INTRODUCTION
Les animaux à venin ont toujours préoccupé l'imagination populaire, qui leur attribue le double pouvoir de tuer et de guérir. Les chenilles urticantes n'ont pas échappé à cette règle; on accusait les empoisonneurs de l’ancienne Rome d'en faire largement usage et elles ont longtemps occupé une place dans la matière médicale. De nombreux auteurs de l'antiquité, naturalistes, médecins ou vétérinaires, tels que Pline, Dioscoride et Hiéroclès font: mention des Pityocamp, si répandues dans les forêts de ne + la ‘région méditerranéenne. l À é :
Mais si l’on fait exception pour Aristote, qui a remarquablement exposé le cycle biologique des lépidoptères,. on ne trouve dans les travaux des auteurs anciens, et encore moins dans les manuscrits du moyen-âge, aucune observation Ppe cise sur la morphologie ou les mœurs des insectes. C’est à la fin du xvirré siècle, presqu'au début de la période contempo: raine que se fit avec Buffon ct Linné, la renaissance des sciences naturelles. Ce dernier, ainsi que Geoffroy (1764), donne la description de nombreuses chenilles et fait mention des propriétés urticantes de plusieurs d’entre elles. Amoreux, en 1789, présente à l’Acadénrie de Lyon un rapport sur les insectes de la France réputés venimeux. Le danois Fabricius (1778) mentionne aussi les moyens de défense des chenilles ; « Arma sunt variis varia », observe-t-il et il donne une liste
des « pilosæ quæ tactu sæplus pruritui excitare solent ». à
Mais nous devons à René Antoine Ferchaud, seigneur de Var
Rédumur, l'exposé le plus complet qui ait été fait sur la bio- logie des chenilles venimeuses du chêne, et même une étude sur la Pityocampa, dont il se fit envoyer des nids de Bordeaux. Le savant encyclopédiste groupa ces deux espèces sous le nom d'évolutionnaires ou de processionnaires ; le dernier de ces termes a prévalu. | |
Vers la même époque, Dorthes (1780) en France, Pre à (1786) et Borckhausen (1700) en as étudiaient les chenilles venimeuses et l'Académie royale des Sciences de Paris publiait les mémoires de deux savants étrangers, l'un du suédois de Geer, « sur les grandes chenilles à double queue du saule, qui ont la propriété singulière de seringuer de la liqueur »; l'autre de Charles Bonnet, de Genève, & où on prouve que la liqueur que cette chenille fait jaillir est un véritable acide et un acide très actif ». C es travaux concernent l'espèce appelée depuis Dicranura vinula; de son côté, Pierre Lyonet publiait à La Haye un remarquable traité anatomique « de la chenille qui ronge le bois du saule » (Cossus ligniperda) et montrait que cette larve émet un liquide corrosif. |
Au x1x° siècle, les travaux sur les insectes se multiplient ; les appareils d'optique et les moyens d'observation se perfectionnent, permettant de faire l'étude histologique des appareils venimeux; c'est Leydig, semble-t-il, qui a décrit le premier, en 1857, les cellules glandulaires des poils de la chenille du Bombyx Rubi, dans son traité d'histologie de l’homme et des animaux. | -
A mesure que les mémoires deviennent plus nombreux, la division du travail s'accentue; naturalistes, médecins et fo-
OR 22e
AA to RE CARRE UE A da ee) restiers écrivent chacun de leur côté, s'ignorant souvent. Les « À L AVE Re Ér EM REINE: 2e re k j observations sur les chenilles urticantes, publiées dans des
périodiques très divers, demeurent éparses. Beaucoup de ces
études sont éditées en Allemagne, en Angleterre, en ne en
Russie. en Suède, même en Amérique. #
Parmi les plus importantes, il faut citer la monographie cs
Laudon (1807), traitant spécialement du Cnethocampa pini-
vora, des forêts de l'Allemagne du Nord, et le mémoire
de E. Holmgren sur les cellules glandulaires des poils des “larves de nombreuses espèces de lépidoptères, publié en
suédois.
