‹ Les chefs-d'vre lyriques de Pierre de Ronsard et de son écoleChapitre 11 sur 36 · M NOTICE · texte numérisé non relu

M NOTICE

lé}!;ère : " C'est qu'on était barbart au temps de Ronsard." Et, ailleurs, il remettra en prose les sottises que Boileau avait si prosaïquement versifiées, et il écrira: " Ronsard gâta la langue, en transportant dans la poésie française les composés grecs dont se servaient les philosophes et les médecins. Malherbe répara un peu les torts de Ronsard."

Enfin, voici l'aube du Romantisme: la poésie se réveille en France, et l'astre de Ronsard sort de nouveau de l'ombre, où il ne rentrera plus. La grande date de la réhabilitation est, pour le vieux maître, cette année 1828 en laquelle Sainte-Beuve publie son Tableau historique et critique de la Poésie française et du Théâtre français au XVI' siècle, livre dont le second volume est formé d'un choix de poésies de Ronsard, et en tête duquel on peut lire ce sonnet, timide encore, de Sainte-Beuve lui-même:

A toi, Ronsard, à toi qu'un sort injurieux Depuis deux siècles livre au mépris de l'histoire, J'élève de mes mains l'autel expiatoire Qui te purifiera d'un arrêt odieux !

Non que jamais j'espère, au trône radieux D"où jadis tu tombas, replacer ta mémoire : Tu ne peux de si bas remonter à la gloire: Vulcain impunément ne tomba point des cieux.

Mais qu'un peu de pitié console enfin tes mânes ;

Que, déchiré longtemps par des rires profanes.

Ton nom, d"abord fameux, recouvre un peu d'honneur ;

Qu'on dise: Il osa trop, mais l'audace était belle;

Il lassa sans la vaincre une langue rebelle.

Et de moins grands depuis eurent plus de bonheur.

Oui, ce sonnet est trop timide, et Sainte-Beuve avant de mourir, put voir s'élever de nouveau à l'apogée de la gloire celui qu'il eût fallu comparer non pas à Vulcain tombé du ciel, mais plutôt à Apollon lui-même, descendu de l'Olympe et qui retrouva ses prérogatives divines après une longue servitude chez Admète.

Sainte-Beuve avait réhabilité principalement la grâce des sonnets et des odes de Ronsard; depuis, des maîtres de la critique, notamment MM. Ferdinand Brunetière

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et Emile Faguet, nous ont montré tout ce qu'il y avait de grandeur éparse dans ses œuvres moins parfaites telles que les Discours, les Hi/mnes, et les Etégiei. Et les poètes de rÉcole Parnassienne, encore plus sensibles que les Romantiques à l'absolue perfection formelle, ont salué, plus chaleureusement qu'eux encore, celui qui avait fondé vraiment l'art des vers. Que citerai-je des fervents poèmes qu'ils ont composés à l'envi en l'honneur de l'ancêtre? L'odelette de Théodore de Banville ou celle d'Albert Glatigny ? Le sonnet de François Coppée ou celui de Paul Bourget ? Lisons, au moins, celui de Sully Prudhomme;

A Ronsard

O maître des charmeurs de l'oreille, ô Ronsard, J'admire tes beau.x vers, et comment ton génie, Aux lois d'un juste sens et d'une ample harmonie Sait dans le jeu des mots asservir le hasard.

Mais, plus que ton beau verbe et plus que ton grand art,

J'aime ta passion d'antique poésie.

Et cette téméraire et sainte fantaisie

D'être un nouvel Orphée aux hommes nés trop tard.

Ail ! depuis que les cieux, les champs, les bois et l'onde N'avaient plus d'âme, un deuil assombrissait le monde, Car le monde sans lyre est comme inhabité !

Tu viens, tu ressaisis la lyre, tu l'accordes, Et. fier, tu rajeunis la gloire des sept cordes, Et tu refais aux dieux une immortalité.

Après ces vers, qui fermeront dignement la couronne poétique de Ronsard, nous ne pouvons plus que dire quelques mots sur notre édition.

Ce petit livre, où pour la première fois sont réunis, en un seul volume, les meilleurs poètes du XVI<' siècle, n'est pas destiné aux seuls érudits et curieux : c'est un ouvrage populaire que nous avons entendu offrir au public. En conséquence, nous n'y avons recueilli que les poèmes les plus achevés, les plus dignes, sous tous les rapports, d'orner et d'enchanter la mémoire. Nous n'avons pas hésité à faire, dans lej pièces un peu inégales, quelques coupures.

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Nous avons, enfin, adopté l'orthographe moderne — sauf lorsque nous en étions empêché par la rime — et, très discrètement, une douzaine de fois peut-être, substitué à un mot absolument tombé en désuétude, un synonyme de même mesure, trouvant inutile et contraire à notre dessein d'arrêter l'esprit du lecteur et de diminuer son plaisir par la rencontre d'un archaïsme sans aucune grâce particulière. Nous n'aurions eu garde d'aller plus loin et de prétendre rajeunir, en la défigurant, une langue dont le propre est justement d'avoir gardé toute la fraîcheur de la jeunesse. Un glossaire de quelques pages suffira amplement à expliquer le petit nombre de vocables oubliés, ou dont le sens a été modifié par l'usage, que l'on recontrera encore dans le texte.

Puisse notre recueil, ainsi conçu, propager les chefsd'œuvre de Ronsard et de son École partout où la Poésie est aimée !

AUGUSTE DORCHAIN

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