PREMIÈRE PARTIE. — LA VOIK
dVii oiro ainsi pour los rhomins de for. A moins do circonslanccs exceptionnelles, les courbes adoptées ont des rayons dont la longueur ne descend guère au-dessous d'un demi-kilomèlre, et monte assez souvent à 800 et à 1,000 mètres. En Angleterre et en France , le minimum du rayon de courbure est 500 mètres ; il descend assez souvent au-dessous dans les chemins de fer d'Allemagne, mais il faut ajouter que la vitesse de marche des convois y est moindre aussi que sur les chemins anglais et français.
Dans le voisinage des villes, et par conséquent des gares, on admet, il est vrai, des courbes tracées avec un rayon de 2 à oOO mètres ; mais c'est là un minimum, au-dessous duquel il semble imprudent de descendre.
— Mais d'où viennent, me demandez-vous, ces nouvelles exigences?
— Le voici :
Tout mobile, en vertu d'une loi naturelle irrésistible, tend à poursuivre en ligne droite le chemin déjà parcouru. L'obligez-vous, par une action nouvelle, à changer sa direction première et à suivre une ligne courbe, il réagit aussitôt contre cette contrainte et développe incessamment une force, qui l'éloigné à chaque instant du centre de la courbe. Le mobile décrirait la tangente, si la cause qui le maintient venait à être supprimée. Vous connaissez sans doute le nom de cette force ; les physiciens l'appellent la force centrifuçfe.
C'est la force centrifuge qui presse contre uncerde
hi LES C^EMI^■S Dl' FER
tournovant la pierre placée sur son liord intérieur, et rempcche d'obéir à la pesanteur; c'est la force centrifuge qui chasse en ligne droite la pierre, d'abord retenue par la corde d'une fronde; c'est elle qui fait pencher, et quelquefois verser du côté extérieur à la courbe, la voiture qui se meut avec rapidité le long d'une route circulaire; c'est elle enfin qui, dans les parties courbes de chemin de fer, chasse contre les côtés des rails les roues de la locomotive et des wagons, menace de faire dérailler le convoi, et dans tous les cas, produit une résistance nuisible à la marche et destructive des rails eux-mêmes. Effets d'autant plus intenses que la force centrifuge est plus vive, ou — ce qui revient au même — que la courbure du chemin est plus prononcée, et la vitesse du convoi )»lus considérable.
Est-ce là, du reste, la seide cause qui assigne une limite à la courbure des voies? Non. Le genre particulier de construction des voitures, dans lesquelles les essieux et les roues forment un tout solidaire, ne permet pas aux deux roues attenantes au même essieu, de tourner avec des vitesses inégales : c'est ce qu'exigerait cej)endant la courbure d'une portion de voie dont les rails sont parallèles. Voyez (fuj. 18) les deux positions successives du même essieu, aux deux extrémités d'une voie courbe.
N'est-il pas clair que les deux arcs AB, CD, parcourus dans le même temps, sont de longueurs inégales? Qu'en résulte-t-il ? Que la roue extérieure a du être en partie traînée sur le rail, d'où une résistance nouvelle, un frottement, (|ui détermine une détério-
PP.EMIERE l'AHTlE. — LA VOTE. 55
ration rapido des rails ot des roues. De plus, le parallélisme obligé des essieux d'un même wagon, à 4 ou t) roues, ajoute encore à cette difficulté du passage
Fi};. 18. — Induence dos courbes sur le mouvemeiK des roues dos wagons.
des trains dans les courbes. Sur une route et avec une voiture ordinaires, pareille chose n'arrive pas : pourquoi? parce que la roue extérieure, non solidaire avec l'essieu et indépendante de la roue jumelle , peut tourner librement avec une vitesse quelconque. Ayant à parcourir dans le même temps un chemin plus grand, elle peut augmenter, sans dommage pour elle-même ni pour le chemin, le nombre de ses tours, opération impossible dans le système d'essieux adopté pour les wagons.
Plus loin, quand nous examinerons le matériel roulant, que nous en disséquerons les organes, nous comprendrons mieux encore la nécessité des conditions qu'on vient de décrire ; bornons-nous, pour terminer ce point de vue de la fixation définitive du tracé, à rappeler que, dans les tranchées et les tunnels, il im])orte d'éviter les courbures : elles peuvent, en efl'et, empêcher le chef de Irain ou le mécanicien, d'apercevoir à distance les obstacles imprévus qui obstruent la voie, et occasionner de la sorte les plus L,Taves accidents.
