uranie ~ - - 87

GUILLAUME COLLETET (1598-1659

La Maison de Ronsara - - - - - "^7

Hommage a Ronsard - - " - - - -88

Avis a un Poète buveur d^ Eau - - - - - 88

Rodomontade amoureuse - - - - - -89

Sur la Naissance de Notre-Seigneur - - - - 89

JACQUES VALLÉE DES BARREAUX (1599-1673) Grand Dieu, tes jugements sont remplis d^ équité - - 90

MARIN LEROY DE GOMBERVILLE (i 600-1 674)

Au Cardinal du Richelieu - - - - ~ "91

Sur r Exposition du Saint-Sacrement - - - - 91

TRISTAN L'HERMITE (i 601-1655)

La Comédie des Fleurs - - - - - -92

Le Promenoir des deux Amants - - - - - 94

Consolation a Idalie, sur la Mort d' un Parent - - - 96

Les Baisers de Dorinde - ~ - - - -98

Celle dont la dépouille en ce marbre est enclose - - - loo

Ixiv TABLE

PAGES Mon ame, é-veîlie-toi du dangereux sommeil - ~ - l oo

f^enir à la clarté sans force et sans adresse - ~ - lOI

JEAN FRANÇOIS SARRASIN (1603- 1654) Ode à Monseigneur le Duc d^ Enghien ~ - - - lOl

FRANÇOIS DE MALHERBE

IjCs Larmes de Saint Pierre ( f S ff )^*t^i;J

" QUE je porte d'envie a la troupe innocente De ceux qui, massacrés d'une main violente, Virent dès le matin leur beau jour accourci ! Le fer qui les tua leur donna cette grâce, Que si de faire bien ils n'eurent pas l'espace, Ils n'euiTnt pas le temps de faire mal aussi.

** De ces jeunes guerriers la flotte vagabonde Allait courre fortune aux orages du monde, Et déjà pour voguer abandonnait le bord, Quand l'aguet d'un pirate arrêta leur voyage ; Mais leur sort fut si bon que d'un même naufrage Ils se virent sous l'onde et se virent au port.

" Ce furent de beaux lis, qui mieux que la nature Mêlant a leur blancheur l'incarnate peinture Que tira de leur sein le couteau criminel, Devant que d'un hiver la tempête et l'orage A leur teint délicat pussent faire dommage, S'en allèrent fleurir au printemps éternel...

" Le peu qu'ils ont vécu leur fut grand avantage, Et le trop que je vis ne me fait que dommage. Cruelle occasion du souci qui me nuit ! Quand j'avais de ma foi l'innocence première, Si la nuit de la mort m'eût privé de lumière. Je n'aurais pas la peur d'une immortelle nuit. 148 I

FRANÇOIS DE MALHERBE

*' Ce fut en ce troupeau que, venant à la guerre Pour combattre l'enfer et défendre la terre, Le Sauveur inconnu sa grandeur abaissa ; Par eux il commença la première mêlée.

Et furent eux aussi que la rage aveuglée Du contraire parti les premiers offensa.

*' Qui voudra se vanter avec eux se compare, D'avoir reçu la mort par un glaive barbare, Et d'être allé soi-même au martyre s'offrir ; L'honneur leur appartient d'avoir ouvert la porte A quiconque osera, d'une âme belle et forte, Pour vivre dans le ciel, en la terre mourir.

" O désirable fin de leurs peines passées ! Leurs pieds, qui n'ont jamais les ordures pressées, Un superbe plancher des étoiles se font ; Leur salaire payé les services précède ; Premier que d'avoir mal ils trouvent le remède. Et devant le combat ont les palmes au front.

** Que d'applaudissements, de rumeur et de presses. Que de feux, que de jeux, que de traits de caresses, Quand la-haut en ce point on les vit arriver ! Et quel plaisir encore à leur courage tendre, Voyant Dieu devant eux en ses bras les attendre, Et pour leur faire honneur les anges se lever !

"Et vous, femmes, trois fois, quatre fois bienheureuses. De ces jeunes amours les mères amoureuses. Que faites-vous pour eux, si vous les regrettez ? Vous fâchez leur repos, et vous rendez coupables, Ou de n'estimer pas leurs trépas honorables. Ou de porter envie à leurs félicités.

"Le soir fut avancé de leurs belles journées ; Mais qu'eussent-ils gagné par un siècle d'années ?

FRANÇOIS DE MALHERBE

Ou que leur advint-il en ce vite départ,

Que laisser promptement une basse demeure,

Qui n'a rien que du mal, pour avoir de bonne heure

Aux plaisirs éternels une éternelle part ?

*' Si vos yeux pénétrant jusqu'aux choses futures Vous pouvaient enseigner leurs belles aventures, Vous auriez tant de bien en si peu de malheurs, Que vous ne voudriez pas pour l'empire du monde N'avoir eu dans le sein la racine féconde D'où naquit entre nous ce miracle de fleurs...**

Consolation à M. du Perler

TA douleur, du Périer, sera donc éternelle ?

Et les tristes discours.

Que te met en l'esprit l'amitié paternelle.

L'augmenteront toujours ?

Le malheur de ta fille au tombeau descendue,

Par un commun trépas, Est-ce quelque dédale, où ta raison perdue

Ne se retrouve pas ?

Je sais de quels appas son enfance était pleine,

Et n'ai pas entrepris, Injurieux ami, de soulager ta peine

Avecque son mépris.

Mais elle était du monde, où les plus belles choses

Ont le pire destin ; Et rose elle a vécu ce que vivent les roses.

L'espace d'un matin.

Puis quand ainsi serait que, selon ta prière, Elle aurait obtenu

FRANÇOIS DE Mx^LHERBE

D'avoir en cheveux blancs terminé sa carrière, Qu'en fût-il advenu ?

