LETTRES
ADRISS&ES i L'ÂUfEUR
rParisJe 15 février 1852.
« Mon cher général, quoiqye des occupations multipliées me laissent peu c^ loisir pour la lecture de nouveaux ouvrages, cependant je n'ai pu résister au besoifi c|e connaître TOtre éq^ît concernant ^s chevaux du Sahara.
« Vous donnez, sur l'élève des chevaux arabes, des notions que j'étais loin de posséder, et j'ai éprouvé un véritable plaisir à connaître les détails on ne peut plus intéressants que vous avez pubUés sur la manière dont les indigènes entendent l'éducation du cheval et sur les soins minutieux qu'ils pfodîgUent à ces précieux animaux dans leur enfance.
a Je ne crois pas que jamais nos éleveurs imitent en cela les Arabes. Ces derniers ont pour leurs chevaux une affection que nous serons toujours loin d'avoir. Il est vrai que l'Arabe n'a d'existence plus ou moins assurée, et honorabel
infime, que par son cheval; ce qui justifie bien son amour pour ce généreux serviteur.
Parmi les coutumes que pratiquent les Arabes, il en est une surtout qui m*a fort étonné : c'est celle de leur couper les crins pendant cinq années successives. Je comprends leur répugnance à couper la queue; en Afrique, ils n*ont pas à se précautionner contre les boues, comme chez nous, et leurs chevaux portent la queue beaucoup mieux que les nôtres, ce qui tient à leur construction.
« J'ai été frappé aussi des différences essentielles que vous signalez chez les chevaux de différentes contrées de l'Afrique. Ces indications si judicieuses de votre part me paraissent être un guide assuré pour les amateurs de chevaux arabes et surtout pettr4e6 acquisitions d'étalons que peut vouloir faire le gouvernement.
« Je ne puis trop vous remercier, mon cher général, de Fobligeance que vous avez eue en- m'en voyant votre ou. vrage, si intéressant sous tous les rapports, et si agréable par les jolies anecdotes dont il est accompagné.
«Veuillez agréer, avec tous mes remercîments, mon cher général et conseiller d'État, l'assurance de ma haute considération.
c Maréchal Exelmars. 9
c Paris, le 4 février 1851.
« Je viens de lire, mon cher général, votre ouvrage sur les chevaux du Sahara algérien. Ce travail Joint à un intérêt historique incontestable le mérite de présenter, sous une forme très-séduisante, des considérations pleines d'actualité.
LEHRES ADRESSÉES A L'AUTEUR. 489
c Les hommes qui se consacrent à l'étude de la science hippique reconnaissent aujourd'hui que la propagation dir sang oriental est le véritable principe régénérateur auquel il est urgent de recourir.
a Déjà cette pensée reçoit son application : Tadministration des haras se dispose à envoyer dans l'Arabie centrale des agents spéciaux pour faire l'acquisition d'étalons et de juments d'Orient. D'un autre côté, le ministre de l'agriculture, sur la demande du conseil de perfectionnement du haras de Saint-Cloud, réclame des crédits spéciaux pour créer, dans un établissement nçrmal, et conformément à la volonté législative, une race arabe pure, de l'ordre le plus élevé.
« Tous ces faits sont de nature à donner à votre ouvrage une importance et un intérêt particuliers. S'il était publié, il nous initierait à des traditions, à des usages, à des convictions qui offriraient de précieux renseignements.
« Persuadé de l'utilité de semblables publications, le ministre de l'agriculture fait en ce moment traduire et imprimer un vieux manuscrit arabe dont l'existence était à peine connue à la Bibliothèque nationale.
« Votre ouvrage sur les chevaux du Sahara aurait une importance bien plus générale; aussi je désirerais vivement que le ministre de la guerre, dont la sollicitude pour les progrès hippiques est si éclairée, voulût bien le faire imprimer et répandre.
« Ce serait un service rendu à la question chevaline, à la France entière, et, en particulier, aux corps de trouoes à cheval que nous entretenons en Algérie.
« Recevez, mon cher général, la nouvelle expression de ma haute considération et de mes vieux sentiments d'attachement.
c Le général de division
« OUDINOT, duc DE ReGGIO. »
« Paris, le 41 avril 1851.
« Mon cher général, j*ai lu avec le plus grand intérêt le travail que vous avez bien voulu me confier, et qui donne d'une manière si intéressante et si complète Fhistoire de l'éducation du cheval dans le désert.
« Cet ensemble de faits si peu connus, et pourtant si dignes de Têtre, permet de se rendre compte des causes vraies de la perfection à laquelle est arrivé le cheval dans les mains des enfants d'ismaël. Il serait bien désirable que, pendant que vous êtes au ministère de la guerre, le gouvernement fît imprimer cet ouvrage, où nos éleveurs trouveraient tant d'utiles enseignements.
< Recevez, mon cher général, l'assurance de mes sentiments affectueux.
« Le général de division^
« De Lamoricièbe. t .
a Metz, le 1*' novembre 1852.
« Mon cher gêne'ral, j'ai retîu votre ouvrage sur les chevaux du Sahara, ainsi que l'obligeante lettre qui l'accompagnait. Je vous prie d'agréer tnes félicitations et mes remercîments.
« Votre travail se dislingue par ces divers mérites: il renferme des documents nouveaux, exacts, variés, curieux, importants ; il est plein de charmes dans beaucoup de détails, comme les bons ouvrages de poésie et les romans les plus émouvants; il est clair, bien écrit; enfin ilfrésenle des propositions d'un grand intérêt concernant la question hippique, tant pour l'Algérie que p6ur la France*
« Vous voulez bien me demander mes avis et observations; quoique ce soit comme porter l'eau à la mer, je vous les envoie ci-dessous :
e 4° Vous parlez de Djedid comme d'un guerrier trèsredoutable. Un mot de lui le dépeintassez bien. J'avais dirigé sur les Oulad-Naïl, en 1847, une razia qui donna lieu à un combat assez vif. Djedid y avait pris part avec nous. Je lui dis en rentrant au camp. « Tu m'as déclaré, il y a quelques jours, que tu avais tué trente-trois hommes, tu en es donc aujourd'hui à ton trente-sixième, car, m'a-t-on dit, tu viens d'abattre trois Arabes. » Djedid répondit : « Quand j'ai parlé de trente-trois hommes tués, j'ai voulu dire trentetrois personnages connus, fils de personnages connus. Les trois Oulad-Naïl d'aujourd'hui sont des gens ordinaires. Pour ceux-là je n'en tiens pas plus compte que des gazelles ou des lièvres tués. J'en suis toujours au chiffre de trente-trois. »
« 11 est certain que dans presque toutes les tribus de son voisinage et même fort au loin il y a eu quelque guerrier renommé tué par Djedid. Le chiffre total de ses victimes s'élève probablement à plusieurs centaines.
« 2° Le faucon n'est pas le seul oiseau employé à la chasse par les Arabes. Nous avons vu dans un ksar du désert deux aigles de grande espèce avec lesquels on chasse le bubale, la gazelle et le lièvre. Ces aigles furent achetés et emmenés par un de nos officiers, sur le haut de la tente duquel je les vis longtemps percher.
a 3' L'attachement de beaucoup d'Arabes pour leurs chevaux est bien dépeint dans votre ouvrage. Le mol suivant le caractérise assez. Ben-Senoussi, marabout distingué du Dira, nous avait rendu d'utiles services; les événements de 1845 le jetèrent dans l'insurrection et le ramenèrent à nous; il avait éprouvé des pertes et réclamait de moi avec grande instance son cheval qu'on lui avait pris. On fit pour le satisfaire des recherches qui furent infructueuses. Je lui fis offrir
un cheval de prise préférable au sien. « Ce n'est pas, dit-il, la valeur de la monture que je réclame, c'est ma jument, fille de ma jument qui était fille de la jument de mon père. »
• 4* La selle arabe est beaucoup plus favorable que la nôtre pour le èombat. Elle gêne d'abord TEuropéen, qui n'y est bien qu'après un an ou deux de pratique continue. Elle n'a pas, comme la nôtre, l'inconvénient de laisser échapper la couverte en arrière dans les courses longues et vives, si on ne ressangle pas à propos. Elle fatigue moins au galop le cheval et le cavalier qui a le corps penché en avant. 11 est à remarquer que cette inclinaison du corps au galop est usitée chez tous les peuples et dans les professions qui ont la réputation de tirer le meilleur parti du cheval : tels senties Arabes» les Turcs, les Persans les Tartares, les Cosaques et les jockeys montant des chevaux de course.
