‹ Les Chefs d'œuvres de l'occultismeChapitre 24 sur 35 · LES SORCIÈRES, MACBETH, LENNOX · texte numérisé non relu

LES SORCIÈRES, MACBETH, LENNOX

Macbeth. — Eh bien, noires sorcières, qui cherchez l’ombre et le silence de la nuit, que faites-vous là?

Toutes trois. — Une œuvre sans nom.

Macbeth. —Je vous conjure, par l’art que vous professez, de me répondre : n’importe quel moyen doit vous conduire à pénétrer le secret de ma destinée.

l re Sorcière. — Parle.

2 e Sorcière. — Fais ta demande.

3 e Sorcière. — Nous te satisferons.

l re Sorcière. — Aimes-tu mieux recevoir la réponse de notre bouche ou de celle de nos maîtres ? Choisis.

Macbeth. — Evoquez-les, faites-les-moi voir.

l re Sorcière. — Versons du sang d’une truie qui ait dévoré ses neuf marcassins, et de la graisse exprimée du corps d’un assassin desséché sur un gibet, et jetons-la dans la flamme.

(La caverne achève de s obscurcir, et ce n'est plus quà la lueur des éclairs quon aperçoit les objets.)

Toutes trois. — Venez, puissances des hautes ou

IIO IyES CHEFS-d’cEUVRE de e’occuetisme

basses régions : montrez-vous, et remplissez bien votre office.

(Un coup de tonnerre. On voit s élever une tête armée d'un casque.)

Macbeth. — Puissance inconnue, réponds-moi.

l r * Sorcière. — Il connaît ta pensée, écoute ses paroles, mais garde le silence.

La Vision, d'une voix tonnante. ~ Macbeth ! Macbeth ! Macbeth ! garde-toi de Macduff : garde-toi du thane de Fife. Laissez-moi partir. J’en ai dit assez.

(La vision s'enfonce sous la terre.)

Macbeth. — Qui que tu sois, je te rends grâces de ton bon avis. Tu as touché juste la fibre de ma crainte. Mais un mot encore.

l re Sorcière. — Il ne souffre pas qu’on le commande ; mais en voici un autre plus puissant que le premier.

(Apparait une vision sous la forme d'un enfant ensanglanté.)

La Vision. — Macbeth I Macbeth ! Macbeth !

Macbeth. — Je f écoute de toutes mes oreilles.

La Vision. — Sois sanguinaire, intrépide et décidé. Méprise l’homme, et ris-toi de son pouvoir. Nul mortel né d’une femme ne peut nuire à Macbeth.

(La vision disparaît.)

Macbeth transporté de joie. — Vis donc, Macduff : qu'ai-je besoin de te redouter ? Mais non ; je veux doubler ma sûreté, et ta mort sera mon premier garant ; tu ne vivras pas. Alors, si la peur vient me glacer le cœur, je pourrai lui dire : Tu mens , et dormir en paix, en dépit du tonnerre. (Un coup de tonnerre accompagné d'éclairs. Alors s'élève le fantôme d'un enfant couronné, avec un arbre dans sa main.)

EES CHEES-D'cEtrVRE DE i/OCCUI/JTSME III

Quel est ce fantôme ? il a l’air d’un fils de roi, et il porte sur son front le diadème de la souveraineté.

Toutes Trois. — Ecoute, et ne dis pas une parole.

Le Fantôme. — Sois intrépide et féroce comme un lion : ne t’embarrasse pas de qui s’irrite s’emporte et conspire contre toi. Jamais Macbeth ne sera vaincu que lors que la vaste forêt de Birnam, s’avançant vers la haute montagne de Dunsinane, marchera contre lui.

(Le fantôme rentre dans la terre.)

Macbeth plein de joie. — Cela n’arrivera jamais. Qui peut faire mouvoir une forêt, et forcer ses arbres à détacher leurs racines enfoncées sous la terre ? O douces prédictions I ô bonheur ! Que la rébellion ne lève jamais la tête que lorsque le bois de Birnam se déplacera : et Macbeth, au faîte de la grandeur, vivra jsuqu’à ce qu’il paye le tribut des mortels à l’àge et à la commune loi. Mais il est encore un désir qui fait palpiter mon cœur. Je voudrais savoir une chose : satisfaites-moi si, pourtant votre art peut aller jusquelà ; parlez. La race de Banquo règnera-t-elle un jour dans ce royaume ?

