PREMIÈRE PARTIE. — LA VOIE
Rotrou, un monticule considérable, qu'elle devait d'abord traverser en tunnel. Des puits furent même creusés pour le percement du souterrain ; mais les ingénieurs se ravisèrent et décidèrent l'ouverture d'une tranchée. C'est une des plus considérables des chemins de France, comme on peut en juger par les nombres suivants : elle s'étend sur une longueur de 4 kilomètres, et atteint jusqu'à 16 mètres, dans sa plus grande profondeur. Les terres déblayées ont fourni le nombre énorme de 1100 000 mètres cubes, c'est-à-dire autant que la grande tranchée du Tring, citée plus haut. Pendant plusieurs années, 1 100 ouvriers, en moyenne, ont travaillé à l'achèvement de cette œuvre gigantesque, qui a nécessité la plupart des travaux de consolidation et d'assainissement dont il vient d'être question. La figure 22, ci-dessous, donne une idée de l'organisation des ateliers, et montre que la maçonnerie a dû marcher de pair avec les déblais. Sur la droite du dessin, une partie des murs de revêtement est déjà terminée, et les déblais de la partie supérieure s'effectuent toujours. Les motifs de cette marche simultanée des terrassements et des travaux de consolidation étaient pressants, en effet. Des masses de terre glaiseuse eussent glissé sans cela jusqu'au fond de la tranchée et rendu le travail impossible : d'épais murs de soutènement, hauts de quatre mètres, retiennent ces
masses dans les points les plus dangereux. Puis, au-dessus, s'étend une banquette qui garantit la voie contre les éboulemcnts supérieurs. Des pierres assainissent en outre le haut des talus, que borde de part et d'autre une partie des terres, retroussées en cavalier.
Sur la moitié de la tranchée, la voie est horizontale. A ce palier succèdent des rampes de cinq à huit millièmes de pente. Enfin, ajoutons ce détail particulier : les puits creusés pour le tunnel en projet servent à l'assainissement des talus, dont ils conduisent toutes les sources ramifiées jusqu'aux sables inférieurs à l'argile.
Un mot maintenant des remblais : je serai bref. Comment les établit-on? comment les consolide-ton? à quels accidents, à quelles difficultés donnentils lieu? C'est à ces trois questions que je vais successivement répondre.
Les remblais — on l'a vu — se forment par voie de compensation, quand les terres d'une tranchée sont de bonne nature et que la distance n'en rend pas le transport trop coûteux ; ou par voie d'emprunt, pour les motifs contraires. Eh bien, il est constant que les meilleurs remblais sont ceux qu'on a fait exécuter au tombereau : dans ce cas, les couches successives sont pilonnées par les roues des véhicules et par les pieds des chevaux, avantage que n'offre pas l'emploi des