« Nos spahis français se trouvaient très-bien de la selle arabe, ainsi que du mors arabe, qui est simple, puissant, solide et employé maintenant par tous les officiers d'Afrique. Ils n'avaient pas adopté Téperon arabe, qui est d'un effet très-énergique, mais dangereux pour le cheval parfois, et impossible à porter à pied. La selle arabe a uneT exagération de hauteur pour la palette et le troussequin, ce qui n'a pas lieu dans la selle turque. Généralement on peut passer la main entre le corps du cheval et la sangle de la selle arabe; le cheval a par suite la poitrine libre, mais cela crée une difficulté pour monter à cheval; aussi la politesse arabe estelle alors de tenir l'étrier gauche pour empêcher la selle de , tourner. Quoique la selle ne soit maintenue que par le frottement et l'équilibre, les cavaliers se penchent parfois près- î que horizontalement dans les fantazias. ^
« Anciennement l'usage du bouclier placé au bras gauche a pu déterminer à monter le cheval du côté droit, surtout avant l'usage peu ancien des étriers. Le bras droit libre permettait alors le grand effort nécessaire pour sauter en selle.
Quand le bouclier a cessé d*étre en usage, quand Ton a porté à gauche soit un long sabre pendant, soit des pistolets, il était préférable de monter à gauche, comme nous le faisons. Dans rOrient on monte toujours à droite, ainsi qu'en Algérie; Par suite la crinière est placée à droite. Chez nous la crinière pend à gauche, sauf pour les chevaux de race auxquels on conserve par là, malgré Tinconvénient qui en résulte pour monter en selle, le cachet des étalons remarquables amenés d'Orient pour régénérer les races. C'est une mode analogue à celle de la queue coupée. On avait fait cette mutilation aux premiers étalons arabes amenés d'Orient pour empêcher le renouvellement des vols pendant le trajet dans le désert, en rendant les chevaux méconnaissables et moins séduisants; la queue coupée prit faveur comme type encore des trèsbeaux étalons venus de l'Orient.
« L'adresse de quelques cavaliers dans le tir du fusil à cheval est aussi surprenante que chez nous celle des tireurs distingués, qui à la chasse abattent d«s oiseaux au vol en envoyant leur coup sans presque prendre le temps de viser. J'ai eu dans les spahis d'Alger un des trois cavaliers les plus renommés du pays; il faisait partirau galop son serviteur portant une pipe dont le tuyau était engagé en arrière dans l'encolure du burnous et dont le foyer dépassait la tête de deux centimètres environ, il poursuivait au galop, tirait et brisait d'une balle ce foyer de pipe.
« On a fait cette remarque dans les marches de cavalerie, les chasseurs sont généralement mieux montés que les goums, cependant, au pas, ils sont toujours dépassés par les goums ; cela tient sans doute aux selles, qui placent l'éperon et les pieds de l'Européen loin des flancs, tandis que chez l'Arabe ils joignent les flancs et tendent à animer le cheval.
« Les Arabes peuvent, sans descendre de cheval, débrider pour faire boire et rebrider ensuite. Dans cette circonstance, j'ai vu un cavalier qui fut emporté par son cheval, sans bridoj
]'étais inquiet de Tissue de cette course, je cherchais et ne trouvais pas de bonne solution; je fus très-élonné en voyant l'Arabe se rendre immédiatement maître de son cheval, Tarrêter court, puis le rebrider; il lui avait suffi de jeter sur les yeux de Tanimal le pan de son burnous et de Tempêcher ainsi de voir.
« 5** Les vétérinaires arabes sont infiniment moins instruits que les nôtres, mais ils ont pour beaucoup d'occasions d'excellentes pratiques. Je puis citer ces deux exemples personnels. Savais un très-beau cheval qui eut un écart de la cuisse; d'habiles vétérinaires militaires le traitèrent; au bout d'un an il était boiteux et déclaré devoir rester tel. Je le fis voir à un vétérinaire arabe qui me dit qu'il le guérirait en mettant le feu en dedans de la cuisse; son opération réussit, et le cheval rendit de bons et longs services. Une autre fois, mes chevaux, en mon absence, furent replacés dans leur écurie qui avait été inondée, aussitôt que Teau eut disparu. Ils tombèrent tous malades des boulets, paturons et sabots. L'un mourut, trois guérirent. Un autre, qui était excellent, fut après huit mois de traitement déclaré incurable. Je me décidai à regret à le vendre; aucun Français ne l'eût acheté; un Arabe m'en offrit mille francs et m'affirma qu'il le guérirait. J'exigeai qu'il consultât le vétérinaire arabe; tous deux dirent que c'était facile à guérir. Je pris de nouveau l'avis d'officiers et de vétérinaires habiles qui trouvèrent la boiterie incurable. Je n'acceptai qu'un prix minime, persuadé que l'acquéreur se trompait. Il guérit parfaitement et promptement ce cheval qui, trois mois après, fut vendu dix-huit cents francs, et les valait.
•* « Il eût été fort désirable qu'un vétérinaire français pût étudier et faire connaître les procédés des maréchaux arabes; dans les spahis d'Alger j'avais décidé à ce travail M. Richard, notre vétérinaire, qui est devenu en 4 849 représentant du Cantal. C'était unjeune homme intelligent, instruit, studieux,
LETTRES ADRESSÉES A L'AUTEUR. 4u5
il parlait l'arabe; déjà il avait recueilli des données intéressantes quand il fut rappelé en France. Pareille mission pourrait être avantageusement renouvelée.
« 6* Les tribus nobles du désert sont pour la guerre par rapport aux autres tribus, comme en Europe la troupe de ligne par rapport aux populations armées. Aussi dans le Tiltery, Tusage est-il que des tribus ou des familles non nobles payent de temps immémorial une redevance à certaines tribus, familles ou chefs nobles, pour avoir leur protection . Les payants se nomment Adoumi; quand on leur manque, ils s'adressent à leurs patrons, lesquels doivent leur faire accorder réparation en employant leur influence, et, si cela est nécessaire, en combattant pour eux. Cette institution était fort utile; elle tend à tomber depuis que notre autorité a établi le calme dans le désert; elle redevient en grande vigueur quand les troubles renaissent.
« V Les épis et couleurs des chevaux donnent, selon les Arabes, des indices très-utiles. Ils attachent assez d'importance à Tépi qui est à la hanche; selon qu'il est haut ou bas, le cheval, disent-ils, est bon ou mauvais coureur.
Nous avons vu, depuis quelques années, un cultivateur préconisé et récompensé par le gouvernement pour avoir trouvé une manière de juger avec presque certitude si une vache sera bonne ou mauvaise laitière d'après les épis de la cuisse. Il est possible que les indices des épis aient aussi pour I les chevaux plus de valeur que nous ne lé supposons. I « Vous indiquez les rayons supérieurs des jambes comme ; devant être longs pour les bons chevaux, d'après l'opinion des Arabes. J'ai toujours entendu dire par eux qu'ils considéraient la longueur du canon comme l'indice d*un galop rapide. Quand l'Arabe achète un cheval, toujours il lève un pied de devant et l'applique contre Tavant-bras pour juger si le talon dépasse l'olécrâne, ce qui paraît un bon signe. Les Arabes habiles m'ont fait remarquer que la gazelle, le
bubale, qui courent irès-bien, ont les canons excessivement longs; c'est encore ainsi dans le cerf et le chevreuil. Il m'a paru que les chevaux algériens très-rapides avaient le canon long ; en Europe, Topinion opposée prévaut.
« 9® La grosseur qu'ont au cou-de-pied les cavaliers arabes montant très-souvent à cheval n'est pas une exostose, c'est un épaississement de la peau qui présente aussi parfois une bosse de deux centimètres de saillie.
