‹ Les chevaliers du pincenez vaudeville en deux actesChapitre 14 sur 55 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

PAUL, puis AURÉLIE.

PAUL, d’abord seul.

Du courage! du courage!... c’est facile à dire!... Certaine» ment j'en ai... je dois eu avoir, un marin!... mais... (tremblant.) Dieu!... la voici!...

AURÉLIE, en toilette, sortant de la maison.

Eli bien! voyons, Cécile... partons-nous?... (Apercevant Paul.) Ah !...

PAUL, à part.

Comment vais-je lui dire?... (Haut, et saluant timidement.) Madame!...

AURÉLIE

Eh! mais... cet uniforme... M. PaulJoubert?... (Paul s’incline.) Comment, vous étiez là.. . et l’on ne nous prévient pas?.., et l’on vous laisse seul?...

PAUL

Pardon, Madame..! je... je vous attendais.

Vous m’attendiez?...

PAUL

Oui... j’ai... à vous parler.

• AURÉLIE

A moi?... Et de quoi s’agit-il, jeune homme?...

PAUL, à part.

Au fait, elle a l’air d’une bonne femme... Allons, de l’assurance!... (Haut.) Madame...

AURÉLIE

Eh! mon Dieu! vous voilà tout interloqué... tout tremblant... Est-ce que je vous fais peur?...

PAUL, hésitant.

Enfin, Madame...

AURÉLIE

Enfin?...

PAUL, prenant tout A coup son parti, et tout d’uae haleine.

J’aime mademoiselle Cécile, et j’ai l’honneur de vous demander sa main. (Avec un gros •oupir.'i Ouf ! voilà!...

AURÉLIE

Ah!... vous aimez ma sœur?

PAUL

Depuis la première polka que j’ai eu le plaisir de daiiser avec elle.

AURÉLIE

Et vous désirez devenir son mari?. . .

PAUL

C’est mon vœu le plus ardeut !

AURÉLIE, le regardant.

Hum !... hum!... Dites donc, vous avez l’air bien jeune !

PAUL, se redressant.

J’ai vingt ans. Madame... quant à ma fortune, ma position...

AURÉLIE

Elle est convenable, je sais ça; et, sous ce rapport, vous m’iriez assez; mais ça ne suffit pas.

PAUL

Comment?

AURÉLIE

Je veux que Cécile soit heureuse en ménage, et, pour obtenir mon consentement, il y a d’autres conditions.

PAUL

Ah! parlez, Madame!... Je suis prêt à vous donner tous les renseignements...

Les renseignements!... juste!... nous y voilà!... (Allant s’asseoir près du guéridon.) Venez là... et causons... Voyons, jeune honme, j’ai vingt-six ans, je suis veuve, ie ne suis pas bégueule ; parlez-moi carrément : avez- vous bamboché ?

PAUL

Bamboché, moi?...

AURÉLIE

Oui, à bord, avec vos camarades, avez-vous bu du punch, du champagne?... vous êtes-vous grisotté de temps à autre?...

PAUL

Jamais, Madame, jamais !

AURÉLIE

Jamais ?...

PAUL

J’ai horreur de l’ivresse.

AURÉLIE, à part.

Hum!... (Haut.) Et, dites-moi, avez- vous eu des duels, des affaires d’honneur?...

PAUL

Des duels?... non, Madame.

AURÉLIE

Allons donc! Pas possible!... un aspirant de marine...

PAUL

Je tire assez bien l’épée... mais j’ai toujours évité les querelles, et si parfois il m’arrivait d’avoir une altercation, j’aimais mieux reconnaître mes torts, ou accepter des excuses, que de risquer de blesser un ami.

AURÉLIE, à part.

Hum! hum!... Ni punch... ni duels!... (Haut.) Ah çà!... et les amours, les intrigues?... ,

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