Penses-tu que, plus vieille, en la maison céleste

Elle eût eu plus d'accueil ?

Ou qu'elle eût moins senti la poussière funeste

Et les vers du cercueil ?

Non, non, mon du Périer, aussitôt que la Parque

Ote l'âme du corps.

L'âge s'évanouit au deçà de la barque,

Et ne suit point les morts...

La mort a des rigueurs à nulle autre pareilles.

On a beau la prier, La cruelle qu'elle est se bouche les oreilles

Et nous laisse crier.

Le pauvre en sa cabane, où le chaume le couvre.

Est sujet k ses lois ; Et la garde qui veille aux barrières du Louvre

N'en défend point nos rois.

De murmurer contre elle et perdre patience,

Il est mal a propos ; Vouloir ce que Dieu veut est la seule science

Qui nous met en repos.

jIux Ombres de Damon

L'ORNE comme autrefois nous reverrait encore. Ravis de ces pensers que le vulgaire ignore. Egarer à l'écart nos pas et nos discours ; Et couchés sur les fleurs comme étoiles semées. Rendre en si doux ébat les heures consumées, Que les soleils nous seraient courts.

FRANÇOIS DE MALHERBE

Mais, 6 loi rigoureuse à la race des hommes! C'est un point arrêté, que tout ce que nous sommes, Issus de pères rois et de pères bergers, La Parque également sous la tombe nous serre ; Et les mieux établis au repos de la terre N'y sont qu'hôtes et passagers.

Tout ce que la grandeur a de vains équipages. D'habillements de pourpre et de suite de pages, Quand le terme est échu, n'allonge point nos jours ; Il faut aller tout nus où le destin commande ; Et de toutes douleurs la douleur la plus grande, C'est qu'il faut laisser nos amours :

Amours qui, la plupart infidèles et feintes. Font gloire de manquer a nos cendres éteintes, Et qui, plus que l'honneur estimant les plaisirs. Sous le masque trompeur de leurs visages blêmes, Acte digne du foudre ! en nos obsèques mêmes Conçoivent de nouveaux désirs.

Elles savent assez alléguer Artémise, Disputer du devoir et de la foi promise : Mais tout ce beau langage est de si peu d'effet, Qu'a peine en leur grand nombre une seule se treuve De qui la foi survive, et qui fasse la preuve Que ta Carinice te fait.

Depuis que tu n'es plus, la campagne déserte A dessous deux hivers perdu sa robe verte. Et deux fois le printemps l'a repeinte de fleurs. Sans que d'aucuns discours sa douleur se console. Et que ni la raison ni le temps qui s'envole Puisse faire tarir ses pleurs...

FRANÇOIS DE MALHERBE

Prière pour le Roi Henri le Grand ' '■^■■^ ' • "

O DIEU, dont les bontés de nos larmes touchées Ont aux vaines fureurs les armes arrachées, Et rangé l'insolence aux pieds de la raison. Puisque a rien d'imparfait ta louange n'aspire. Achève ton ouvrage au bien de cet empire, Et nous rends l'embonpoint comme la guérison.

Nous sommes sous un roi si vaillant et si sage. Et qui si dignement a fait l'apprentissage De toutes les vertus propres a commander. Qu'il semble que cet heur nous impose silence. Et qu'assurés par lui de toute violence. Nous n'avons plus sujet de te rien demander.

Certes quiconque a vu pleuvoir dessus nos têtes Les funestes éclats des plus grandes tempêtes Qu'excitèrent jamais deux contraires partis. Et n'en voit aujourd'hui nulle marque paraître. En ce miracle seul il peut assez connaître Quelle force a la main qui nous a garantis.

Mais quoi ! De quelque soin qu'incessamment il veille. Quelque gloire qu'il ait à nulle autre pareille, Et quelque excès d'amour qu'il porte à notre bien, Comme échapperons-nous en des nuits si profondes. Parmi tant de rochers que lui cachent les ondes, Si ton entendement ne gouverne le sien ?

Un malheur inconnu glisse parmi les hommes. Qui les rend ennemis du repos où nous sommes : La plupart de leurs vœux tendent au changement ; Et comme s'ils vivaient des misères publiques. Pour les renouveler ils font tant de pratiques, Que qui n'a point de peur n'a point de jugement.

FRANÇOIS DE MALHERBE

En ce fâcheux état ce qui nous réconforte, C'est que la bonne cause est toujours la plus forte, Et qu'un bras si puissant t'ayant pour son appui, Quand la rébellion plus qu'une hydre féconde Aurait pour le combattre assemblé tout le monde. Tout le monde assemblé s'enfuirait devant lui.

Conforme donc, Seigneur, ta grâce à nos pensées ; Ote-nous ces objets qui des choses passées Ramènent â nos yeux le triste souvenir ; Et comme sa valeur, maîtresse de l'orage, A nous donner la paix a montré son courage, Fais luire sa prudence à nous l'entretenir.

Il n'a point son espoir au nombre des armées. Etant bien assuré que ces vaines fumées N'ajoutent que de l'ombre a nos obscurités. L'aide qu'il veut avoir, c'est que tu le conseilles ; Si tu le fais, Seigneur, il fera des merveilles. Et vaincra nos souhaits par nos prospérités.

Les fuites des méchants, tant soient-elles secrètes, Quand il les poursuivra, n'auront point de cachettes Aux lieux les plus profonds ils seront éclairés ; Il verra sans effet leur honte se produire. Et rendra les desseins qu'ils feront pour lui nuire Aussitôt confondus comme délibérés.

La rigueur de ses lois, après tant de licence, Redonnera le cœur à la faible innocence. Que dedans' la misère on faisait envieillir. A ceux qui l'oppressaient il ôtera l'audace ; Et sans distinction de richesse ou de race. Tous de peur de la peine auront peur de faillir.