« iO* Les chevaux trouvent dans les bivouacs des tribus nomades les avantages suivants : Teffet fortifiant de Pair extérieur; la respiration d'un air Don vicié; tous les trois ou quatre jours environ un sol vierge de toute souillure; une large place quand Tanimal est attaché; la faculté de s'ébattre quand il est en liberté; l'animation tenant au spectacle des choses extérijeures; des exercices vifs, forts, variés par le service courant; les fantazias, la chasse, la guerre; l'intérêt, les sentiments de la vie domestique, le cheval étant comme le chien, sous les yeux et dans l'intimité de la famille; une nourriture très-variée selon les temps, les circonstances et le pays; enfin une vie fortifiante, variée, agréable, animée. Si la tribu est placée sur un bon terrain par rapport au sol, à Feau, à Tair, aux pâturages, les avantages en sont d'autant plus grands.
a Dans nos écuries, la chaleur est souvent excessive ; l'air est peu renouvelé : les miasmes, les insectes tenant à une longue station et à l'agglomération sont malsains ; la contagion est plus puissante; les guérisons sont plus difficiles; la nourriture toujours la même n'est favorable ni au goi^t ni à la santé; les maîtres, ou les chefs, ne voient que rarement les chevaux; les cavaliers soignant les chevaux changent souvent et n'ont aucune connexion d'attachement pour eux ; aucun ne connaît le passé de son cheval et ne s'occupe de son avenir; ils rudoient plus qu'ils ne caressent; les chevaux sont pour eux, comme la machine à vapeur pour lo
chauffeur, l'objet de devoirs dont le côté pénible n'a pas de compensation ; le cheval fait quelques exercices, presque toujours les mêmes, sans nulle animation ; il est dans une condition analogue à celle des forçats, sauf qu'il est moins souvent au grand air; l'ensemble tend à le rapprocher autant que possible d'une machine.
« Notre cavalerie a eu dés détachements qui ont fait plu- , sieurs campagnes d'hiver. Dans Tinsurrection de 1845 à 1846, elle a été presque en entier dehors tout l'hiver qui a été fort rude ; nous supposions tous que les chevaux maintenus au bivouac malgré la neige, la glace, la boue, la pluie et le vent, seraient complètement perdus. Nous avons vu avec un très-grand étonnement ces résultats : les chevaux qui n'ont pas été trop surmenés, qui ont eu leur orge assurée et qui étaient munis de couvertes, se portaient mieux que s'ils eussent chaque jour couché dans des écuries.
« Tous ceux qui ont vu revenir des troupes d'expéditions durant trois, six et douze mois, ont été frappés de l'air do bonne santé et de vigueur qu'avaient les hommes.
« Les meilleurs chevaux connus sont ceux de l'Arabie, et ils sont toujours au bivouac; l'ardeur du soleil ne leur nuit pas. Dans le nord de FAsie, il y a des races très-distinguées qui sont toujours au bivouac, malgré les froids les plus rigoureux. En Europe et en France même, il y a des chevaux qui sont, ou toujours, ou très-souvent au bivouac ; même l'hiver ; on remarque qu'ils ont de très-grandes qualités.
tf Le sanglier est un animal fort, énergique, rapide, brave, intelligent. Le porc est faible, lourd, inintelligent, sans ^ énergie. Tous deux sont issus de la même race initiale, qui s'est perpétuée pendant des siècles pour Tun au grand air, pour l'autre dans les maisons.
f Si une famille de sangliers était installée comme nos porcs, après quelques générations elle deviendrait comme ces derniers. Si une famille de cochons était placée en li-
berté dans les bois, au bout de quelques générations elle reprendrait les qualités qui distinguent le sanglier.
« Les conséquences de la vie au grand air, animée, variée, puis de rbabitation dans les maisons, sont bien caractérisées par ces deux états d'une même race initiale.
« Le cheval vivant au bivouac des nomades est, par rapport à nos chevaux vivant à l'écurie, comme le sanglier par rapport au cochon quant à l'hygiène, aux habitudes, à la force, à la vitalité, à la rapidité. Le cheval du nomade a même une hygiène supérieure à celle du sanglier, car à l'avantage du grand air, de l'animation, et de la variété de nourriture, il joint celui d'aliments et de soins plus complètement appropriés au but de la plus grande vigueur à obtenir.
« En élevant les cochons on se propose d'arriver au résultat du lard et de la chair : onne tient à la vigueur digestive que comme moyen : le but est atteint. Pour le cheval, c'est le contraire, on ne tient pas à la chair; mais à la vigueur, soit pour traîner de lourds fardeaux, soit pour faire des courses longues et rapides-, on désire un animal ressemblant pour les qualités plutôt au sanglier qu'au cochon. Par suite la vie hygiénique du cheval doit se rapprocher plus de celle du sanglier que de celle du cochon. Il lui faut donc une vie au grand air, animée, variée, et non une vie renfermée, monotane, uniforme, morne. La première se trouve au bivouac des nomades , la deuxième dans nos écuries.
« Les Arabes pensent que le grand air est très-favorable à la santé et à la vigueur des chevaux, ainsi que des hommes; la tente met à l'abri du soleil, de la pluie, de la vue du public; mais l'Arabe ne la clôt pas comme nous, il laisse avec intention un espace vide entre le bas de la tente et le sol ; l'air a toujours un libre passage par là.
Nous tenons pour nos chevaux à les bien panser et à les soustraire aux intempéries en les mettant dans des écuries. Ce qui est certain, c'est qu'encore maintenant, malgré les
talents très-grands et justement appréciés de nos hippiatres,
V malgré les frais très-eonsidérables qui ont été faits, on s'a-
î dresse poiir avoir les meilleurs étalons aux Arabes du Nedj,
qui, comme tous les nomades, ne pansent pas leurs chevaux
et les laissent toujours au bivouac.
« Les races distinguées sont celles qui, initialement bonnes, se sont maintenues pendant des siècles dans les meilleures conditions hygiéniques. Si une population avait toujours été dans une prison, même saine, pendant deux ou trois cents ans, elle aurait certainement beaucoup perdu de ses qualités premières au physique et au moral. Nous voyons en France que les populations ouvrières, qui vivent toujours renfermées et agglomérées dans les ateliers, s'altèrent trèsnotablement et très-promptement. Nos meilleurs soldats sont ceux qui viennent des pays agricoles, où Ton est, plus que dans les autres professions, au grand air. Tous ceux qui ont vu dans nos camps les Arabes des tribus employés comme cavaliers ou muletiers, ont été frappés de leur résistance à la fatigue, malgré une nourriture très-médiocre.
<r Une loi a déterminé une limite au travail des enfants dans les manufactures. C'est très-sage, mais Teffet nuisible combattu par là est moins le travail que le mauvais air des ateliers, où les ouvriers sont trop agglomérés; car les enfants des agriculteurs travaillent plus que ceux des manufactures, et ils se portent très-bien.
« Des instructions fortement recommandées exigent dans notre cavalerie qu'on ne dresse pas les jeunes chevaux avant cinq ans au plus tôt, parce qu'autrement on les userait prématurément. Quant aux enfants, on n'agit pas ainsi pour l'éducation scolastique. Dès sept ans ils sont renfermés en trèsgrand nombre dans des salles, ils y travaillent dix heures par jour^ ils ne prennent Tair et de l'exercice qu'une heure environ, encore en sont-ils privés s'ils sont punis de pensums. Cet état anormal se prolonge jusqu'à vingt ans. On altère
ainsi profondément la santé et la vigueur de la jeunesse. Si un poulain travaillait seulement six heures par jour, d*uQ an à cinq, il serait à ce dernier âge parfaitement dressé, mais usé. Le défaut de grand air et d^exercice nuit essentiellement aux élèves de nos écoles.
ff La force des choses veut qu'en Europe les chevaux soient généralement dans des écuries; dès lors ils sont comme les populations qui depuis des siècles vivraient en prison. Il est vrai que Ton a déployé une grande habileté pour améliorer dans cette position leur nourriture et toute leur hygiène. Si les mômes talents et frais eussent été appliqués à des chevaux maintenus au bivouac, il est probable que les résultats eussent été plus remarquables.
