SCÈNE IV
COLOMBE, TAPIOU,* puis LE CHEF DE GARE.
COLOMBE, seule.
Il m'a dit un fricandeau à l'oseille et un bondon pas trop fait... pas trop fait, ou pas trop frais?...
TA PIC u, entrant, costume de paysan.
Pardon, monsieur le Chef de gare, pourriez-vous me dire quand part le train pour Paris?
COLOMBK.
Vous!... ah!... Elle met la main sur son cœur.)
TAPI ou, à part. La petite femme de chambre. Il met aussi la main sur son cœur.)
COLOMBE
Comment que vous voilà ici?
TAPIOU.
C'est la destinée! On m'a flanqué ce malin à h\ porte du chemin de fer.
COLOMBE, se rapprochant avec intérêt.
Ah! vous êtes dans le malheur?
TAPIOU.
J'ai décroché intempestivement des wagons qui contenaient un bœuf et des voyageurs... Pour les vo\ageurs on n'a trop rien dit, mais le bœuf, on ne l'a pas digéré. Le propriétaire a dit : C'est pas tout ça, mon bœuf a manqué le marché... donnez-moi 800 francs.
COLOMBE
r.a devait être une belle bête!
* T,i[.iou, Colomhe.
TAPIOU.
Pas mal... mais il y a mieux. [Galamment.] Sans aller chercher bien loin.
COLOMBE, m in audant.
Ah! moqueur !
TAPIOU.
Et vous,mamzelle! êtes-vous remise de votre indisposition?
COLOMBE, baissant les yeux et un peu confuse. Merci... ça va mieux.
TAPIOU.
Je ne sais pas d'où que vous souffriez, mais ça me correspondait là au cœur.
COLOMBE
Vous avez donc quoique chose pour moi. monsieur Tiipiou?
TAPIOU.
Ah! vous le savez bien.
COLOMBE
Non !
TAPIOU.
Si! un amoureux, c'est comme un homme qui est pochard... ça ne peut pas se cacher. 'Lui prenant la taille.) Vous m'inspirez de la mélancolie.
COLOMBE, * pJU passe devant lui.
Non... laissez-moi !
TAPIOU.
Puisque vous n'avez plus votre globe.
COLOMBE, s éloignant.
Faut que j'aille commander le déjeuner des bourgeois.
TAPIOU.
Vous me plantez là...
COLOMBE
C'est à l'auberge en face... Monsieur Tapiou, vous m'avez fait à Paris la politesse d'un verre de vin, si j'étais susceptible de vous le rendre.. .
* Colombe, Tapiou.