La terreur de son nom rendra nos villes fortes. On n'en gardera plus ni les murs ni les portes,

FRANÇOIS DE MALHERBE

Les veilles cesseront au sommet de nos tours ; Le fer mieux employé cultivera la terre, Et le peuple qui tremble aux frayeurs de la guerre, Si ce n'est pour danser, n'aura plus de tambours.

Loin des mœurs de son siècle il bannira les vices, L'oisive nonchalance et les molles délices, Qui nous avaient portés jusqu'aux derniers hasards; Les vertus reviendront de palmes couronnées. Et ses justes faveurs, aux mérites données, Feront ressusciter l'excellence des arts.

La foi de ses aïeux, ton amour et ta crainte, Dont il porte dans l'âme une éternelle empreinte, D'actes de piété ne pourront l'assouvir ; Il étendra ta gloire autant que sa puissance, Et n'ayant rien si cher que ton obéissance, Où tu le fais régner, il te fera servir.

Tu nous rendras alors nos douces destinées ; Nous ne reverrons plus ces fâcheuses années. Qui pour les plus heureux n'ont produit que des pleurs. Toute sorte de biens comblera nos familles, La moisson de nos champs lassera les faucilles, Et les fruits passeront la promesse des fleurs.

La fin de tant d'ennuis dont nous fûmes la proie Nous ravira les sens de merveille et de joie ; Et d'autant que le monde est ainsi composé, Qu'une bonne fortune en craint une mauvaise, Ton pouvoir absolu, pour conserver notre aise, Conservera celui qui nous l'aura causé.

Quand un roi fainéant, la vergogne des princes, Laissant à ses flatteurs le soin de ses provinces. Entre les voluptés indignement s'endort, Quoique l'on dissimule, on n'en fait point d'estime ;

FRANÇOIS DE MALHERBE

Et si la vérité se peut dire sans crime, C'est avecque plaisir qu'on survit à sa mort.

Mais ce roi, des bons rois l'éternel exemplaire, Qui de notre salut est l'ange tutélaire, L'infaillible refuge et l'assuré secours, Son extrême douceur ayant dompté l'envie, De quels jours assez longs peut-il borner sa vie, Que notre affection ne les juge trop courts?

Nous voyons les esprits nés à la tvrannie, Ennuyés de couver leur cruelle manie, Tourner tous leurs conseils à notre affliction ; Et lisons clairement dedans leur conscience. Que s'ils tiennent la bride a leur impatience, Nous n'en sommes tenus qu'a sa protection.

Qu'il vive donc. Seigneur, et qu'il nous fasse vivre ! Que de toutes ces peurs nos âmes il délivre ; Et rendant l'univers de son heur étonné. Ajoute chaque jour quelque nouvelle marque Au nom qu'il s'est acquis du plus rare monarque Que ta bonté propice ait jamais couronné 1

Cependant son dauphin, d'une vitesse prompte, Des ans de sa jeunesse accomplira le compte ; Et suivant de l'honneur les aimables appas, De faits si renommés ourdira son histoire, Que ceux qui dedans l'ombre éternellement noire Ignorent le soleil, ne l'ignoreront pas.

Par sa fatale niain qui vengera nos pertes, L'Espagne pleurera ses provinces désertes. Ses châteaux abattus et ses camps déconfits ; Et si de nos discords l'infâme vitupère A pu la dérober aux victoires du père. Nous la verrons captive aux triomphes du fils.

FRANÇOIS DE MALHERBE Sur l'Attentat

commis en la Personne de Henri le Grand le l^ Décember 1605

QUE direz-vous, races futures, Si quelquefois un vrai discours Vous récite les aventures De nos abominables jours ?

Lirez-vous, sans rougir de honte, Que notre impiété surmonte Les faits les plus audacieux Et les plus dignes du tonnerre. Qui iirent jamais a la terre Sentir la colère des cieux ?

O que nos fortunes prospères Ont un change bien apparent !

O que du siècle de nos pères Le nôtre s'est fait différent !

La France, devant ces orages, Pleine de mœurs et de courages Qu'on ne pouvait assez louer, S'est faite aujourd'hui si tragique.

Qu'elle produit ce que l'Afrique Aurait vergogne d'avouer.

Quelles preuves incomparables Peut donner un prince de soi, Que les rois les plus adorables N'en quittent l'honneur a mon roi ?

Quelle terre n'est parfumée Des odeurs de sa renommée ?

Et qui peut nier qu'après Dieu, Sa gloire, qui n'a point d'exemples,

FRANÇOIS DE MALHERBE

N'ait mérité que dans nos temples On lui donne le second lieu ?

Qui ne sait point qu'a sa vaillance Il ne se peut rien ajouter ?

Qu'on reçoit de sa bienveillance Tout ce qu'on en doit souhaiter ?

Et que si de cette couronne, Que sa tige illustre lui donne, Les lois ne l'eussent revêtu, Nos peuples d'un juste suffrage Ne pouvaient, sans faire naufrage, Ne l'offrir point a sa vertu ?

Toutefois, ingrats que nous sommes.

Barbares et dénaturés.

Plus qu'en ce climat où les hommes Par les hommes sont dévorés, Toujours nous assaillons sa tète De quelque nouvelle tempête ; Et d'un courage forcené, Rejetant son obéissance.

Lui défendons la jouissance Du repos qu'il nous a donné.

La main de cet esprit farouche.

Qui, sorti des ombres d'enfer.

D'un coup sanglant frappa sa bouche,

A. peine avait laissé le fer ;

Et voici qu'un autre perfide.

Où la même audace réside.

Comme si détruire l'Etat

Tenait lieu de juste conquête.

De pareilles armes s'apprête

A faire un pareil attentat.

FRANÇOIS DE MALHERBE

O soleil, ô grand luminaire !