« Le grand air réussit souvent contre la morve. J'ai été autorisé à envoyer de Madéah dans le désert des chevaux et mulets dûment reconnus morveux. Les Arabes en guérirent un très-grand nombre.
« Tout ce qui précède peut faire admettre que le grand air, Tair extérieur, a une vertu fortifiante très-puissante pour la santé et la vigueur ; que les intempéries du bivouac nuisent moins que le mauvais air des écuries; que, pour les hommes et les chevaux, les plus fortes races sont celles du grand air, tandis que les races qui en sont privées sont généralement d'autant plus faibles qu'elles subissent plus Tinfluence du mauvais air.
« Si Ton posait cette question : pour obtenir d'un cheval qu'il acquière toutes les qualités dont il est susceptible, ou pour constituer en cinquante ans une race la meilleure possible, faut-il pour le cheval ou les éléments de la race à former, employer les écuries ou le bivouac? les Arabes répondraient que le bivouac donnerait, toutes choses égales d'ailleurs, de meilleurs résultats; leur opinion peut paraître fondée. ^ « Cour former de bons haras en France, il serait impraticable de les constituer en nomades ; mais en Algérie, où il
y a de nombreuses populations nomades, probablement or gagnerait à les utiliser comme ressource spécialement précieuse pour relever la race chevaline, en s'attachant parti culièrement à des tribus qui seraient placées sur les terrain^ les plus favorables par les qualités de Tair, de Feau, des pâturages, et qui se distingueraient par les meilleures habitudes hippiques. 11 y a plusieurs chefs arabes renommés déjà par leurs haras: ils accepteraient probablement avec empressement toute mesure tendant à améliorer leurs races chevalines.
«f Probablement les beaux étalons se conserveraient mieux dans ces haras nomades' que dans nos écuries; les jeunes chevaux s'y développeraient certainement mieux; on éviterait de très-grandes dépenses, en choisissant convenablement dès chefs arabes, en les aidant pour qu'iîs se procurent de beaux étalonsf à utiliser pai* eux et par lé public, enfin en formant beaucoup de haras nomades privés, au lieu de grands hàraà^ de rÉtat plsrcés presque inévitablement dans de moins bonnes conditions.- Pour remplacement de ces derniers, la condition indispensable de la sûreté exclura le plus souvent celle très-importante delà salubrité' la plus parfaite.
« Il y aurait avantage, ne fût-ce que pour comparer, à employer simultanément les deux moyens ; peut-être conviendrait-il de faire dé grands frais poiir obtenir de nombreux haras nomades privés placiés dans d*^excellentes conditions, et des frais moindres pouf de rares et peu considérables haras fixe^ de rÉtat établis dans des localités aussi salubres que la sûreté le permettrait.
Recevez, mon cher Général, l'expression de ma bien affec* tueuse considération.
<( Le général de divisioriy commandant la 5* division militaire, ancien gouverneur général de VAlgérie par intérim,
« Marey MoNGEy comte de Pélpze. #
a Saumur^ le 18 janvier 1852.
« Mon cher général, si je suis un peu en retard à vous remercier de Fenvoi que vous avez bien voulu me faire de votre ouvrage, les Chevaux du Sahara, c'est qu'après l'avoir lu avec curiosité, j'ai voulu le relire avec l'intérêt qu'il mérite. C'est donc avec conviction que je viens vous dire aujourd'hui que cette publication est un véritable service rendu aux progrès de la science hippique. J'ai étudié votre œuvre, non-seulement avec l'attrait qu'elle inspire et excite en nous faisant connaître des mœurs qui nous sont étrangères, mais avec la pensée d'y trouver une instruction réelle. Je ne me suis pas trompé; et, je vous le dis avec la franchise de la camaraderie, je me suis instruit en vous lisant, et j'ai trouvé d'excellents éléments d'étude pour l'école que j'ai l'honneur de commander. Ce n'est pas tout, j'y ai trouvé la confirmation de nos meilleurs principes équestres et d'éducation chevaline, confirmation bien puissante puisqu'elle émane des habitudes d'un peuple essentiellement cavalier, qui a bien plus suivi les indications de la nature que les livres. Nos professeurs auront à vous faire de nombreux emprunts, que vous permettrez, je l'espère, et d'autant plus, qu'ils seront pour les progrès d'une arme à laquelle vous appartenez, et qui est heureuse de vous comp* ter dans ses rangs. Notre bibhothèque n'a qu'un exem< plaire de votre ouvragé : à mon avis, ce n'est pas assez, et nous désirons tous que M. le ministre de la guerre nous en alloue six, afin que nos nombreux élèves, qui deviendraient vos très-nombreux lecteurs, puissent en profiter.
« Veuillez agréer, mon cher général, la nouvelle as-
surance de ma considération distinguée «t affectueuse. < Le général de brigade, aide de camp de VEmpereury commandant V École de cavalerie^
« Comté DE GoYo:«i *. »
« Alger, 7 avril 1854.
« Mon cher général, j'apprends avec un plaisir extrême que vous allez faire paraître une troisième édition de vos Chevaux du Sahara. La faveur marquée avec laquelle ce livre a été accueilli par le public témoigne du haut intérêt qui s'attache à une question sur laquelle vous avez porté la plus vive lumière et que vous avez vulgarisée pour ainsi dire. Personne n'a comme vous le talent de dire de bonnes choses en les présentant sous des formes séduisantes, et dans vos écrits le brillant du coloris ajoute un charme de plus à la vérité de l'histoire .
(( J'ai lu et relu votre livre; vous l'avouerai-je, j'ai cherché à vous trouver en défaut, à vous prendre en flagrant délit de contradiction avec ce que je sais des Arabes, de leur caractère, de leurs mœurs, de leurs usages, et je dois reconnaître que vos portraits sont toujours saisissants de ressemblance et d'exactitude.
« L'histoire de l'éducation du cheval dans le désert n'a pas seulement un mérite historique incontestable, les documents qu'elle renferme ne sont pas seulement curieux et intéressants, nos éleveurs sauront y puiser encore d'utiles enseignements, de précieuses leçons pour l'élève du cheval et la régénération de la race.
(( Voulez vous me permettre d'ajouter une modeste
* Aujourd'hui général de division, commiaadant Taroiée d'occupation à
Rome.
pierre à un édifice déjà si complet? En ce cas, je vous adresse une recette pour guérir les vessigons ^ Elle est en I grande réputation chez les Arabes. Elle diffère un peu de celle que vous avez consignée. Plusieurs expériences ont été faites sous mes yeux : elles ont parfaitement réussi. Je tiens le procédé pour infaillible^ et, si vous voulez en faire profiter vos lecteurs, je vous le donne, vous pouvez le prendre de confiance.
« Puisque Toccasion se présente, mon cher général, je veux ausî?i vous faire compliment sur votre Sahara algérien^ que nous avons bien des fois consulté dans nos dernières expéditions du Sud. Vos appréciations géographiques ont été très-utiles à nos commandants de colonne, et votre carte leur a servi de guide pour pénétrer dans les lointaines régions dont vous aviez fait, uniquement par ren" geignements, une description dont Texaclitude tient du prodige. Je suis resté saisi d'étonnement et d'admiration en voyant que la position assignée dans votre ouvrage à Ouargla, ville située à plus de deux cents lieues de nos côtes, différait seulement de quelques lieues de celle que les levés topographiques de nos officiers d'état-major on indiquée, et j'ai compris tout ce que ce magnifique travail avait dû vous coûter de scrupuleuses et patientes recherches. Tous ceux qui connaissent les Arabes, qui savent combien leurs assertions sont souvent contradictoires, apprécient la persévérance active et intelligente qu'il vous a fallu déployer pour obtenir des résultats aussi extraordinaires. « Recevez, mon cher général, l'assurance de mes sentiments affectueux et dévoués.
« le général de brigade^ commandant la cavalerie indigène de Varmée d'AfriquCy
a YusDP *. »
^ J'ai reproduit cette recette à la page 213.
* Aujourd'hui général de diyisioD, commaDdant la providce d'Alger.
a Paris, le 19 février 1851.
