SCÈNE II
VAROQUET, AURÉLIE, BEAUCANARD, endormi.
(Varoquet est en costume de pèlerin. Il porte un faux nez énorme. — Aurélie a un domino bleu.';
VAROQUET.
Eh bien !... il s’en va?
AURÉLIE, se démasquant.
Ouf!... on respire, ici!... Ah! quelle cohue que ce bal de l’Opéra!... 1
VAROQUET, ôtant son faux nez.
Aussi, Aurélie, ma nièce, tu es bien singulière... Je lisais mon journal, je faisais mes petites réflexions là-dessus... tout à coup tu m’arraches à ma lecture, tu m’entraines à l’Opéra... Pourquoi?.,, pourquoi?...
AURÉLIE
Je voulais voir le bail... voilà tout!
VAROQUET.
Quelle foule! quel tapage!.... Dis donc, il m’a semblé apercevoir le petit Paul... l’un de mes filleuls.
AURÉLIE, à part.
Oui... oui... c’était bien lui... adossé à la loge 21.
VAROQUET.
Mais comme il avait trois débardeurs dans les bras, j’ai pensé que je me trompais.
AURÉLIE
Naturellement.
C’est un bal bien mal composé... Tu sais, quand je t’ai perdue un instant... je demande à un grand Ecossais: «Monsieur, vous n’auriez pas vu un domino bleu garni de den-
telles?. .. » Tu ne sais pas ce qu’il ine répond : « Tu n’es qu’un crapaud ! » Ça m’a fait de la peine... de la part d’un Écossais.
AURÉLIE, riant et à part.
Pauvre oncle!... 11 n’a pas inventé les canons rayés... (Appelant.) Garçon! garçon!...
VAROQUET, remontant et appelant.
Garçon ! garçon!... Alt! ils ne viendront pas... comme tout à l’heure à laMaison-d’Of... où tu m’avais encore entraîné... on les appelle... et ils se contentent de vous crier : « Boum!... Voilà!... »
BEAUCANARD, réveillé, et croyant avoir affaire au garçon. Animal ! (Il donne un coup de pied à Varoquet.)
VAROQUET, surpris.
Hein?
BEAUCANARD.
Tiens!... c’est pas un garçon, (il se recouche.)
VAROQUET, s’excusant.
Pardon, Monsieur...
CHAMPROSÉ, au dehors.
Oui... oui... au grand salon! à souper pour dix personnes!...
Ciel!
AURÉLIE, se remasquant.
VAROQUET, mettant son faux net.
La voix de Champrosé, mon autre filleul.
AURÉLlE, bas.
Pas un mot devant lui!... vous entendez!