LOUISE LABÉ
OH ! si j'étais en ce beau sein ravie De celui-là pour lequel vais mourant ; Si avec lui vivre le demeurant De mes courts jours ne m'empêchait envie ;
Si, m'accolant, me disait : " Chère amie, Contentons-nous l'un l'autre," s'assurant Que jà tempête, Euripe ni courant.
Ne nous pourra déjoindre en notre vie ;
Si de mes bras le tenant accolé, Comme du lierre est l'arbre encercelé, La mort venait, de mon aise envieuse,
Lors que souef plus il me baiserait," Et mon esprit sur ses lèvres fuirait.
Bien je mourrais, plus que vivante, heureuse !
TANT que mes yeux pourront larmes épandre A l'heur passé avec toi regretter.
Et qu'aux sanglots et soupirs résister Pourra ma voix, et un peu faire entendre ;
Tant que ma main pourra les cordes tendre Du mignard luth, pour tes grâces chanter ;
L'ECOLE DE RONSARD
Tant que l'esprit se voudra contenter
De ne vouloir rien hors que toi comprendre ;
Je ne souhaite encore point mourir.
Mais, quand mes yeux je sentirai tarir, Ma voix cassée, et ma main impuissante,
Et mon esprit en ce mortel séjour
Ne pouvant plus montrer signe d'amante,
Prierai la Mort noircir mon plus clair jour.
REMY BELLEAU Jvril
AVRIL, l'honneur et des bois Et des mois,
Avril, la douce espérance
Des fruits qui sous le coton Du bouton
Nourrissent leur jeune enfance ;
Avril, l'honneur des prés verts, Jaunes, pers,
Çui d'une humeur bigarrée
Emaillent de mille fleurs De couleurs
Leur parure diaprée ;
Avril, l'honneur des soupirs
Des zéphyrs.
Qui, sous le vent de leur aile.
Dressant encore aux forêts
Des doux rets Pour ravir Flore la belle ;