Toutes les Sorcières, ensemble. — Ne cherche pas à en savoir davantage.

(La chaudière magique s'enfonce sous la terre.)

Macbeth. — Je veux être satisfait. Si vous me refusez ce secret, qu’une malédiction éternelle vous en punisse. Apprenez-moi pourquoi cette chaudière a tout à coup disparu, et quel est ce bruit que j’entends ?

l re Sorcière. — Qu’il voie.

2 e Sorcière. — Qu’il voie.

3 e Sorcière. — Qu’il voie.

ees chefs-d’ceuvre de i/occuetisme

Toutes Trois. —■ Faites-les voir à ses yeux et affligez son cœur. Paraissez comme des ombres, évanouissez-vous de même.

(Huit rois paraissent à la file l'un de Vautre; l'ombre de Banquo passe la dernière ; tenant un miroir dans la main , quelle fait passer sous les yeux de Macbeth .)

Macbeth. — (Au premier.) Tu ressembles trop à l’ombre de Banquo ; disparais : ta couronne épouvante mes yeux. ( Au second.) Et toi, dont le front est également ceint d’un cercle d’or, tu as les traits du premier. Un troisième encore qui ressemble au précédent ! Sorcières impures ! pourquoi me montrezvous ces objets ? Un quatrième ! Fermez-vous, mes yeux. (Au cinquième) Quoi 1 cette ligne fatale se prolongera-t-elle jusqu’au dernier jour de l’univers? (Au sixième.) Encore un autre ! Un septième ! Je n’en veux pas voir davantage. Un voilà un huitième qui paraît, portant un miroir où j’en découvre d’autres ; j’en distingue quelques uns qui portent deux globes et un triple sceptre. Effroyable vue ! (Sa rage augmente.) Oui, je le reconnais à présent; rien n’est plus certain : car voilà Banquo tout couvert de plaies, qui me sourit, et me montre du doigt que c’est là sa postérité. ( Aux sorcières.) Quoi ! en sera-t-il ainsi ?

l re Sorcière. — Oui, Macbeth ; tout ce que tu as vu s’accomplira.

(Macbeth , frappé d'horreur , tombe dans une espèce d'abattement .

(On entend une musique étrange. Les sorcières dansent en rond autour de Macbeth, et disparaissent.)

Macbeth, se réveillant de sa léthargie . — Où sontelles ? Quoi ! évanouies ? Que cette heure funeste soit maudite dans le calendrier des jours !

(Il se sauve avec horreur de ce lieu.)

ees chefs-d'œuvre de i/occuetisme

Venez, vous tous qui êtes là dehors.

(Letinox arrive à sa voix.)

Lennox. — Que désire Votre Majesté ?

Macbeth. — Avez-vous vu les sœurs infernales?

Lennox. — Non, seigneur.

Macbeth. — Ne vous ont-elles pas abordé ?

Lennox. — Non, en vérité, seigneur.

Macbeth. — Que Pair se corrompe partout où elles passeront ; et malédiction à qui se fiera à leurs oracles ! J’ai entendu le galop d’un cheval : qui donc est arrivé ?

Lennox. — Deux ou trois courriers, seigneur, apportent la nouvelle que Macduff s’est sauvé en Angleterre.

Macbeth. — Il s’est sauvé en Angleterre ?

Lennox. — Oui, mon digne souverain.

Macbeth, à part. — O temps 1 üi ruines pendant mes délais mes exploits terribles. Le projet fuit et ne s’accomplit jamais, si l’exécution ne le suit pas immédiatement. Désormais les premiers mouvements de mon cœur feront agir mon bras ; et de ce moment, pour couronner mes projets par les actes, je veux que ma pensée se confonde avec l’action même ! Je veux surprendre le château de Macduff, m’emparer de Fife, passer au fil de l'épée sa femme, ses petitsenfants, et tous les malheureux qui lui appartiennent en ligne directe. Sans me vanter d avance, comme un insensé, je vais accomplir cette entreprise, avant que le projet se refroidisse. Mais plus de visions !... (A Lennox.) Où sont ces gentilshommes qui sont arrivés ? Viens, conduis-moi vers eux.

(ils sortent.)

Shakespeare

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