‹ Les chemins de fer (volume 4)Chapitre 49 sur 136 · DEUXIÈME PARTIE — LA LOCOMOTIVE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE — LA LOCOMOTIVE

fait à peine leur apparition, qu'en peu d'années, diligences, chaises de poste et roulage furent relégués au second plan; non pas détruits, je l'ai dit ailleurs. Mais dès lors la route de terre tendit de plus en plus à devenir la succursale du rail-way, et son règne appartiendra bientôt à l'histoire.

Les anciens modes de transport pouvaient aisément pressentir leur fin prochaine. Déjà, le dernier siècle avait vu le triomphe de la vapeur dans la grande industrie. Le moteur nouveau était donc trouvé.

Mais la lourde chaudière restant immobile et comme hxée au lieu même de son travail, l'application aux transports en parut d'abord impossible, du moins en ce qui concerne les routes de terre. Après une série de remarqualjles progrès, les premières années du dix-neuvième siècle furent témoins d'une nouvelle conquête qui installa la puissante machine sur une demeure mobile : Fulton réalisait, dans le bateau à vapeur, le rêve de Papin. C'était un premier pas vers la solution du problème. Quel autre pas restait-il à faire ? Il fallait rendre le moteur lui-même automobile; il fallait employer ce mouvement même à remorquer la charge qu'on veut transporter au loin.

Ce pas fut fait, et la locomotive inventée.

Sous la pression de quelles exigences s'est accomplie cette décisive réforme, dans Tindustrie des transports, c'est ce queje n'ai point mission de dire. Qu'on songe seulement à l'immense développement du commerce et des arts industriels, en Amérique comme en Europe, depuis la fin du dix-huitiême siècle, et l'on comprendra que les sociétés modernes ne faisaient

qu'obéir à une nécessité chaque jour plus pressante, celle de traduire en faits matériels et pratiques la grande pensée révolutionnaire quia fait éclosion dans le monde, il v a soixante-dix-luiit ans.

C'est à ce mouvement qu'on doit rattacher, ce me semble, les progrès delà locomotion, ceux de la télégraphie, et bien d'autres encore.

Comme la plupart des grandes 'inventions mécaniques, la locomotive n'est point venue tout d'une pièce. Informe à ioris^ine, c'est s^ràce aux efforts de cent hommes de génie ou de talent, grâce au concours de la théorie et de la pratique, qu'elle est devenue la merveilleuse machine que vous savez. Aussi, est-ce bien à la locomotive qu'on pourrait appliquer aujourd'hui la comparaison d'un maître es arts du dernier siècle, qui s'écriait, en parlant de la simple machine à vapeur :

(d Voilà la plus merveilleuse de toutes les machines; le mécanisme ressemble à celui des animaux. La chaleur est le principe de son mouvement ; il se fait, dans ses différents tuyaux, une circulation comme celle du sang dans les veines, ayant des valvules qui s'ouvrent et se ferment à propos ; elle se nourrit, s'évacue ellemême dans des temps réglés et tire de son travail tout ce qu'il lui faut pour subsister ^ . »

En continuant la métaphore, ne pourrait-on pas encore ajouter : « Cette admirable machine va, vient, se meut avec une aisance et une docilité sRns pareille. Sa force musculaire est prodigieuse, et sa rapidité

* Belidor, Architecture hydraulique.

Page 1