« Mon cher général, je vous remercie de m'avoir communiqué votre ouvrage sur les chevaux du Sahara. Je ne doute pas qu'il ne soit lu avec intérêt par les officiers de cavalerie et par tous les amateurs de chevaux.
« Si quelques coutumes paraissent ne devoir être attribuées qu'aux croyances superstitieuses des indigènes, il faut reconnaître que, dans leur langue pittoresque, lea Arabes expriment le plus souvent, sur l'éducation et l'appréciation des chevaux, des idées d'une justesse incontestable, qui sont pour eux le résultat d'une expérience traditionnelle. C'est d'après nature qu'ils dépeignent le cheval de race^ le buveur d*air, et le portrait qu'ils en font est bien celui d'un cheval essentiellement propre aux combats et susceptible de foifrnir des courses longues et rapides. Puisque ces chevaux existent dans l'étendue de nos possessions d'Afrique, il faut les trouver, dût-on les aller chercher jusqu'aux dernières limites du désert. Ce sera un service de plus que nous aura rendu l'armée d'Afrique : transportés sur notre sol, ces chevaux précieux deviendront le type d'une race pure indigène.
« Quant à l'opinion émise au chapitre qui traite de la monte, de la gestation, etc. : La jument n'est qu'un sac dont on retirera de Vor quand on y aura mis de Vor^ mais dont on ne tirera que du cuivre si on n'y a mis que du cuivre^ je suis loin de la partager; mais il convient de la produire sous toute réserve et de rechercher si elle n'est consacrée que dans le Sahara algérien, contrairement aux convictions établies chez les autres peuples de l'Orient. 11 serait possible que ce fût une des causées de l'infériorilé relative du cheval barbe, comparativement au cheval arabe proprement dit*.
* Celte opinion du général Descarrièrês, je crois l'avoir combaltue vic-
806 LES CHEVAUX DU SArfARA ET Lfc^ MŒURS 1)U DÉSERT.
« Je VOUS engage donc, mon cher général, à ne pas tarder à faire paraître un ouvrage qui ne pouvait être fait que par vous, et qui aura en ce tiiothéili tout lé mérite de Fôpportùnité, puisque le gouteïnement est à là Veille de faire dès sacrifices considérables pbur se procurer des types de reproduction d*drigihe orientale.
i Recevez^ iftdn cher général, là nouvelle assurance de raffection bien siucère de Votive tout dévoué.
i le général directeur di^ la cavalerie au ihinistêfe dé Id giiérréy V. DEscARRiÈto. »
a Saumura 18 septembre 1852.
i Mon général^ danâ vôtre si intéressant ouvrage sur lés chevaux du Sahara, vous faites pénétrer le lecteur dans la vie intime des Al*abes; voils faites connaître les systèmes de ce peuple cavalier pour élever, dresser et juger les chevaux. Votre livre, tticfn général, ne renferme que de |)récieux documents; et iâi vous avez la tilodestié de dire qùè vous ne venez pas antiëncer que ceci est bofi, que ceci est mauvais^ mais que, bôti ou ttlëtivais, voilà ce qiie font les Arabes, je mè permettrai de vous répondre, sans crainte d'être démenti par les hommeà vraiment pratiques, qu*àbieri peu d'exceptions près, tout est bon, très-bon, et frappé au coin de la vérité.
« Quand on aura commenté ces documents, la conviction devra être complète, fet Ton restera j^èrsuadé que Ton doit avoir foi dans Ifes idées, les préceptes, Texpérience d'un peuple dont la vie et la religion sont dans lé cheval auquel il a su conserver sa noblesse et sa pureté primitives.
« En Europe, les hommes qui élèvent le mieux leurs che* vaux, qui en tirent le parti le plus avantageux, mettent en pratique, suivent en tout point les principeé arabes.
torieusement dans les chapitres qui ont pour titra ie Cheval barùe^ et de l'Étalon et 4e la hrmt.
LEnilES ADRESSÉES A L'AUTEUR. 507
«Malheureusement, en France, ces prccet)tes sont aùjoutd'iiui bien éparS. Pour rimiiièiise géndfalité, tddt ce qui touche à l'élève, à l'éducation, àti dressage dd cheval, n'est plus connu, ou mal corhpHs.
« L'drt équestre, ah si noble, si Utile, si indispensable, pour mettre eii valeui* là production chevaline, h'esttiltls ni honoré, ni pratiqué dans notre pays. Lés écoles chargée^ iîè transmettre àiltt-ëfcliâ lés boritte^ èi anciennes traditions n'existent plus. Nou§ n'avotis plus ces anciennes âcadémier; dirigées par des hommes de pratique, d'éxpéi*iënce, dont lei Conseils et rèxeinplé profitaient non-sduletnent au gentilhomme destiné â la carrière des artne^, inais ericorë â rhomme du peuplé qui, Une fbis itistruit, allait porter son savoir dans les pays d'élèves, et assurait ainsi par une éducation rationnelle et progressive lé débouché dé cette ptô^ duction.
a De tout ce passé il n'eiislé plils rien; l'art équestre, sous le point de vue de son utilité réelle, ii'a pîtls d'interprété. On ne peut donner le titre d'écuyer à èes hommes qui n'exigent du cheval que des excentricités et qui, âti liéii de songei à leur conservation, ùe travaillent qu'à les ruiner.
« Si d'iin côté les principes sages et raisonnes de l'àri équestre se sont effacés dans notre pàyS, d'autre part Félèvé du chévôl s'est déplaôé, et est toihbé presque gdriéralémeni dans la main dil ferriiiér, qui û'élève dit cheval de sellé qu'à son corps défendant et quand il y est contraint par là nature dû sol qu'il exploite. ^
« Ne coïiiprétiant rieii à ce genre d'éducation, n'ayant plus b secours de ces Cavaliers, de ces hommes pratiques qui, [)l us que jatnais, leur seraient indispensables, ils se contentent de nourrir tant bien que mal leurs chevaux et les laissent vivre sans soins j sans culture aucune, dans un état presque sauvage.
a Vous voyez, mon Général, ce que peut produire un
pareil système. Ce manque d'éducation première rend presque toujours le cheval difficile à réduire. De là résultent des tares, des maladies inflammatoires et une grande perte de temps pour la mise en service. Aussi l'acquéreur, qu'il soit marchand ou consommateur, s'éloigne de notre production ei va demander à TAllemagne et à TAngleterre le cheval que l nous ne savons pas préparer.
(( Par patriotisme, le ministère de la guerre estaujourd'hui en France, le seul acquéreur du cheval de selle français. Ce patriotisme lui coûte cher, grâce à celte lacune dans Télevage, car le cheval de troupe est d'ordinaire forcé de rester au moins deux ans dans les dépôts avant d'être capable d'entrer dans le rang; et encore combien s'en trouve-t-il qui sont réformés avant d'avoir rendu le moindre service ! Je n'ose pas dire combien ce nombre est considérable.
« Malgré ces sacrifices énormes de la part de l'État, l'éleveur y trouve peu d'avantages. La production limitée dans les prix, comme dans ses débouchés, se réduit aujourd'hui aux besoins annuels de la remonte. Que faire, en effet, d'un excédant de produits qui ne trouveraient pas de débouchés et qui n'en trouveront jamais tant que l'éducation ne sera pas meilleure? Que résulte-t-il de cet état de chose? C'est que l'élève du cheval est en souffrance, c'est que nous restons tributaires de l'étranger, et que l'armée, malgré les sacrifices de tous les jours, est obligée d'avoir recours à lui, le jour où une remonte extraordinaire est crue nécessaire. 1830, 1840 et 1848 sont là pour prouver ce que j'avance.