Si jadis l'horreur d'un festin Fit que de ta route ordinaire Tu reculas vers le matin, Et d'un émerveillable change Te couchas aux rives du Gange, D'où vient que ta sévérité.

Moindre qu'en la faute d'Atrée, Ne punit point cette contrée D'une éternelle obscurité ?

Non, non, tu luis sur le coupable, Comme tu fais sur l'innocent ; Ta nature n'est point capable Du trouble qu'une âme ressent ; Tu dois ta flamme a tout le monde ; Et ton allure vagabonde Comme une servile action Qui dépend d'une autre puissance.

N'ayant aucune connaissance, N'a point aussi d'affection.

Mais, ô planète belle et claire, Je ne parle pas sagement ; Le juste excès de la colère M'a fait perdre le jugement ; Ce traître, quelque frénésie Qui travaillât sa fantaisie.

Eut encore assez de raison Pour ne vouloir rien entreprendre.

Bel astre, qu'il n'eût vu descendre Ta lumière sous l'horizon.

Au point qu'il écuma sa rage, Le dieu de Seine était dehors

FRANÇOIS DE MALHERBE

A regarder croître l'ouvrage Dont ce prince embellit ses bords.

Il se resserra tout à l'heure Au plus bas lieu de sa demeure ; Et ses nymphes dessous les eaux, Toutes sans voix et sans haleine, Pour se cacher furent en peine De trouver assez de roseaux.

La terreur des choses passées A leurs yeux se ramentevant Faisait prévoir à leurs pensées Plus de malheurs qu'auparavant; Et leur était si peu croyable Qu'en cet accident effroyable Personne les pût secourir, Que, pour en être dégagées Le ciel les aurait obligées.

S'il leur eût permis de mourir.

Revenez, belles fugitives ;

De quoi versez-vous tant de pleurs ?

Assurez vos âmes craintives,

Remettez vos chapeaux de fleurs.

Le roi vit, et ce misérable,

Ce monstre vraiment déplorable,

Qui n'avait jamais éprouvé

Que peut un visage d'Alcide,

A commencé le parricide.

Mais il ne l'a pas achevé.

Pucelles, qu'on se réjouisse ; Mettez-vous l'esprit en repos ; Que cette peur s'évanouisse.

Vous la prenez mal a propos ;

FRANÇOIS DE MALHERBE

Le roi vit, et les destinées

Lui gardent un nombre d'années

Qui fera maudire le sort

A ceux dont l'aveugle manie

Dresse des plans de tyrannie

Pour bâtir quand il sera mort.

O bienheureuse intelligence, Puissance, quiconque tu sois, Dont la fatale diligence Préside à l'empire françois !

Toutes ces visibles merveilles De soins, de peines et de veilles.

Qui jamais ne t'ont pu lasser, N'ont-elles pas fait une histoire Qu'en la plus ingrate mémoire L'oubli ne saurait effacer ?

Ces archers aux casaques peintes Ne peuvent pas n'être surpris.

Ayant à combattre les feintes De tant d'infidèles esprits.

Leur présence n'est qu'une pompe :

Avecque peu d'art on les trompe.

Mais de quelle dextérité Se peut déguiser une audace, Qu'en l'âme aussitôt qu'en la face Tu n'en lises la vérité ?

Grand démon d'éternelle marque, Fais qu'il te souvienne toujours Que tous nos maux en ce monarque Ont leur refuge et leur secours ; Et qu'arrivant l'heure prescrite, Que le trépas, qui tout limite,

FRANÇOIS DE MALHERBE

Nous privera de sa valeur, Nous n'avons jamais eu d'alarmes 0\1 nous ayons versé des larmes Pour une semblable douleur.

Je sais bien que par la justice,

Dont la paix accroît le pouvoir,

Il fait demeurer la malice

Aux bornes de quelque devoir,

Et que son invincible épée

Sous telle influence est trempée,

Qu'elle met la frayeur partout

Aussitôt qu'on la voit reluire :

Mais quand le malheur veut nous nuire.

De quoi ne vient-il point à bout ?

Soit que l'ardeur de la prière

Le tienne devant un autel,

Soit que l'honneur k la barrière

L'appelle k débattre un cartel,

Soit que dans la chambre il médite.

Soit qu'aux bois la chasse l'invite.

Jamais ne t'écarte si loin.

Qu'aux embûches qu'on lui peut tendre

Tu ne sois prêt k le défendre,

Sitôt qu'il en aura besoin.

Garde sa compagne fidèle.

Cette reine, dont les bontés De. notre faiblesse mortelle Tous les défauts ont surmontés.

Fais que jamais rien ne l'ennuie ; Que toute infortune la fuie ; Et qu'aux roses de sa beauté L'âge, par qui tout se consume,

FRANÇOIS DE MALHERBE

Redonne contre sa coutume La grâce de la nouveauté.

Serre d'une étreinte si ferme Le nœud de leurs chastes amours, Que la seule mort soit le terme Qui puisse en arrêter le cours.

Bénis les plaisirs de leur couche, Et fais renaître de leur souche Des scions si beaux et si verts, Que de leur feuillage sans nombre A jamais ils puissent faire ombre Aux peuples de tout l'univers.

Surtout pour leur commune joie Dévide aux ans de leur dauphin, A longs filets d'or et de soie, Un bonheur qui n'ait point de fin ; Quelques vœux que fasse l'envie, Conserve-leur sa chère vie ; Et tiens par elle ensevelis D'une bonace continue Les aquilons, dont sa venue A garanti les fleurs de lis.

Conduis-le sous leur assurance Promptement jusques au sommet De l'inévitable espérance Que son enfance leur promet.

Et pour achever leurs journées, Que les oracles ont bornées Dedans le trône impérial, Avant que le ciel les appelle.

