‹ Les chefs-d'vre lyriques de Pierre de Ronsard et de son écoleChapitre 23 sur 36 · REMY BELLEAU · texte numérisé non relu

REMY BELLEAU

Qui ne tarit jamais de l'humeur de ma peine, Soyez-m'en libéraux, au moins a cette fois !

Je sens une douleur qui m'étoupe la voix,

Qui me glace le sang et retient mon haleine ;

Je vois déjà la mort cruelle qui me mène

Où les simples bergers sont grands comme les rois.

Cette douleur me vient d'une jalouse envie Que j'ai de voir, absent, les grâces de ma vie Avant que de mourir, et de baiser encor

L'ivoire blanchissant de sa chaste poitrine, De voir ses yeux, sa main et sa marche divine, Puis, en baisant, mourir dessus ses lèvres d'or.

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