(( Cet abandon forcé dans lequel nos éleveurs laissent > leujrs chevaux s'est tellement généralisé, que ce déplorable ( système est passé à Tétat de principe. Des gens dont la parole y fait foi viennent Vous dire qu'on ne doit commencer à exercer le cheval de selle que de cinq à six ans, comme si ce cheval était un être à part.
a Quant au cheval de trait, la chose se passe tout différem-
LETTRES ADRESSÉES A L'AIJTEUR. 500
ment. Dès Tâge de dix-huit mois il travaille; on remploie à la culture depuis cet âge jusqu'à quatre ans, époque où il est vendu pour faire immédiatement le service du roulage, des diligences et des malles-postes, travail auquel il est préparé d'avance et qu'il fait immédiatement. Ici, le système arabe est suivi avec moins de discernement, de soins peutêtre, mais il est suivi, et les chevaux jouissent en France et même en Europe d'une grande réputation.
« A l'endroit de l'élève du cheval de selle, mon Général, votre livre servira à éclairer celte question; il faut que les gens qui veulent en créer sachent que, pour atteindre un but profitable, il ne s*agit pas seulement de les faire naître, de les nourrir et de les engraisser, il faut encore qu'ils soient exercés de bonne heure pour pouvoir entrer au service le jour où ils sont présentés à la vente.
a Votre ouvrage, mon Général, sera commenté à l'école de cavalerie. Je vous ai demandé la permission d'en faire un extrait, afin que tout le monde en profite, afin que nos élèves se pénètrent bien de ces principes généraux du cavalier arabe, principes qui doivent devenir les leurs.
« Il y a quelquefois dés révolutions heureuses, celle que doit faire votre livre est de ce nofnbre. La question chevaline tout entière, depuis si longtemps dans l'ornière, doit enfin en sortir. Ce sont surtout les hommes pratiques qui nous manquent, et cependant le gouvernement a dans les mains tous les éléments pour remplir cette lacune; espérons qu'un gouvernement fort et stable nous permettra de relevei une industrie depuis si longtemps en souffrance.
« Recevez, mon Général, avec tous mes compliments, l'assurance de mon profond respect.
« Uécuyer commandant à VÉcoU de cavaleriCf
«D'AURB.S
* Aujourd'hui inspecteur général des haras et des écuries de l'Er/ipereur.
« Paris, le 1" avril! 852.
tf Mon cher Général, je vous remercie de l'envoi que vous avez bien voulu me faire de votre ouvrage sur les Chevaux du Sahara. Il y a longtemps que je n'ai h\ un livre qui m'ait si vivement intéressé, non-seulement parce qu'il traite du sujet qui fait l'objet de toutes mes pensées, mais encore parce qu'il a cette verdeur de sentiment et ce parfum de poésie qui, quoi qu'en disent les amateurs de positivisme, est en toutes choses le soeau divin de la vérité. Deux pages de votre livre font mieux connaître le cheval et le cavalier du désert que tqut ce qui a été écrit jusqu'jci sur ce thème brillant. Voiis peigne? la oô les autres dissèquent, vous rendez layie ^ un squelette dépouillé. Mon histoire du cheval eût eu à se louer d'un beau chapitre, si j'avais pu consulter votre ouvrage avant de la fair0 paraître; malheureusement mon siège ^tait fait H^is en lisant les préceptes si excellents que vous Qvez repfieillis de 1$ bouche du peuple le plus anciennemept hippique du monde, j'ai vu avec bonheur la confirmation de cette pensée qui s'applique si bien aux questions chevalines, à savoir : que les vérités ?ont partoul les mêmes, et que pour arriver au même buf, il faut suivre le même chemip. ]En raisonuant ainsi, ou ^'instruit par l'exemple des anciens et par celui ijes peuples qui marchent dans la bonne voie; en raisonnant autrement, on inyepte une science à soi seul qui u'a souvent d'autre njérite que celui de l'ancienneté ou de la phraséologie captieuse dont on s'enveloppe. Les Arabes, pu ^^^^h ont couiinenQé l'iustruction hippique du uionde. l] était logique d'aller puiser cbe; eux des préceptes et des enseignements ; c'est ce qu'ont fait les Anglais, qui ont succédé à leur gloire équi^str^, et les rapprochements nombreux qu'offre votre ouvrage dans les coutumes et les usages des deux nations sont la preuve de l'infaillibilité de leurs doctrines. ils ont tous deux considéré le cheval comme
LETTRES âP^ESSËÇS à ^ AUTEUR. 511
J,e plus fltile serviteur de r^pmn^e et pnt tput fait ppur développer les qualités physiques çjopt la nature Ta doué, ^'exercice gradué, quoique vjolei^t, la pourriture forte et appropriée, voilà les bases p^rincipales du système hippique de ces deux peuples : air, exercfcçy atifl food : l'^ir, Texercice et la J)onne nourriturp.
« Je ne conçois pas, mon cher Génfér^j, et ^iep n^pii|^pncpjre depuis que j'aj )u votre ouvragp, pon^j:pent il ;?e trpuve des personnes qui d|sputpn|; sqr le pheval arabp et s^r |e cheval anglais. En y regardant bien, pfl i^e rptrouvp chez les deij^ patiqijs d*au^res différepcps q|ie pelles des mœurs et du cljnjat; mais le fnaîtrp ^e la tente, comnjp voft^ditps, et le sportman anglais ^'ppt-ils pas tous deux cptte unité de foi dans une descendance purp ef cops^crpe dp génération en généralioi^ par des épreuves et un mérite rpcpnnu? N'pxigent-ils pas tops deux ce travail dy^jeyne âge, pi utile quand il n'est pas exagéré? N'proplpienl-iis pa§ tpps de.u?; cet entraînement méthodique sur lequel on ^ tant attaqué les pauvres Anglais, qui, cependant, Vayaiept pris sous la tente de? Bédouins, et qui p'est autrp chose que la préparation de lathlète des anciens jours, préludant aux combats d'Olympie? Qu'importent maintenant chez les uns et les autres quel- , ques bizarres pratique», quelques préjugés excentriques; ce qui importe, c'est l'utilité et le vrai qu'il faut aller chercher là où il est, abstraction faite des temps et des lieu^. Halheureusemept, c'est ce qu'on ne fait pas toujours, parmi nous surtout ; nous prenons souvent la mousse pour le breuvage et la forme pour le fond. Les amateurs du cheval arabe ne pensent d'ordinaire qu'à la (question du sang; ils croient rivaliser avec l'élevage du désert ep prenant un cheval et une jument sur les bords de l'Euphrate, en nourrissant le produit d'orge moulu, regrettant seulement de ne pouvoir y joindre le lait de la chamelle, tandis qu'il faudrait lui imposer dès son enfance ce travail dur et ferrible même, quo
VOUS avez si bien décrit dans maintes pages. Les amateurs du cheval anglais croient aussi franchement rivaliser avec FAngleterre, en plaçant sur le dos d'un cheval un petit homme vêtu d'une veste de soie, dont les couleurs et la coupe sont servilement copiées sur celles des jockeys de Newmarket, sans s'occuper d'imiter les savants et sérieui principes des Anglais sur le choix des localités où Ton peut élever des chevaux, sur l'utilité et la pratique du travail, sur l'éducation, le travail et mille autres choses.
ff En parlant des localités où l'on peut élever des chevaux, je me rappelle, mon cher Général, une conversation que j'eus un jour avec un célèbre hippiatre anglais, peu après notre conquête d'Algérie; il regrettait fort, pour son compte, que cette terre promise ne fût pas devenue un des fleurons de la couronne britannique : ce serait, me disait-il dans un sentiment philantropique un peu suspect, ce serait un bonheur pour le monde entier et même pour la France. « Vous n'avez pas comme nous, ajoutait-il, la science de la colonisation, et, par exemple, le premier établissement que nous eussions fondé sur la terre barbaresque, eût été un vaste haras. En y réunissant les débris les plus purs du sang d'Orient, en élevant les produits avec ce que l'éducation arabe et l'éducation anglaise ont de plus rationnel et déplus parfait, nous eussions refait les Godolphiiv-Arabian et les Barbe-Marc, qui créèrent le pur sang anglais, nous les eussions même surpassés, car on ne peut nier que sur le sol qui les a produits, avec les éléments que l'on nous eût procurés 'dans toutes les écuries de la terre, avec les secours de Texpérience et de la science, nous ne fussions arrivés à créer un cheval qui eût été la plus haute expression du sang, des qqa^ lités et de la conformation. »
(( Si la France, comprenant enfin ses plus chers intérêts, réalise quelque jour le vœu de mon Anglais, votre ouvrage, mon cher Général, y aura puissamment contribué,
LETTRES ADRESSÉES A L'AUTEIU. 515
car vous avez apporté dans cette question la lumière et la vie.
a Avant de terminer cette lettre, déjà trop longue, permettez-moi, mon cher Général, de vous féliciter de la découverte que vous avez faite : vous avez révélé au monde hippique un savant hippiatre de plus. Jusqu'à présent, l'émir Abd-el-Kader n'était connu que comme un illustre guerrier ; maintenant, les notes qu'il a jointes à votre ouvrage le placent au premier rang des hommes de science dans la question chevaline, et votre nom, sous ce rapport, est inséparable du sien.
a Agréez, mon cher Général, l'hommage de mes sentiments
distingués.
f L'inspecteur des haras,
a HouEL. »
c Paris, le 1«' juin 1856.