Fais-leur ouïr cette nouvelle, Qu'il a rasé l'Escurial.

FRANÇOIS DE MALHERBE

y/tt Roi Henri le Grand

JE le connais, Destins, vous avez arrêté Qu'aux deux fils de mon roi se partage la terre, Et qu'après le trépas ce miracle de guerre Soit encore effroyable en sa postérité.

Leur courage aussi grand que leur prospérité Tous les forts orgueilleux brisera comme verre ; Et qui de leurs combats attendra le tonnerre Aura le châtiment de sa témérité.

Le cercle imaginé qui de même intervalle Du Nord et du Midi les distances égale, De pareille grandeur bornera leur pouvoir :

Mais étant fils d'un père où tant de gloire abonde, Pardonnez-moi, Destins, quoi qu'ils puissent avoir. Vous ne leur donnez rien s'ils n'ont chacun un monde.

Pour la Vicomtesse cV Auchy

IL n'est rien de si beau comme Caliste est belle ; C'est une œuvre où nature a fait tous ses efforts ; Et notre âge est ingrat qui voit tant de trésors. S'il n'élève à sa gloire une marque éternelle.

La clarté de son teint n'est pas chose mortelle : Le baume est. dans sa bouche, et les roses dehors ; Sa parole et sa voix ressuscitent les morts, Et l'art n'égale point sa douceur naturelle.

La blancheur de sa gorge éblouit les regards ; Amour est en ses yeux, il y trempe ses dards. Et la fait reconnaître un miracle visible.

FRANÇOIS DE MALHERBE

En ce nombre infini de grâces et d'appas,

Qu'en dis-tu, ma raison ? crois-tu qu'il soit possible

D'avoir du jugement et ne l'adorer pas ?

Sur V Absence de la Même

BEAUX et grands bâtiments d'éternelle structure, Superbes de matière et d'ouvrages divers, Où le plus digne roi qui soit en l'univers Aux miracles de l'art fait céder la nature ;

Beau parc et beaux jardins, qui, dans votre clôture. Avez toujours des fleurs et des ombrages verts, Non sans quelque démon qui défend aux hivers D'en effacer jamais l'agréable peinture ;

Lieux qui donnez aux cœurs tant d'aimables désirs. Bois, fontaines, canaux, si, parmi vos plaisirs. Mon humeur est chagrine et mon visage triste.

Ce n'est point qu'en effet vous n'ayez des appas ; Mais quoi que vous ayez, vous n'avez point Caliste, Et moi je ne vois rien quand je ne la vois pas.

A la Reine, Mère du Rot

lur les heureux Succès de sa Régence

NYMPHE qui jamais ne sommeilles.

Et dont les messages divers En un moment sont aux oreilles Des peuples de tout l'univers.

Vole vite, et de la contrée Par où le jour fait son entrée ï8

FRANÇOIS DE MALHERBE

Jusqu'au rivage de Calis, Conte, sur la terre et sur l'onde, Que l'honneur unique du monde, C'est la reine des fleurs de lis.

Quand son Henri, de qui la gloire Fut une merveille à nos yeux.

Loin des hommes s'en alla boire Le nectar avccque les dieux, En cette aventure effroyable, A qui ne semblait-il croyable, Qu'on pliait voir une saison Où nos brutales perfidies Feraient naître des maladies Qui n'auraient jamais guérison ?

Qui ne pensait que les Furies Viendraient des abîmes d'enfer, En de nouvelles barbaries, Employer la flamme et le fer ?

Qu'un débordement de licence Ferait souffrir à l'innocence Toute sorte de cruautés, Et que nos malheurs seraient pires Que naguère sous les Busires Que cet Hercule avait domptés î

Toutefois, depuis l'infortune De cet abominable jour, A peine la quatrième lune Achève de faire son tour ; Et la France a les destinées Pour elles tellement tournées Contre les vents séditieux, Qu'au lieu de craindre la tempête,

FRANÇOIS DE MALHERBE

11 semble que jamais sa tête Ne fut plus voisine des cieux.

Au delà des bords de la Meuse, L'Allemagne a vu nos guerriers, Par une conquête fameuse, Se couvrir le front de lauriers. Tout a fléchi sous leur menace ; L'Aigle même leur a fait place, Et, les regardant approcher.

Comme lions à qui tout cède, N'a point eu de meilleur remède Que de fuir et se cacher.

O reine, qui pleine de charmes Pour toute sorte d'accidents, As borné le flux de nos larmes En ces miracles évidents.

Que peut la fortune publique Te vouer d'assez magnifique, Si, mise au rang des immortels Dont ta vertu suit les exemples.

Tu n'as avec eux, dans nos temples, Des images et des autels ?

Que saurait enseigner aux princes Le grand démon qui les instruit.

Dont ta sagesse en nos provinces Chaque jour n'épande le fruit ?

Et qui justement ne peut dire, A te voir régir cet empire, Que, si ton heur était pareil A tes admirables mérites.

Tu ferais dedans ses limites Lever et coucher le soleil ?

FRANÇOIS DE MALHERBE

Le soin qui reste k nos pensées, O bel astre ! c'est que toujours Nos félicités commencées Puissent continuer leur cours.

Tout nous rit, et notre navire A la bonace qu'il désire ; Mais si quelque injure du Sort Provoquait l'ire de Neptune, Quel excès d'heureuse fortune Nous garantirait de la mort ?

Assez de funestes batailles Et de carnages inhumains Ont fait en nos propres entrailles Rougir nos déloyales mains ; Donne ordre que sous ton génie Se termine cette manie, Et que, las de perpétuer Une si longue malveillance, Nous employions notre vaillance Ailleurs qu'a nous entre-tuer.

La Discorde aux crins de couleuvres.

Peste fatale aux potentats.

