JEAN ANTOINE DE BAÏF
Pour avoir meilleure grâce, Soit qu'elle eu pare son sein»
Soit que présent elle en fasse A son ami de sa main,
Qui de sa main l'ayant eue Pour souvenance d'amour.
Ne la perdra point de vue La baisant, cent fois le jour.
Mais oyez dans ce bocage Le flageolet du berger, Qui agace le ramage Du rossignol bocager.
Voyei l'onde claire et pure Se crêper dans les ruisseaux ; Dedans voyez la vefidure De ces voisins arbrisseaux.
Les ménagères avettes Font ck et là un doux bruit, Voletant par les fleurettes Pour cueillir ce qui leur duit.
En leur ruche elles amassent Des meilleures fleurs la fleur :
C'est afin qu'elles en fassent Du miel la douce liqueur.
Tout résonne des voix nettes De toutes races d'oiseaux :
Par les chants des alouettes.
Des cygnes dessus les eaux.
Aux maisons les hirondelles.
Les rossignols dans les bois,
L'ÉCOLE DE RONSARD
En gaies chantons nouTclles Exercent leurs douces roix.
Doncques ]a douleur et Faise De Tamour je chanterai.
Comme sa flamme ou mauvaise Ou bonne je sentirai.
Et si le chanter m'agrée, N'est-ce pas arec raison, Puisqu'ainsi tout se récrée Avec la gaie saison ?
ROBERT GARNIER
LéCs Juives
Chmurs
PAUVRES filles de Sion, Vos liesses sont passées :
La commune affliction Les a toutes effacées.
Ne luiront plus tos habits De soie avec l'or tissue ; La perle avec le rubis N'y sera plus aperçue.
La chaîne qui dévalait Sur vos gorges ivoirines.
Jamais, comme elle souûit.
N'embellira vos poitrines.
ROBERT GARNIER
Vos seins, des cèdres pleurants En mainte larme tombée Ne seront plus odorants, Ni des parfums de Sabée...
L'or crêpé de vos cheveux, Qui sur vos tempes se joue.
De mille folâtres nœux N'ombragera votre joue.
Nous n'entendrons plus les sons De la soupireuse lyre.
Qui s'accordait aux chansons Que l'Amour vous faisait dire.
Quand les cuisantes ardeurs Du jour étant retirées, On dansait sons les tiédeurs Des brunissantes soirées...
Las ! que tout est bien changé !
Nous n'avons plus que tristesse.
Tout plaisir s'est étrange De nous, et toute liesse.
Notre orgueilleuse cité.
Qui les cités de la terre
Passait en félicité.
N'est plus qu'un monceau de pierre.
Et nous, malheureux butin,
Allons soupirer captives.
Bien loin dessous le matin,
Sur l'Euphrate aux creuses rives. ••
L'ÉCOLE DE RONSARD
COMMENT veut-on que maintenant
Si désolées, Nous allions la flûte entonnant
Dans ces vallées ?
Que le luth touché de nos doigts
Et la cithare Fassent résonner de leurs voix
Un ciel barbare î
Que la harpe, de qui le son
Toujours lamente, Assemble avec notre chanson
Sa voix dolente ?
Trop nous donnent d'affliction
Les maux publiques Pour vous réciter de Sion
Les saints cantiques.
Hélas ! tout soupire entre nous,
Tout y larmoie :
Comment donc en attendez-vous
Un chant de joie ?
Notre âme n'a plus de chanter
Envie aucune Mais bien de plaindre et lamenter
Notre infortune...
Aussi, tandis que nous aurons
Cette détresse.
Jour et nuit nous lamenterons
Notre tristesse. ••
ROBERT GARNIER
Car» hélas ! qui se contiendra
De faire plainte, Lorsque de toi nons souyiendrai
Montagne sainte ?
Or, tandis qu'en son corps sera Notre âme enclose»
Israël jamais n'oubliera Si chère chose.
Nos enfants nous soient désormais
En oubliance, Si de toi nons perdons jamais
La souvenance !