LE SONGE DE L’ARCADIEN
Deux Arcadiens qui voyageoint ensemble, étant venus à Megare, l’un alla loger à l’Hôtellerie, et l’autre chez un de ses amis. Après le souper, lorsque tout le monde étoit couché, il sembla à celui qui étoit logé chez son ami, que celui qui étoit à l’Hôtellerie le prioit de le secourir, parce que l’Hôtelier vouloit le tuer. Il se lève tout effrayé de son songe ; mais s’étant ensuite rassuré et rendormi, l’autre lui apparut de nouveau, et lui dit que, puisqu’il me l’avoit, pas secouru, du moins, il ne laissât pas sa mort impunie ; que l’Hôtelier, après l’avoir tué, avoit jeté son corps dans un chariot et l'avoit couvert de fumier; et qu’il ne manquât pas de se trouver le lendemain, au matin, à l’ouverture de la porte de la Ville, avant que le chariot sortit. Frappé de ce nouveau songe, il se rend de bon matin à la porte de la Ville, voit le chariot, demande à celui qui le menoit, ce qu’il y avoit dedans, le charretier s’enfuit, on tire le corps du chariot, et l’Hôtelier est arrêté et puni. Peut-on s’imaginer rien de plus divin qu’un songe de cette nature.
ClGEHON.