« Mon général, lorsque je suis revenu de Crimée, vous avez paru désireux de savoir, dans le cercle des faits qui se sont passés sous mes yeux, comment les chevaux d*Algérie supportaient la campagne, et quelle comparaison on pouvait établir entre eux et les chevaux anglais et français, au point de vue de la guerre. Je suis heureux d*avoir pu constater une supériorité incontestable en faveur des chevaux d'Afrique.
« Les chevaux de l'armée d'Orient, si souvent embarqués et débarqués, ont été soumis à de rudes épreuves qui devaient faire ressortir leurs quaUtés et leurs défauts. Dans tous ces problèmes maritimes, j'ai toujours vu le cheval d'Afrique n'opposant aucune résistance pour l'embarquement, facile au débarquement, .supporter admirablement bien de longues traversées saris être incommodé, et ne manifester îcpi'un médiocre ëtonn'ement au bruit du canon
tiré auprès de lui, sur le pont même du navire qui le portait; tandis que ses compagnons anglais ou français, quelquefois fous de frayeur, ne se laissaient hisser qu'après un long débat où les efforts et l'adresse des marins ne triomphaient qu'avee peine. J'ai été témoin de quelques acddents sérieux qui ont mis en péril la vie de plusieurs de ces chevaux et inspiré les plus vives alarmes à leurs {ntopriétaires.
Débarqué et dans le camp, le cheval barbe conservait toujours l'avantage. La vie en plein air, les entraves, le piquet ou la corde, n'étaient pour lui ni une nouveauté ni une difficulté. 11 se nourrissait plus facilement et avec moins de frais. Toute nourriture paraissait lui convenir et lui profiter.
Les chevaux anglais et français ont été, au contraire, tréséprouvés par la substitution de l'orge à l'avoine et par les chaj^gm^nt» ^ ti^mpérature. Vers la fin du séjour des aripéeç alliées à V§ma, la cavalerie $ng)aise, nos cuirassiers et nos dr^goi)^, avaient déjà perdu beaucoup de leurs jjiontqres, tandis que les chasseurs d'Afn(|ue et les spahis étaient jau grand complet* *
a j'aurais été extrêmement curieux de voir des escadroiis i^inglals exécuter, concurremment avjec nos chasseurs d'AfrijÇ^ue, une opération de guerre de longue haleine : une longue reconnaissance, une marche rapide, une déiponstration; il ne n^'a pas été permis d'en être témoin. Mais ne dois-je pa^ me rappeler ces clistances énormes franphieg en peu de jours par des escadrons d'Afrique qui allaient frapper Tennerni jusque dans le milieu du désert? Ces razyias poursuivies h fond de train pendant des journées entières? Ces charges \doni vous avez été le témoin dans la plaine d'Ëghri^ et qui, commencées le matin, ne i^'arrétèr^nt que Je ^pir? Ces trois escadrons qui, partis un jour de Gonstantine, allaient le lendemain raser des tribus
LETTRES ADBESSfSS A L'AUTEUR. 515
à quatre lieues au delà de Bathna et rentraient immédiatement à Constantine après avoir parcouru plus de cinquante ligues en depx joufs ^ans p/eriirp pp cjieval? Tous ces faits sont telLeipent fconnifs pt pjaident ^i bieji la cause de notre cavalerie afrjcaipje, que, cl^p^ rjjypQthèse A^rie ppératioij angl,o-^aiiç^Si^ combi])ée, il /est ^ien permis ^e penser que i^ $iUiés eif^se^ exp^ifné ppi^r ^lle 1^ plus fraifche pt la plus loyale af\fmf^loji,
tf JV remarquil pomefif,^ lorsque les éjtajs-nijajprç anglais et français étaient mêlés, parcourant en^eipble un terrjgijp apqidenté pu ppifverf de fjpops^ailjps, qye pos c|ieyaux d'Afriqmç, facile? à m^pier, i^cj^'oitç let irtfelligents, fr^nc^ssaipfft tou§ Ijbs obstacles avep beaucoup moins de peine que les ar^giai^, qu| ^es eussent dépendant batf^us sur un terrain de courses, et qijj, d^ps ces cjfcop^Jt^peç, Içur étaient r/èel^en^ent infériçqr§.
« pnfin, pf^pn gépépal, Vtiïyef qjff Vfen|: dp passep si rudement sur la iCrj^iée rpe Piar^ ^'argupiep); le plus poncli^i^f^t qu'on puis^p ^dpeftrp pu ffjyeur dif cheval barbe. Il a supporté ^i v^pîoneusen^ent celte terfible épreuve, où ses compagnons ont sijccpmb^, q|u*il f^t, sops peine de passep ppur pvej^gle, accepte^ ceffe y^rité : Le chpval d!^fn(me ^t en ce montent le type^ iu cliev^l dp guerfe.
A Ponnepf à vpi^s, jflpp S^W^h (^'S^oif <|éfppdu Je prp- ^er et prppagé .cptt^ vérijé qijf «§f dp§f;inée à pendre ïjn immense service à notre payg.
(i Veuillez agf éer. mon général, re;|[prje^çi^op de ptia rpsppctueusp ^fectipp.
« Le HaUenant-colonel d' état-major , %
« G. DE PliiUIE ^ * Aujourd'hui colonel, chef d'état-major de la 16« divUion militairo,
c Pans, le !•' mars 1861.
« Mon cher général, avant de vous avoir connu, ainsi que VOS ouvrages, j'avais publié le premier volume d'un livre assez considérable sur l'étude complète du cheval.
« Le jour où j'ai eu Thonneur de vous être présenté, j'avais lu attentivement les Chevaux du Sahara, et je vous ai dit : « Général, si j'avais connu votre livre avant de faire « I^ mien, il y a beaucoup de choses que je n'eusse pas « écrites. »
(L Je voulais vous faire un compliment, sans doute ; mais, outre votre bienveillance, j'ambitionnais votre estime, et une louange banale ou un désaveu stérile n'étaient pas ce . qu'il me fallait pour cela. J'ai dit alors ce que je voulais dire, et aujourd'hui je l'explique.
« Oui, il est beaucoup de choses que je n'eusse pas écrites; les unes, parce qu'elles se trouvaient déjà dans les Chevaux du Sahara, aussi bien et mieux dites que je ne pouvais les dire ; les autres, parce que je retrouvais chez les Arabes des pratiques que j'avais vues et approuvées chez les Anglais; or, qu'elles viennent d'Arabie ou d'Angleterre, de Birmingham ou de Mascara, peu importe, si elles sont les mêmes et bonnes. Mais il y a plus. Je ne vois pas pourquoi ces analogies d'opinions et de pratiques entre les Arabes et les Anglais ne seraient pas attribuées aux emprunts faits par ces derniers.
« C'est, en effet, par le sang arabe que les Anglais ont commencé et continué le perfectionnement de leurs esftces, la création de leur race de course (raœ-horsé). Pourquoi n'auraient-ils pas puisé chez les premiers maîtres du cheval arabe les premiers principes de l'art de soigner, ^ d'entraîner, d'élever, dans lequel ils nous sont aujourd'hui si supérieurs?
