I. — IMMUNITÉ NATURELLE
Le coucou, les batraciens, quelques coléoptères et, parmi les diptères parasites, certains trachinaires, semblent avoir l’immunité contre le venin des processionnaires ; il en serait de même de la vipère, d’après Galien (1); la plupart des petits oiseaux insectivores, qui ne s’attaquent pas à ces larves, détruisent au contraire les chenilles des Liparides. |
Le petit nombre des ennemis des Cnethocampa explique leur grande multiplication à certaines périodes; sans cette circonstance, vivant et se déplaçant en sociétés nombreuses,
ils seraient une proie facile pour leurs ennemis; bien que
J. H. Fabre n’admette pas que ces chenilles aient un besoin spécial de protection justifiant l’existence d’un appareil veni-
meux. L'auteur des Souvenirs entomologiques estime, comme
(1) Pityocampis vescuntur viperæ (De theriaca).
INC :
il a été dit, que le miroir sert à ces insectes à prévoir le temps, leur évitant ainsi d’être surpris au dehors par la pluie, il est cependant bien établi que presque tous les animaux, grands et petits, désertent les bois infestés.
Le Coucou détruit beaucoup de chenilles velues et s'attaque en particulier à la processionnaire du chêne et aux Lipa-
rides. Les poils des larves absorbées s’enfoncent dans la
paroi de l'estomac de cet oiseau sans qu’il en paraisse incommodé; on trouve quelquefois les soies implantées dans la muqueuse gastrique en nombre assez grand pour donner à celle-ci un aspect spécial et une discussion s’est élevée autrefois d’ans l’Isis (1), entre Brehm, Richter, Carus, Oken et Bruch au sujet du prétendu estomac velu des coucous âgés.
Brehm rapporte, d’après Homeyer, qu’une année, au début du mois de juillet, plusieurs coucous se montrèrent dans un bois de pins. Quelques jours après, le nombre de ces oiseaux s'était tellement accru que l'observateur en fut frappé. Ce rassemblement était dû à la présence d’une énorme quantité de chenilles de Liparis monacha. Les coucous trouvaient là
de la nourriture en abondance. En une seule minute, un seul
oiseau avalait plus de dix chenilles et Homeyer estime, qu’en quinze jours, une centaine de coucous ont absorbé près de 3 millions de chenilles. En tout cas, leur diminution fut si notable que plus tard on n’en vit plus de traces. Ç
Batraciens. — Les grenouilles, auxquelles nous avons fait avaler des processionnaires du pin, n’en ont paru nullement incommodées et Marie Phisalix a constaté que le crapaud pouvait consommer impunément de grandes quantités de Liparis chrysorrhea. |
(1) Année 1823, p. 222 et 666, pl. 8, et année 1825, D. 579, pl. 4.
ee S ; Les Coléoptères carnassiers paraissent redouter les che-
nilles venimeuses, celles des Cnethocampa surtout; le Calosome sycophante fait exception. Sa larve s'établit dans les
nids même des chenilles et se nourrit de celles-ci (Réaumur),
les insectes parfaits de cette espèce, d'ordinaire assez rares, paraissent, durant les années d’invasion, se rassembler dans les cantons où la processionnaire du chêne abonde. Le Calosome monte sur les branches occupées par les chenilles, en. saisit une, se laisse choir à terre, tue sa victime, remonte et recommence jusqu’à quinze fois de suite.
Fabre a trouvé, dans les vieux nids de processionnaires du pin, une larve de dermeste qu’il n’a pas déterminée, c’est sans doute l’Anthrenus pimpinelle, de Rey, signalé par Foley et de Peyerimhoff (1) comme vivant aux ee dès exuvies successives de la chenille.
Il sera fait mention des diptères parasites au chapitre de la prophylaxie. :
Divers auteurs, C. et M. Phisalix en D ce admettent que les poisons du sang jouent un rôle dans les échanges nutritifs de l'individu et mettent en jeu ses réactions de défensé ; ils seraient une des sources de l’immunité naturelle. Mais les substances antitoxiques ne coexistent pas seulement avec les venins, on les trouve, tout au moins en petite quantité, chez des animaux non venimeux.
Les Batraciens ont généralement le sang toxique et la théorie qui vient d’être exposée, explique bien leur immunité, mais les oiseaux n’ont pas de poisons dans le sang, par suite l'hypothèse ne vaut pas pour le coucou; la toxicité humorale a toutefois été peu recherchée dans cette classe; il serait
(1) Bull. Soc. hist nat. Afrique du Nord, 1922, p. 287.