Ne finit ses tragiques œuvres Qu'en la fin même des États.

D'elle naquit la frénésie De la Grèce contre l'Asie, Et d'elle prirent le flambeau Dont' ils désolèrent leur terre.

Les deux frères de qui la guerre Ne cessa point dans le tombeau.

C'est en la paix que toutes choses Succèdent selon nos désirs ;

FRANÇOIS DE MALHERBE

Comme au printemps naissent les roses, En la paix naissent les plaisirs ; Elle met les pompes aux villes, Donne aux champs les moissons fertiles, Et de la majesté des lois Appuyant les pouvoirs suprêmes, Fait demeurer les diadèmes Fermes sur la tête des rois.

Ce sera dessous cette égide Qu'invincible de tous côtés Tu verras ces peuples sans bride Obéir a tes volontés ; Et, surmontant leur espérance. Remettras en telle assurance Leur salut qui fut déploré, Que vivre au siècle de Marie, Sans mensonge et sans flatterie, Sera vivre au siècle doré.

Les Muses, les neuf belles fées.

Dont les bois suivent les chansons.

Rempliront de nouveaux Orphées La troupe de leurs nourrissons ; Tous leurs vœux seront de te plaire ; Et, si ta faveur tutélaire Fait signe de les avouer.

Jamais ne partit de leurs veilles Rien qui se compare aux merveilles Qu'elles feront pour te louer.

En cette hautaine entreprise, Commune à tous les beaux esprits, Plus ardent qu'un athlète à Pise, Je me ferai quitter le prix ;

FRANÇOIS DE MALHERBE

Et quand j'aurai peint ton image, Quiconque verra mon ouvrage Avoûra que Fontainebleau, Le Louvre, ni les Tuileries, En leurs superbes galeries, N'ont point un si riche tableau.

Apollon à portes ouvertes Laisse indifféremment cueillir Les belles feuilles toujours vertes Qui gardent les noms de vieillir ; Mais l'art d'en faire des couronnes N'est pas su de toutes personnes ; Et trois ou quatre seulement, Au nombre desquels on me range, Peuvent donner une louange Qui demeure éternellement.

Ck

anson

ILS s'en vont ces rois de ma vie,

Ces yeux, ces beaux yeux.

Dont l*éclat fait pâlir d'envie Ceux même des cieux.

Dieux, amis de l'innocence, Qu'ai-je fait pour mériter Les ennuis où cette absence Me va précipiter ?

Elle s'en va cette merveille.

Pour qui nuit et jour, Quoi que la raison me conseille.

Je brûle d'amour.

Dieux, amis de l'innocence,

FRANÇOIS DE MALHERBE

Qu'ai-je fait pour mériter Les ennuis où cette absence Me va précipiter ?

En quel effroi de solitude

Assez écarté Mettrai-je mon inquiétude En sa liberté ?

Dieux, amis de l'innocence, Qu'ai-je fait pour mériter Les ennuis où cette absence Me va précipiter r

Les affligés ont en leurs peines

Recours a pleurer :

Mais quand mes yeux seraient fontaines.

Que puis-je espérer ?

Dieux, amis de l'innocence, Qu'ai-je fait pour mériter Les ennuis où cette absence Me va précipiter ?

Pour une Fontaine

VOIS-TU, passant, couler cette onde.

Et s'écouler incontinent?

Ainsi fuit la gloire du monde ; Et rien que Dieu n'est permanent.

Chanson

SUS, debout, la merveille des belles ; Allons voir sur les herbes nouvelles

FRANÇOIS DE MALHERBE

Luire un émail dont la vive peinture Défend h l'art d'imiter la nature.

L'air est plein d'une haleine de roses, Tous les vents tiennent leurs bouches closes,

Et le soleil semble sortir de l'onde

Pour quelque amour plus que pour luire au monde.

On dirait, k lui voir sur la tête

Ses rayons comme un chapeau de fête,

Qu'il s'en va suivre en si belle journée

Encore un coup la fille de Pénée.

Toute chose aux délices conspire.

Mettez-vous en votre humeur de rire ; Les soins profonds d'où les rides nous viennent A d'autres ans qu'aux vôtres appartiennent.

Il fait chaud, mais un feuillage sombre Loin du bruit nous fournira quelque ombre. Où nous ferons, parmi les violettes, Mépris de l'ambre et de ses cassolettes.

Près de nous, sur les branches voisines Des genêts, des houx et des épines, Le rossignol, déployant ses merveilles, Jusqu'aux rochers donnera des oreilles.

Et peut-être, a travers les fougères.

Verrons-nous de bergers à bergères, Sein contre sein et bouche contre bouche. Naître et finir quelque douce escarmouche.

C'est chez eux qu'Amour est a. son aise ;

Il y saute, il y danse, il y baise, Et foule aux pieds les contraintes serviles De tant de lois qui le gênent aux villes.

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FRANÇOIS DE MALHERBE

O qu'un jour mon âme aurait de gloire

D'obtenir cette heureuse victoire, Si la pitié de mes peines passées Vous disposait à semblables pensées !

Votre honneur, le plus vain des idoles,

Vous remplit de mensonges frivoles ; Mais quel esprit que la raison conseille, S'il est aimé, ne rend point la pareille ?

j1 Monseigneur le Cardinal de Richelieu

A CE coup nos frayeurs n'auront plus de raison. Grande âme aux grands travaux sans repos adonnée : Puisque par vos conseils la France est gouvernée. Tout ce qui la travaille aura sa guérison.

Tel que fut rajeuni le vieil âge d'Eson, Telle cette princesse, en vos mains résignée, Vaincra de ses destins la rigueur obstinée. Et reprendra le teint de sa verte saison.