En rrsiimé, le moins do pontes, lo moins (]o oonr- Inires possible, telle est la loi. Loi pen favorable, (lira-t-on, à l'aspect pittoresqne de la roule, et qni a fait du voyage en cbemin de fer la chose la plus monotone du monde! C'est vrai, j'en conviens, bien ffue le railway, dominant les vallées et perçant les montagnes, ait livré aux touristes le secret de plus d'une beauté naturelle, et de plus d'un panorama splendide. Mais le confort, mais la sécurité, n'est-ce rien, même pour les poètes? Et d'ailleurs, qu'on v songe, la ligne de fer abrège les distances, rapproche la Suisse de la Beauce, les plaines de la Picardie des Pyrénées, et n'empêche en aucune façon l'amateur de l'imprévu, des pentes roides et des lignes courbes, d'assouvir sa haine pour la ligne droite ou l'horizontalo.
VoiLà donc notre tronçon de chemin de fer tracé d'une façon définitive. D'un bout à l'autre de la hgne, on peut suivre à travers champs sa direction : les jalons sont çà et là plantés, laissant tourbillonner an vent leurs banderoles flottantes. Dès h présent, l'ingénieur peut dire quelle sera, en un point donné, l'exacte largeur occupée par le futur chemin, quel cube de terre ou de roche il faudra enlever ici, rapporter là, en quel point un viaduc, un pont ou un tunnel devra être construit.
La période d'exécution va s'ouvrir. Partout, dans les bureaux d'études, les ingénieurs, les architectes, les dessinateurs méditent, calculent, tracent leins ]dans, édifient leurs constructions, et, se concertant,
1'1;emièue pAUTit:. — I;A voie 57
conibiueut leurs idées et leurs vues pratiques, dont ils su|)putent avec soin l'économie.
Bientôt nous les verrons à l'œuvre. Jetons auparavant un coup d'œil rétrospectif sur le tracé délinitiveiuent arrêté, en résumant rapidement les motifs généraux qui ont présidé à son adoption.
Ici, le chemin de fer continue de suivre les voies de circulation depuis longtemps adoptées : il doit longer les routes et les fleuves, grandes lignes presque toujours indiquées primitivement par la nature, utilisées ou améliorées par l'homme, et le long desquelles sont venus se grouper les centres industriels et commerciaux ;
Là, au contraire, tranchant sans vergogne, il perce d'outre en outre une montagne, unit deux bassins que des obstacles naturels semblaient séparer pour toujours, puis s'en va franchir cette vallée sur un • inuTiense viaduc;
Entre ces deux villes, le chemin de fer suit le tracé direct, (jui abrège la distance et économise les travaux. C'est dire, qu'indifférent aux groupes de peu d'importance que la voie aurait pu desservir, l'ingénieur a eu surtout en vue les avantages techniques de la construction. Entre ces deux autres points, au contraire, la voie tourne, s'infléchit de dix manières, pour aller chercher le trafic, voyageurs et marchandises ; au prix d'ouvrages d'art ou de terrassements souvent fort dispendieux ;
Tantôt enfin notre chemin de fer affronte la concurrence d'une voie navigable, canal ou rivière , tantôt il la laisse en possession de son privilège, et court
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chercher ailleurs d'autres ressources. In jour viendra où ces divers moyens de transports, loin de se s.upplanter, se suppléeront ; alors on s'étonnera de ces rivalités quelque peu mesquines, qui d'ailleurs, si elles étaient fondées, ne prouveraient qu'une chose : la relative pauvreté productrice de notre époque ^
' Il est aujoiird liui prouvé que l'ouverture des lignes de fer n'a pa^ diminué d'une manière sensible la circulation, sur les routes, de classes diverses : dans un grand nombre de contrées, cette circulation s'est au contraire accrue dans une remarquable proportion. Je ne serais pas éloingé de croire que cet accroissement, relatif aux marchandises aussi bien qu'aux voyageurs, est en grande partie la conséquence de l'exploi. tation de la ligne ferrée elle-même ; et je suis persuadé que le lecteur développera, sans plus d'explication, les motifs de cette mamère de voir.