JEAN PASSE RAT
Et» en fuyant, nos meilleurs ans
Bien loin emporte.
Quand ridée un jour tu seras.
Mélancolique, tu diras :
J'étais peu sage, Qui n'usai point de la beauté Que sitôt le temps a ôté
De mon visage.
Laissons ce regret et ce pleur
A la vieillesse ; Jeunesy il faut cueillir la fleur
De la jeunesse.
Or que le ciel est le plus gai, En ce gracieux mois de mai,
Aimons, mignonne ; Contentons notre ardent désir :
En ce monde n'a du plaisir
Qui ne s'en donne.
Sur la mort de Thulène^ fou du rot
SIRE, Thulène est mort : j'ai vu sa sépulture, Mais il est presque en vous de le ressusciter. Faites de son état un poète hériter :
Le poète et le fou sont de même nature.
L'un fuit l'ambition et l'autre n'en a cure ; Tous deux ne font jamais leur argent profiter ; Tous deux sont d'une humeur aisée à irriter ; L'un parle sans penser, et l'autre à l'aventure.
L'un a la tête verte, et l'autre va couvert
D'un joli chaperon fait de jaune et de vert ;
L'un chante des sonnets, l'autre danse aux sonnettes ;
L'ÉCOLE DE RONSARD
Le plus grand différend qui se trouve entre nous. C'est qu'on dit que toujours fortune aime les fous. Et qu'elle est peu souvent favorable aux poètes.
VAUQUELIN DE LA FRESNAYE
Sonnet
O VENT plaisant, qui d'haleine odorante Embaumez l'air du baume de ces fleurs !
O Pré joyeux, où versèrent leurs pleurs Le bon l5amœte et la belle Amaranthe !
O Bois ombreux, ô Rivière courante, Qui vis en bien échanger leurs malheurs, Qui vis en joie échanger leurs douleurs.
Et l'une en l'autre une âme respirante !
L'âge or'leur fait quitter l'humain plaisir ; Mais, bien qu'ils soient touchés d'un saint désir De rejeter tout amour en arrière,
Toujours pourtant un remords gracieux Leur fait aimer, en voyant ces beaux lieux.
Ce Vent, ce Pré, ce Bois, cette Rivière.
PHILIS, quand je regarde au temps prompt et léger. Qui dérobe soudain nos coulantes années.
Je commence à compter les saisons retournées. Qui viennent tous les jours nos beaux jours abréger.
Car jk quarante fois nous avons vu loger Le soleil au Lion des plus longues journées.
Depuis que nous avons nos amours démenées Sous la foi qui nous fit l'un à l'autre engager, zoa
VAUQUELIN DE LA FRESNAYE
Et puis aioai je dis : ^^ O Dieu, qui tiens unie
De si ferme union notre amitié bénie»
Permets que jeune en nous ne vieillissse l'amour ;
Permets qu'en t'invoquant, comme jusqu'à cette heure, Augmente notre amour d'amour toujours meilleure, Et telle qu'au premier, soit-elle au dernier jour !
ENTRE les fleurs, entre les lis Doucement dormait ma Philis, Et tout autour de son visage Les petits Amours, comme enfants.
Jouaient, folâtraient, triomphants.
Voyant des cieux la belle image.
J'admirai toutes ses beautés, Égales à mes loyautés.
Quand l'esprit me dit en l'oreille :
Fou, que fais-ta ? le temps perdu Souvent est chèrement vendu, S' on le recouvre c'est merveille.
Alors je m'abaissai tout bas, Sans bruit je marchai pas à pas.
Et baisai ses lèvres pourprines :
Savourant un tel bien, je dis Que tel est dans le paradis Le plaisir des âmes divines.
La ReUgton
QUELLE esotu, dis-le moi, si pauvrement vêtue ? Je suis Religion, fille de Dieu connue. Pourquoi Fhabit as-tu d'une si pauvre laine ?
XQ3
L'ÉCOLE DE RONSARD
Pour ce qae je méprise une richesse yaine.
Quel livre portes-tu ? Les loix de Dieu mon père. Où de ses Testaments est compris le mystère.
Pourquoi Testomac nu ? Découvrir la poitrine Convient à moi qui veux une blanche doctrine. Pourquoi sur cette Croix t'appui'-tu charitable ? La Croix m'est un repos qui m'est fort agréable, A quelle fin es-tu de ces ailes pourvue ?
J'apprends l'homme à yoler au dessus de la nue. Pourquoi si rayonnante es-tu de belles flammes ? Les ténèbres je chasse au loin des saintes âmes. Pourquoi ce mors de bride ? Afin que par contrainte J'arrête la faveur de l'âme en douce crainte. Et pourquoi sous tes pieds foules-tu la mort blême i A raison que je suis la mort de la mort même.
AMADIS JAMYN
^ Vénus^ pour la Paix
FILLE de Jupiter, mère d'Amour vainqueur, O des hommes et dieux la volupté féconde.
Qui de tant d'animaux repeuple tout le monde, (Monde sans ta liesse un solitaire horreur ! )
Bride, si tu le peux, la terrible fureur Qui court dessus la terre et sur la mer profonde ; Et avec les rayons de ta lumière blonde Tempère de ton Mars l'audace et la terreur.
Quand tout souillé de sang et de sueur poudreuse Ses armes il dépouille et sa colère affreuse. Pour boire avec ses yeux tes beautés à longs traits :
AMADIS JAMYN
Quand il baise ton col, lors arec telle grâce Pri'-le s'en retourner aux montagnes de Thrace, Qu'il laisse notre France en un siècle de paix.