TROISIÈME PARTIE. — LES GARES
milieu d'un peuple de commissionnaires, de postillons, de conducteurs : voilà quel aspect offrait alors, jour et nuit, la cour des Messageries générales de France.
Telle était la gare des voyageurs, à une époque où le public considérait les chemins de fer tout au plus comme un objet de curiosité. Deux ou trois établissements de ce genre centralisaient, à Paris, tout ce que l'industrie des transports avait su organiser pour le service des grandes routes du royaume. Des entreprises de roulage, dont quelques-unes durent encore, se chargeaient de voiturer les marchandises dont le poids, la faible valeur relative ou les dimensions rendaient le transport par les diligences impossible. Si Ton se reporte par la pensée à cette époque qui, à défaut de gloire, ne laisse pas d'avoir eu sa part de prospérité matérielle, on ne peut s'empêcher d'être frappé du développement considérable que les chemins de fer ont imprimé depuis au mouvement de la circulation générale.
Six gares immenses desservent aujourd'hui dans Paris — je ne parle pas des têtes de lignes secondaires — le réseau des voies ferrées françaises qui convergent en ce point ^ 11 suffit de parcourir une fois ces vastes établissements, d'être ainsi témoin du mouvement quotidien des voyageurs et des marchandises, et de le comparer à celui des anciennes routes de terre — d'ailleurs non abandonnées, tant s'en faut — pour mesurer la puissance de ce prodigieux accroissement. La partie des gares traversée par le voyageur est si restreinte, que j'espère lui faire agréer une visite en commun, dans l'une d'elles, dans la gare de la grande ligne de Lyon à la Méditerranée, par exemple.
Ce sera, comme toujours, le côté pittoresque, instructif,
* On assure que le nombre des gares et stations des lignes de Jer qui traversent l'enceinte de Londres ou y aboutissent n'est pas moindre de trois cents.
quelquefois statistique, qui nous occupera le plus. Nous continuerons à laisser à l'économiste le soin déjuger en quelle mesure la société a gagné jusqu'ici à transformer si radicalement l'industrie \oiturière.
Commençons, si vous voulez bien, par la gare des voyageurs.
Montons ensemble la rampe à courbure oblique qui nous conduit, par la gauche, à la cour du départ. C'est dans cette cour que les voitures viennent déposer les voyageurs, à la porte du long vestibule où l'on distribue les billets. Avant d'y entrer, voyez ce passage, voisin de la rampe : c'est celui qui donne accès aux voitures ou chaises de poste, que leurs maîtres emmènent à leur suite. Des trucs, construits ad hoc, et dont le remisage est situé entre la halle des voyageurs et ce petit embarcadère, servent à les transporter dans les convois. Du côté du vestibule opposé à Tentrée, vous voyez le bureau des articles de messageries, qui correspond aussi directement avec les voies de service.
Entrons maintenant dans le vestibule. C'est là que se trouvent à la fois le bureau de distribution des billets, le passage qui conduit aux salles d'attente, le magasin de dépôt des bagages, et, un peu dans le fond, les longues tables où viennent se heurter et se jucher les unes sur les autres les malles de toutes formes et de toutes dimensions, les colis lourds et légers, élégants et informes, que la foule bigarrée des voyageurs emporte dans sa route.
Le vestibule est l'endroit le plus animé, le plus bruyant, le plus affairé d'une gare : c'est celui qui offre à l'observateur le spectacle le plus piquant, les scènes les plus intéressantes. L'ancienne cour des Messageries, dont je parlais tout à l'heure, avait jadis une physionomie analogue à celle du vestibule d'une tête de ligne ; mais elle s'en distinguait toutefois par un plus grand calme, un laisseraller tout plein de bonhomie. On y voyait bien, comme au-