Des travaux importants sur cette question ont à nouveau
ES 1 : : 4 + 2 Ÿ = \ - paru en France à la fin du x1X° siècle et au début du xXX° siè-
cle: J. H. Fabre étudie le venin des chenilles dans ses souve-
nirs entomologiques; le Professeur Beille, de Bordeaux,
publie un mémoire sur l'appareil vemimeux de la chenille du pin: enfin on doit au Docteur Lalesque, médecin à Arcachon, membre correspondant de l’Académie de médecine, et à C. Mader, une étude très complète sur cette processionnaire.
C’est dans cette même région du Sud-Ouest que le médecin “des colonies Parazols- -Danoy a réuni les observations cliniques publiées dans sa thèse sur « l’urticaire produite par les chenilles processionnaires du pin maritime », affection que le Professeur W. Dubreul a qualifiée d'urticaire endémique.
En 1901, Artault de Vevey a proposé de donner le nom d'accidents éruciques (de Éruca, chenille) aux accidents causés par les chenilles, de préférence au terme « Scoléciasis » peu euphonique, préconisé autrefois par Hope.
Parmi les forestiers, le swvestphalien Nicolaï, en 1833, les Inspecteurs des eaux et forêts Pissot (Conservateur du Bois
de Boulogne), en 1865, Calas (de Perpignan) en 1807 et, en
1890, Ratzburg, docteur en médecine et en chirurgie, professeur de sciences naturelles à l'Ecole forestière de Prusse, ont signalé les invasions importantes de processionnaires, rapporté divers accidents éruciques ei exposé les moyens de des-. truction.
Nous avons pensé qu'il était intéressant de ro. TOUS
ces travaux, d'en extraire les passages les plus sæillants, d'en discuter les contradictions et de grouper les observations cliniques qui y sont rapportées; d'écrire en un mot un mémoire d'ensemble sur les chenilles venimeuses les plus répandues, enle faisant suivre d'un index bibliographique aussi complet que possible.
Notre travail a donc consisté surtout à grouper les faits.
connus et à les discuter; la partie la plus ardue de la tâche a consisté à rechercher dans de nombreuses bibliothèques, en
France et à l'étranger, les publications en toutes langues se rapportant à ce sujet. ! .
Quelques observations faites autrefois en Algérie sur les mœurs de la processionnaire du pin, diverses recherches de laboratoire effectuées à Nancy, sur la même espèce, grâce à des nids reçus de Bourg- -Saint-Andéol et de Royan, nous ont permis de mettre une note personnelle dans ce travail; mais les chenilles ont été fort rares en Lorraine en 1922, si bien que les espèces autres que la Pityocampa nous ont fait défaut, sauf le Bombyx Rubi, que nous avons trouvé en Champagne à l'automne dernier.
Il nous faut constater que le sujet de ce mémoire, restreint en apparence, exigerait pour être complètement traité de nombreuses expériences, effectuées avec chacun des groupes de chenilles à appareil venimeux, et que semblable travail ne pourrait êtfe fructueusement entrepris qu'en employant, pour
a chaque espèce, une importante quantité de larves, ne
à réunir en dehors des périodes d'i invasion. < Le cobaye est d’ailleurs peu sensible aux effets des che- % nilles urticantes et il conviendrait de rechercher, parmi les de mammifères ou les oiseaux, une espèce plus réceptive.
Notre mémoire est divisé en quatre parties:
un premier chapitre, avec les renseignements biologiques qui peuvent aider au diagnostic des accidents éruciques.
Le deuxième chapitre débute par un aperçu général sur le E. poil venimeux chez les chenilles; l'appareil vénénifique est 24 ensuite décrit pour chacun des principaux groupes.
Le venin et les différentes théories émises sur la venimosité de ces insectes sont étudiés dans un troisième chapitre, à la fin duquel nous recherchons si le venin persiste encore après la métamorphose, c’est-à-dire chez l’insecte parfait.
‘+ La deuxième partie (chapitres I à V) comprend une étude Éc-- des accidents éruciques, suivant le plan généralement adopté “41 dans les traités de pathologie pour l'étude des maladies; un #3 exposé sommaire de ces mêmes accidents chez les animaux 5 domestiques est donné au sixième chapitre; enfin un dernier chapitre renferme quelques notes médico-légales et de jurisprudence. |
Fe | La troisième partie traite de l'immunité, de la prophylaxie et de la thérapeutique en ce qui concerne les affections
étudiées.
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La première est consacrée à l'étude des chenilles veni- :24 meuses. La description sommaire des espèces est donnée dans »
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