Le bon sens de mon roi m'a toujours fait prédire Que les fruits de la paix combleraient son empire. Et comme un demi-dieu le feraient adorer ;

Mais voyant que le vôtre aujourd'hui le seconde, Je ne lui promets pas ce qu'il doit espérer. Si je ne lui promets la conquête du monde.

Au Roi Louis XIII

QU'AVEC une valeur k nulle autre seconde. Et qui seule est fatale a notre guérison,

FRANÇOIS DE MALHERBE

Votre courage, mûr en sa verte saison,

Nous ait acquis la paix sur la terre et sur l'onde ;

Que l'hydre de la France, en révoltes féconde, Par vous soit du tout morte ou n'ait plus de poison, Certes, c'est un bonheur dont la juste raison Promet à votre front la couronne du monde.

Mais qu'en de si beaux faits vous m'ayez pour témoin, Connaissez-le, mon roi, c'est le comble du soin Que de vous obliger ont eu les Destinées.

Tous vous savent louer, mais non également ; Les ouvrages communs vivent quelques années. Ce que Malherbe écrit dure éternellement.

Pour M. le Cardinal de Richelieu

PEUPLES, çà,del'encens; peuples, çà, des victimes A ce grand Cardinal, grand chef-d'œuvre des cieux. Qui n'a but que la gloire, et n'est ambitieux Que de faire mourir l'insolence des crimes.

A quoi sont employés tant de soins magnanimes Où son esprit travaille et fait veiller ses yeux, Qu'à tromper les complots de nos séditieux. Et soumettre leur rage aux pouvoirs légitimes ?

Le mérite d'un homme, ou savant, ou guerrier. Trouve sa récompense aux chapeaux de laurier. Dont la vanité grecque a donné les exemples.

Le sien, je l'ose dire, est si grand et si haut. Que si, comme nos dieux, il n'a place en nos temples. Tout ce qu'on lui peut faire est moins qu'il ne lui faut.

FRANÇOIS DE MALHERBE

Paraphrase du Psaume CXLV

N'ESPÉRONS plus, mon âme, aux promesses du

monde ; Sa lumière est un verre, et sa faveur une onde Que toujours quelque vent empêche de calmer. Quittons ces vanités, lassons-nous de les suivre :

C'est Dieu qui nous fait vivre,

C'est Dieu qu'il faut aimer.

En vain, pour satisfaire à nos lâches envies, Nous passons près des rois tout le temps de nos vies A souffrir des mépris et ployer les genoux : Ce qu'ils peuvent n'est rien ; ils sont, comme nous sommes.

Véritablement hommes.

Et meurent comme nous.

Ont-ils rendu l'esprit, ce n'est plus que poussière

Que cette majesté si pompeuse et si fière

Dont l'éclat orgueilleux étonnait l'univers ;

Et dans ces grands tombeaux, où leurs âmes hautaines

Font encore les vaines,

Ils sont mangés des vers.

Là se perdent ces noms de maîtres de la terre, D'arbitres de la paix, de foudres de la guerre ; Comme ils n'ont plus de sceptre, ils n'ont plus de

flatteurs ; Et tombent avec eux, d'une chute commune,

Tous ceux que leur fortune

Faisait leurs serviteurs.

FRANÇOIS DE MALHERBE

Sur la Mort de son Fils

QUE mon fils ait perdu sa dépouille mortelle, Ce fils qui fut si brave, et que j'aimai si fort. Je ne l'impute point a l'injure du sort, Puisque finir à l'homme est chose naturelle.

Mais que de deux marauds la surprise infidèle Ait terminé ses jours d'une tragique mort, En cela ma douleur n'a point de réconfort, Et tous mes sentiments sont d'accord avec elle.

O mon Dieu, mon Sauveur, puisque, par la raison.

Le trouble de mon âme étant sans guérison. Le vœu de la vengeance est un vœu légitime,

Fais que de ton appui je sois fortifié ;

Ta justice t'en prie, et les auteurs du crime

Sont fils de ces bourreaux qui t'ont crucifié.

Au Roi Louis XIII

allant châtier la Rébellion des Rochelais^

et chasser les Anglais,

quif en leur Faveur, étaient descendus dans l^ Ile de Ré

DONC un nouveau labeur à tes armes s'apprête : Prends ta foudre, Louis, et va, comme un lion. Donner le dernier coup à la dernière tête De la rébellion.

Fais choir en sacrifice au démon de la France Les fronts trop élevés de ces âmes d'enfer, Et n'épargne contre eux, pour notre délivrance, Ni le feu ni le fer.

FRANÇOIS DE MALHERBE

Assez de leurs complots l'infidèle malice A nourri le désordre et la sédition ; Quitte le nom de Juste, ou fais voir ta justice En leur punition.

Le centième décembre a les plaines ternies, Et le centième avril les a peintes de fleurs. Depuis que parmi nous leurs brutales manies Ne causent que des pleurs.

Dans toutes les fureurs des siècles de nos pères.

Les monstres les plus noirs firent-ils jamais rien Que l'inhumanité de ces cœurs de vipères Ne renouvelle au tien ?

Par qui sont aujourd'hui tant de villes désertes, Tant de grands bâtiments en masures changés. Et de tant de chardons les campagnes couvertes, Que par ces enragés ?

Les sceptres devant eux n'ont point de privilèges, Les immortels eux-méme en sont persécutés ; Et c'est aux plus saints lieux que leurs mains sacrilèges Font plus d'impiétés.

Marche, va les détruire, éteins-en la semence. Et suis jusqu'à leur fin ton courroux généreux. Sans jamais écouter ni pitié ni clémence Qui te parle pour eux.

