‹ Les chemins de ferChapitre 9 sur 54 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

Les Mêmes, BERNARDON, venant du troisième plan, à droite.

BERNARDON, reparaîssatit . *

Mon rapport est fait... Tapiou, fais vite porter cette lettre à son adresse... (A lui-même.] Je donne rendez-vous à mon neveu, ici, après le conseil.

TAPIOU, sortant.

Tout de suite, monsieur remployé supérieur... {Il disparaît^ troisihne plan, à gauche.)

GINGIXET.

Un employé supérieur!

BERNARDON, regardant SU montre.

Deux heures moins un quart !

GiNGiNET, s'approchant de Bernardon et le saluant gracieusement.

Monsieur...

BERNARDON, Saluailt.

Monsieur...

GINGINET

C'est à un de nos employés supérieurs que j'ai l'honneur de parler?

* Tapiou, Bernardon, Ginginef, Colombe (au 2^ plan), Jenny, Clémence.

BER>ARDON

Oui, monsieur...

GINGINET

Mon nom ne vous est peut-être pas inconnu... Ginginet.

DERNARDON , cherchant à se rappeler, Ginginet...

GING1>ET

J'ai quinze actions...

BERNARDON.

Ah!

GINGINET

J'en ai acheté treize d'abord. . . et deux ensuite . . . treize et deux font quinze... Je ne me trompe pas de beaucoup.

BERNARDON , à part.

Qu'est-ce que c'est que cet imbécile-là ?

GINGINET

Mon Dieu, j'aurais peut-être été jusqu'à vingt... Je le pouvais...

BERNARDON, tira7it sa montre .

Pardon, monsieur...

GINGINET

Mais, madame Ginginet... que je vous demande la permission de vous présenter... [Appelant. Clémence !

CLÉMENCE, se Icvaut et s'approchmit.

Mon ami...

GINGINET

Monsieur est employé supérieur de notre compagnie...

BERNARDON, saluant.

Madame.,. (A part.) Elle est charmante... des yeux !...

Et s'il n'était pas aussi pressé... j'aurais aimé à lui sou-

mettre... comme actionnaire quelques observations pratiques

BERNARDON.

Comment donc! mais tout mon temps est à vous... et à madame. . .

GINGIXET.

Une question d'abord... Pourquoi le dividende, qui était l'année dernière de 52 francs 38, n'est-il, cette année, que de 52 francs M .... Nous baissons... nous baissons I

CLÉiMENCE,

Ah ! pour 27 centimes...

BERXARDON.

C'est bien simple... cette année nous avons renouvelé tout le matériel... (J. Clémence.) Madame habite Paris?

GINGINET

La seconde question... question d'intérêt capital... Pourquoi les enfants au-dessous de sept ans ne payent-ils que demi-place , alors même que par leur corpulence ils occupent une place entière?

BERNARDON.

Une tolérance... dans l'intérêt des familles... Vous n'avez pas d'enfants?

GIXGINET.

Non... jusqu'ici le ciel et madame Ginginet m'ont refusé cette faveur... 3Iais enfin supposons que j'aie huit enfants... tous de sept ans...

Mon ami...

BERXARDON, galamment.

Mais c'est une supposition qui n'a rien d'exorbitant en regardant madame. . .

GINGINET

J'ai donc huit enfants tous de sept ans! je les flanque dans un wagon... je paye quatre places et j'en occupe huit... c'est insensé !

BERNARD ON

Votre observation me frappe... Remettez-moi une note avec votre adresse...

GINGIXET.

Très-bien... Ça ne sera peut-être pas rédigé... Comme Arsène de Musset... Je suis homme de chiffre, moi !

BERNARDON.

N'importe... j'étudierai l'affaire et j'irai en causer chez vous... si madame m'autorise... Madame habite Paris?

GINGINET

Je vais toucher maintenant à une question délicate.,.

CLÉMENCE

Mon ami, tu abuses des instants de monsieur...

BERNARDON,

Par exemple ! mais je ne puis mieux les employer qu'à vous regarder... écouter monsieur. *

GINGINET

C'est trop d'honneur... J'aborde donc la grande question des parapluies...

BERNARDON.

Quoi ! des parapluies?

GINGINET

Oui... que deviennent les parapluies perdus dans les chemins de fer?... Remarquez que je ne soupçonne personne !

* Ginginet, BernardoD. Clémence, Jenny, Colo nbe.

BERNARDON.

Dame!... on réclame... On les rend, je suppose...

G IN GIN ET

Erreur!... moi qui vous parle... j'en ai perdu un, une fois... j'ai réclamé... il avait un manche en ivoire... On m'a introduit dans une pièce où il y avait bien deux cents parapluies rangés par ancienneté...

BERNARDON.

Eli bien ! vous avez reconnu le votre?...

GINGINET

Non... le mien n'y était pas... J'aurais pu en prendre un autre... mais je ne mange pas de ce pain-là... Seulement, en ma qualité d'homme pratique, je me suis demandé ce que deviendraient ces deux cents parapluies...

Oh ! c'est si peu de chose !

GIXGINET.

Permettez... il y en avait d'une certaine valeur... Moi, je pense... sauf votre avis... qu'au bout de dix ans on pourrait se faire autoriser par les tribunaux compétents à les vendre au profit de la masse et à en distribuer le prix aux actionnaires... au prorata!...

BERNARDON.

C'est une idée... remettez-moi une note... avec votre adresse.

GINGIXET.

Bien ! Deux notes ! Autre observation... Pourquoi l'amortissement...

BERNARD ON

Pardon... il est deux heures... il faut que j'entre en séance... On va distribuer les jetons... {A Clémence.)

Veuillez m' excuser, madame... mais le devoir !... J'emporte l'espérance que cette entre\aie ne sera pas la dernière...

CLÉMENCE

Monsieur...

BERNARDON.

Et si monsieur votre mari veut bien me faire parvenir les notes précieuses.

Soyez tranquille !

BERNARDON.

Avec votre adresse, n'est-ce pas?... et affranchir ! [Saluanl.) Monsieur... madame... [Il sort^ troisième plan^ à gauche.)

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