EMPLOI DES MACHINES
par le midi, et la production du midi est suffisante en quantité pour donner largement au nord ce qui lui manque. L'agriculture russe n'a donc besoin, quant à présent, que de moyens économiques de transports, et elle n'en est pas encore à adopter les procédés de culture perfectionnée de l'Angleterre et de la Belgique.
Il est cependant un point pour lequel l'agriculture russe s'est approchée de l'agriculture anglaise : c'est pour l'emploi des machines agricoles; on trouve avantageux de les employer en Russie comme en Angleterre et comme dans les districts agricoles les plus avancés de la France, parce que la population rurale est faible et clair- se ruée, et que la rareté de la main-d'œuvre en a surélevé la valeur, quoique celte rareté ne puisse encore être attribuée à la concurrence de l'industrie. Les machines anglaises se sont ainsi introduites dans l'empire russe, ou elles sont admises en franchise de tous droits, et elles y rendent les plus grands services : le seul obstacle à leur succès général est dans la délicatesse des mécanismes, et dans l'impossibilité oh l'on sera longtemps de leur faire subir, dans les campagnes de l'intérieur, les réparations qui deviennent nécessaires après un emploi tant soit peu prolongé.
On serait disposé h croire que dans un pays pauvre, tel que la Russie, la main-d'œuvre ne-doit pas être chère. Les chiffres suivants donneront une idée de son prix à deux époques différentes, et montreront l'influence des grands travaux sur ces prix. Ces chiffres, qui résultent d'une série d'observations recueillies par l'administrât ion de la Grande Société, ont été corrigés dans la transformation en monnaie française, en tenant compte de la baisse
Moliiluf, Iki^ou. Nih^ui'lhI, DU.ik'I*. l'skolf, Sjiml-IWiuiliourg, Tiflr, Vilna, Vilub.t, Vladimir, (Tfgobonkl, fereti /irorfuctiect.)
paix DE LA main-d'œuvre. 173 de la valeur du rouble entre les deux époques considérées.
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En 1856, avant l'ouverture des grands chantiers, la main-dVeuvre était donc à peu près au même prix en Russie el en France : elle a augmenté en quatre ans dans une proporlion qui varie, suivant les professions, du quart à la moitié de sa valeur.
Mais la valeur de la main-d'œuvre n'est pas tout entière dans le prix de la journée; il faut comparer à ce prix la quantité de travail produite. Ici so manifeste l'influence du servage, donl la conséquence universelle est de réduire plus ou moins l'activité et la puissance de production de l'individu. L'organisation rurale, par ses eflefs moraux comme par ses règlements, a élé une des grandes difficultés des travaux publics de la Russie.
L'enti-epreneur loueaux seigneurs, moyennant un prix convenu, des ouvriers pour toute la saison d'été, du I" mai au 1" novembre. 11 paye sur-le-champ, pour arrhes do ce! engagement, ia moitié du prix convenu. Pour effectuer ce premier payement, il faut qu'il emprunte le capital nécessaire, ou qu'il trouve des cautions qui lui
lli LOCATION D'OUVRIERS.
permettent de soiliciler des avances de fonds. L'entrepreneur est tenu de nourrir pendant toute la saison les
lades, de leur donner les gants ei la chaussure, de les loger, et enfin de leur assurer le liain russe une fois par semaine. Pour satisfaire à tontes ces obligations, il doit approvisionner pendant l'hiver, en profitant du traînage, la viande, les Jaunies cl le /,-rtix.i destinés ;i la nmirritun: de ses ouvriers; il doit leur bâtir des baraques, et créer des villages à proximité do ses chantiers. En un mot, avant le commencement des travaux, un entrepreneur dépense à peu près la moitié du montant de l'entreprise.
Le calcul du prix de la main-d'œuvre des ouvriers en location devient une opération do comptabilité Ires-complexe. Au prix de la location pour la saison il faut ajouter le prix des fournitures pour gants et chaussure; le lotal doit cire augmenté d'un dixième pour tenir compte des gratifications a accorder aux ouvriers qui travaillent bien, des frais de police, et des pertes résultant d'accidents ou de désertion. Viennent ensuite les frais de nourriture et de baraquement ; la nourriture monte a environ 20 kopecks par homme et par jour, dépense, qui s'applique aux cent quatre-vingt-quatre jours de la saison d'été. Le baraquement est évalué, en moyenne, h 3 roubles par homme pour toute la saison. Ces deux objets de dépense montent ensemble à environ 40 roubles par ouvrier. Il faut enfin ajouter les Trais d'outils variables suivant les professions. Or, sur les cent quatre-vingtquatre jours, durée réelle de l'engagement, le nombre maximum de jours on le travail de l'ouvrier est exigihle est seulement cent trente-cinq; et, en moyenne, ce nombre se réduit à cent vingt pour tenir compte des
PRIX DE REVIENT DE LA MAtN-o'ff.UVRE. t7îi
maladies et des jours de mauvais lemps, si le travail doit s'effectuer en plein air(l).
Dans ces conditions, le mètre cube de terrassement est revenu en 1860 sur les lignes de la Grande Société à 1 fr. 40 environ; mais il faut observer (|ue,'suivant l'habitude du pays, tous les transports de terres se Font à la brouette jusqu'à une dislance de transport de 1011 sagènes ou 213 mètres, de sorte que, si la distance de transport est supérieure à celle limite, on retrousse les déblais en cavalier, et on fait les remblais par emprunt ; ce qui revient à compter séparément les volumes des déblais et les volumes des remblais toutes les fois que l'échange des uns contre les autres suppose un transport plus grand que 100 sagènes, d'où résulte une quantité double de terrassements.
Mais revenons à l'agriculture.
La Russie d'Europe a été divisée, au point de vue agricole, en huit zones, dont les trois plus septentrionales sont soustraites, par leur climat, à toute exploitation rurale. Ces trois noues sont la zone glaciale, la zone des marais, et la zone forestière. La première ne produit absolument rien. La seconde, couverte de mousses et de bruyères dans tous les points que les marécages n'ont pas envahis, est le pays des renues, des bètes à fourrure et des oiseaux à duvets épais, les cygnes et les oies sauvages. La troisième zone est, comme nous l'avons déjà dit, habitée, dans son épaisseur, par des peuples nomades, chasseurs d'écureuils, et, sur sa lisière méridionale, par des populations sédenlaires qui font vivre leurs bestiaux dans ses her-
(I) 1,'Kglise russe a un grand iiomlirr dp ff-tes oliiuiifes. Il faiil j ajouter quelques fêles de la famille impériale pour lesquelles le chômage est autorisé. Ces usages prolègent lu travailleur serf et nuisent au travailleur libre.