LE VENIN CHEZ LES CHENILLES A RÉSERVOIR
A. Cossus. — « Cette chenille, écrivait Geoffroy en 1764, rend par la bouche une liqueur grasse et huileuse d’une odeur extrêmement forte et désagréable. Servirait-elle à amollir le bois dont l’insecte doit se nourrir ou le rendraitelle propre à servir d’aliment et de nourriture? » Il a été dit que Lyonet avait émis la même hypothèse, mais les expériences qu’il réalisa avec du bois sec, puis du bois vert ne confirmèrent pas cette supposition.
* Henseval, puis Marie Phisalix, ont repris otts étude. Ils ont constaté que la chenille du Ronge-bois laisse d’abord échapper un liquide brun très alcalin qui se dessèche facilement, puis un second liquide clair de consistance grasse
et de réaction neutre. Si les deux liquides sont expulsés en
même temps, le second reste en suspension par gouttelettes dans le premier. L'ensemble présente une odeur forte et émet des vapeurs irritantes pour la peau du visage et provoquant une légère sensation de brülure. -
A l'analyse, Henseval a trouvé de Mhydrooène du carbone et du soufre. Il admet que ce MCE est une essence dont la densité est de 0,8 environ.
Le même auteur a procédé à des expériences: la dose de 5 centigr. inoculée sous la peau ne donne aucun effet
toxique sur le cobaye. La dose de 3 centigr. est également
sans effet sur la grenouille.
Avec o centigr. 2 de secrétion fraîche alcaline, C. Phisalis détermina chez le lapin une accélération des mouvements respiratoires, qui passent de 80 à 320 pendant 15 à 20 minutes ; la température s'élève en même temps de:2%54l, ya du ronchus nasal.
L’essence abandonnée à elle-même prend une réaction acide; l’eau y forme une émulsion laiteuse qui reste acide. o c/m° 3 de cette essence acidifiée, étendus à 2 c/m° avec de l’eau alcalinisée, et administrés en. injection sous-cutanée suffisent à tuer un moineau: l'oiseau s’affaisse sur les tarses, oscille, retombe s’il essaie de voler puis demeude somnolent, les plumes ‘hérissées; après quelques heures, il est pris de tremblements généralisés, bat des ailes, tombe sur le côté ei meurt par brusque arrêt de la respiration.
Les mouches soumises à la vapeur de l'essence de Cossus meurent au bout de 4 heures (C. Phisalix).
Cette essence ne s’oppose pas au développement de divers microbes ni de certaines moisissures, mais elle arrête le développement de l’Oospora cinammea, qui attaque fréquemment les insectes. Le Cossus n’est jamais attaqué par les
Pr. EC ao, dd hi *
Ichneumonides ni par les Muscides à larves parasites (Henseval). )
Cette sécrétion an donc un. moyen de défense capable de protéger l'espèce contre certains cryptogames et qui peut être accidentellement le pour l’homme,
mais non dangereux.
B. DicrANURA. — Le venin de la grande Queue- fourchue a été étudié par De Geer et Bonnet à a fin du xvirre siècle, puis par Klemensicwicz (1882), Poulton ( 1887), Hi Walvyn (1896) et Latter (1897). :
Bonnet écrit que cette larve lance à un pied de distance « une liqueur limpide d’une odeur très pénétrante et assez analogue à celle des fourmis. Sur la langue, cette liqueur produit une impression semblable à celle qu'aurait produit le plus fort vinaigre. »
« Avec un scalpel, ajoute Bonnet, j'ai fait une incision à un de mes doigts et j'ai introduit une goutte de liqueur dans la plaie. J'ai senti aussitôt une douleur presque insupportable, le sang qui coulait s’est figé et a pris une couleur plus foncée.
« Le papier bleu sur lequel j'ai fait tomber une goutte de cette liqueur a rougi sur le champ. J'ai versé de même de la liqueur dont il s’agit sur des fleurs de chicorée sauvage; elles ont rougi aussitôt et se sont ensuite fanées. Celles sur lesquelles j'ai fait tomber de l'esprit de nitre n’ont rougi ni plus promptement ni mieux. Le vinaigre n’a produit sur ces fleurs qu'un très léger changement de couleur. »
Des recherches plus récentes ont montré que cette sécrétion acide est constituée pour 33 à 40 % (eau non comprise) par de l’acide formique. Pour Latter, cet acide ne sert pas
seulement à la défense, son rôle est aussi de durcir la: soie et de rendre le cocon imperméable.
D’après les observations faites par Denhan (1888), les larves de Notodonta concinna et de Philodonta émettraient, par leur glande prothoracique, de l'acide. chlorhydrique liquide ou à l’état de vapeur, dans un état de concentration suffisant pour corroder la peau.
Le liquide corrosif excrété par les chenilles à réservoir varie donc avec les espèces.