Ils ont beau vers le ciel leurs murailles accroître, Beau d'un soin assidu travailler a leurs forts, Et creuser leurs fossés jusqu'à faire paroitre Le jour entre les morts :

Laisse-les espérer, laisse-les entreprendre. D suffit que ta cause est la cause de Dieu,

FRANÇOIS DE MALHERBE

Et qu'avecque ton bras elle a pour la défendre Les soins de Richelieu :

Richelieu, ce prélat de qui toute l'envie Est de voir ta grandeur aux Indes se borner, Et qui visiblement ne fait cas de sa vie Que poar te la donner.

Rien que ton intérêt n'occupe sa pensée, Nuls divertissements ne l'appellent ailleurs ; Et de quelques bons yeux qu'on ait vanté Lyncée, 11 en a de meilleurs.

Son âme toute grande est une âme hardie. Qui pratique si bien l'art de nous secourir, Que, pourvu qu'il soit cru, nous n'avons maladie Qu'il ne sache guérir.

Le ciel, qui doit le bien selon qu'on le mérite. Si de ce grand oracle il ne t'eût assisté. Par un autre présent n'eût jamais été quitte Envers ta piété.

Va, ne diffère plus tes bonnes destinées ; Mon Apollon t'assure et t'engage sa foi Qu'employant ce Typhis, Syrtes et Cyanées Seront havres pour toi.

Certes, ou je me trompe, ou déjà la Victoire, Qui son plus grand honneur de tes palmes attend. Est aux bords de Charente en son habit de gloire. Pour te rendre content.

Je la vois qui t'appelle, et qui semble te dire : Roi, le plus grand des rois et qui m'es le plus cher. Si tu veux que je t'aide à sauver ton empire, Il est temps de marcher.

FRANÇOIS DE MALHERBE

Que sa façon est brave et sa mine assurée ! Qu'elle a fait richement son armure étoffer ! Et qu'il se connaît bien à la voir si parée, Que tu vas triompher !

Telle, en ce grand assaut où des fils de la Terre La rage ambitieuse à leur honte parut, Elle sauva le ciel, et rua le tonnerre Dont Briare mourut.

Déjà de tous côtés s'avançaient les approches ; Ici courait Mimas, la Tiphon se battait. Et là suait Euryte à détacher les roches Qu'Encelade jetait.

A peine cette vierge eut l'affaire embrassée, Qu'aussitôt Jupiter, en son trône remis. Vit, selon son désir, la tempête cessée. Et n'eut plus d'ennemis.

Ces colosses d'orgueil furent tous mis en poudre, Et tous couverts des monts qu'ils avaient arrachés ; Phlègre, qui les reçut, pue encore la foudre Dont ils furent touchés.

L'exemple de leur race, k jamais abolie. Devait sous ta merci tes rebelles ployer ; Mais serait-ce raison qu'une même folie N'eût pas même loyer ?

Déjà l'étonnement leur fait la couleur blême ; Et ce lâche voisin qu'ils sont allés quérir. Misérable qu'il est, se condamne lui-même A fuir ou mourir.

Sa faute le remord : Mégère le regarde. Et lui porte l'esprit k ce vrai sentiment,

FRANÇOIS DE MALHERBE

Que d'une injuste oifense il aura, quoiqu'il tarde, Le juste châtiment.

Bien semble être la mer une barre assez forte Pour nous ôter l'espoir qu'il puisse être battu ; Mais est-il rien de clos dont ne t'ouvre la porte Ton heur et ta vertu ?

Neptune, importuné de ses voiles infâmes, Comme tu paraîtras au passage des flots. Voudra que ses Tritons mettent la main aux rames, Et soient tes matelots.

La rendront tes guerriers tant de sortes de preuves. Et d'une telle ardeur pousseront leurs efforts, Que le sang étranger fera monter nos fleuves Au-dessus de leurs bords.

Par cet exploit fatal en tous lieux va renaitre La bonne opinion des courages françois ; Et le monde croira, s'il doit avoir un maître, Qu'il faut que tu le sois.

O que, pour avoir part en si belle aventure. Je me souhaiterais la fortune d'Eson, Qui, vieil comme je suis, revint contre nature En sa jeune saison !

De quel péril extrême est la guerre suivie. Où je ne fisse voir que tout l'or du Levant N'a rien que je compare aux honneurs d'une vie Perdue en te servant ?

Toutes les autres morts n'ont mérite ni marque ; Celle-ci porte seule un éclat radieux.

Qui fait revivre l'homme et le met de la barque A la table des dieux.

FRANÇOIS DE MALHERBE

Mais quoi ! tous les pensers dont les âmes bien nées Excitent leur valeur et flattent leur devoir, Que sont-ce que regrets, quand le nombre d'années Leur ôte le pouvoir?

Ceux à qui la chaleur ne bout plus dans les veines En vain dans les combats ont des soins diligents ; Mars est comme l'Amour : ses travaux et ses peines Veulent de jeunes gens.

Je suis vaincu du temps, je cède a ses outrages ; Mon esprit seulement, exempt de sa rigueur, A de quoi témoigner en ses derniers ouvrages Sa première vigueur.

Les puissantes faveurs dont Parnasse m'honore Non loin de mon berceau commencèrent leur cours ; Je les possédai jeune, et les possède encore, A la fin de mes jours.

Ce que j'en ai reçu, je veux te le produire ; Tu verras mon adresse ; et ton front cette fois Sera ceint de rayons qu'on ne vit jamais luire Sur la tête des rois.

Soit que de tes lauriers ma lyre s'entretienne, Soit que de tes bontés je la fasse parler. Quel rival assez vain prétendra que la sienne Ait de quoi m'égaler ?

Le fameux Amphion, dont la voix nonpareille. Bâtissant une ville, étonna l'univers.

Quelque bruit qu'il ait eu, n'a point fait de merveille Que ne fassent mes vers.

Par eux de tes beaux faits la terre sera pleine ; Et les peuples du Nil, qui les auront ouïs. Donneront de l'encens, comme ceux de la Seine, Aux autels de Louis.

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