^ ^ véritable patriotisme consiste, non pas à vanter ses
concitoyens, mais à leui' être utile si Ton peut ; non pas à avocassQT en leur faveur, mais à combattre avec eux ou â les éclairer de ce qu'on sait. Eh bien , selon moi, le général Daumas fait aux Français le même reproche que moi. Je dis : « Pourquoi faites-vous mal, puisqu'on fait bien en « Angleterre? » Le général dit : « Pourquoi faites-vous mal, « puisqu'on fait bien chez les Arabes? » et comme au fond nous disons la même chose, il me semble que j'ai raison.
a En parlant de la race arabe, dont Mahomet est réeHem'ent le créateur ou le régénérateur, j'ai dit que ce grand génie n'avait rien négligé pour inspirer à ses sectaires le goût du cheval, dont il sentait toute l'importance ; voilà une de ces choses que je n'aurais pas dites si j'avais eu connaissance des trente premières pages des Chevaux du Sahara.
€ Cette idée y est développée et appuyée de mille preuves aussi incontestables qu'intéressantes et curieisses.
« Par contre, le chapitre des races (page 53) m'eût beaucoup servi à donner une idée des variétés africaines; car, n'étant pas voyageur, il m'a fallu réduire mes études sur les races étrangères aux documents qui portent en eux le cachet de la vraisemblance et de l'authenticité.
« La partie qui traite de l'élevage n'est pas seulement une narration curieuse et intéressante; c'est un traité à Tusage de nos éleveurs, à la seule condition de savoir le lire; malheureusement cela n'est pas donné â tout le monde.
« Ceux qui savent lire y verront qu'il faut attacher la même importance au père et â la mère ; que l'essentiel n'est pas d'accoupler des animaux parfaits, conune il n'y en a guère, mais des individus qui se conviennent, ce qui est toujours possible avec de l'intelligence. Ils verront les précautions à prendre pour assurer la conception, précautions si utiles, si efficaces, que, dans mon expérience d^ trente ans, j'ai vu arriver ceci ;
:fl8 LES CHEVAUX DU $MIA|U ^T LES KEUES BU DÉSERT.
a Jum^nis .envoyées par n^oi à des étalons étranga^ : 6ur quatre, une de pleine ;
(( Jumef^tç jë^rangèriss amenées p}iQ^ moi i mes ^lons : S]i|r trois, uiye jde pleine tout au p)us ;
« Junjj^tç i)[i>pp^rtenant ftu m*étant ppn8é^§ pour être livrée^ à f^e^ ét^lpns | ma gui§Q : cinq sur çix; fiy^nt, l)ie,if jBptep4H» U faculté 4fi refuser pelte9 quft je savais 4*av^cp impropres à lia reprod^cjtipn.
|[ Jç i(^ PWn*Ms p^s affirmer qm d90s les 30)113 donnés fiux poi^aip de lai( tout soit ppnfonnQ h Oies Hées; mais ^ qu*il y ^ d|B sOr, c'est qu^, si tout le monde suivait en i^rance ces pratiquep, ^éievag^ 3er^t incomparablement Willjeiir.
« V éducation d^ poulain forme i^n chapitre qui a, à mes yeux du moins, le caractère le plus singulier. Lorsque je lisais au cpllége le pjejit livre de Tacite injitulé Germania, il me vint, CQmfPQ à tout le monde, l'idée que c'était une salirje; qu'à chaque jèlogp prodigué auy Germains pour une vertu qijielc,onqup, op wn nsage respectable, il fallait ajouter mentalement, len ipanijère de Utanie : « Ce n'est pas comme ça jchez les Pon^aii^.
« Intention que je prêtais peutrêtre fort gratuitement à Tacite. A pieii pe plaise que je me permette de faire dire au général Doumas ce qu'il pe à\i pas. J'en prends hardiment y responsabilité et je dis -
« Tojji|tç l'édpc^^ipn dp poulain ar^be diffère essentiellemept de J'é(J|i|cation de nptr^e poulain normand; je cite la Normandie parce que 1^ Nprmandie eôt encore le pays où Ton pro4tf Jt Je mieu^ et Je pljus. Tous les chevaux bédouins qjue j'ai jflowtés étaient dociles, francs sur la main, faits depuis Jongtefnps et aptes à tous services en proportion rie leurs moyiens individuels. Le poulain français est, à cinq ;?ns, mou, lour4, pial^droit et rétif. 11 faut que lui ou son cavalier tombe. Sans décider §'il n'y aurait pas au monde
une manière supérieure à celle des Arabes, je dis avec regret en lisant ce chapitre : « Ge n'est pas comme ça chez c nous. »
« Les principes du cavalier arabe ne m'ont pas appris | grand*chosé, parce que j'ai quarante ans d'expérience et ifVLe j'ai appris tout cela par moi-même; mais, il y a trente ans, j'aurais été bien étonné de voir mes professeurs dire de si bonnes choses.
« Le chapitre de nourriture et hygiène, bien lu, ne portera pas le lecteur européen à donner à son cheval du lait de chamelle, mais à donner judicieusement 1- avoine, parce que Vorge du matin va à là litière^ et Vorge du soir à la croupe, ^
« J'ai entendu tant de gens me dire : « Je vais aller vite et « loin; j'attends pour partir que mon cheval ait mangé !!! »
« Les robes ont toujours été l'objet d'une mnnie chez moi; j'ai ri de Thiroux, qui ne voyait dans la couleur qu'une chose aussi indifférente qu'un papier d'antichambre. J'ai ri de ceux qui ne veulent que le zain. J'ai ri de ceux pour qui Vœil est tout. J'ai lu avec curiosité les poils et les éléments de Grison, les poils et tempéraments de Solleysel; j'ai moimême corrigé les nomenclatures des robes de Bourgelat, de Saumur et d'Alfort, que je trouve vicieuses, et, en lisant le général Daumas, j'ai retrouvé tout ce qui m'avait plu chez les anciens, tout ce que j'avais reconnu vrai.
<( Oui, l'alezan vole dans les airs;
« Oui, le bai tombe dans les précipices sans se faire mal;
« Oui, le noir ressemble à la négresse du Soudan;
« Oui, le blanc fond au soleil;
« Oui, le rouan est une mare de sang;
« Oui, le jaune de juif est indigne d'un gentilhomme;
« Oui, le pie est le frère de la vache.
« Et cependant j'ai eu des chevaux pie que je préférais à de certains bais bruns.
« Les balzanes postérieures sont un indice de bonheur. Le belle face porte son linceul avec lui.
« Si vous riez, je vous prierai de remettre votre hilarité à trente ans d'ici et d'étudier en attendant comme je l'ai fait
« La ferrure se fait à froid en Algérie comme en Angleterre; les Arabes sont-ils anglomanes comme moi, ou les. Anglais ont-ils pris les habitudes arabes? qu'est-ce que ça me fait?
a On a beau me dire que la corne est mauvais conducteur du calorique, axiome assurément fort agréable en chimie; quand je vois appliquer un fer tout chaud sur le pied d'un cheval vivant, je dis avec les Arabes : « Voilà les chré- « tiens qui mettent de l'huile sur du feu. »
« Et puis TArabe ferre à lui tout seul; et puis il ne ferre jamais que deux pieds à la fois; et, si un fer s'égare, il déferre Tautre pied.
(( Quant à l'art vétérinaire, aux maladies connues et inconnues en Europe, je laisse ces choses-là à examiner aux hommes dont la compétence est officielle.
« Quant au parti à tirer du cheval indigène, je me rappellerai cet axiome d'agriculture : qu'un fermier habile qui change de terre a besoin d'expérimenter plusieurs années son nouvel établissement, et je me garderai de tout éloge et de toute critique.
« Si le cheval indigène est llble et précieux tel qu'il est, il faudra beaucoup de soins pirc: le préserver des changements et des prétendues amëlJk^fbtions que l'on ne manquera pas de tenter. .
a Je ne parlerai ni des chasdM, ni des lévriers, ni des guerres du désert, ni de rien de je qui n'est pas ma spécialité.
(( Il m'est toutefois impossible de ne pas relever ici certaines observations curieuses que le lecteur attentif doit remarquer.
« Par exemple, la maladie qui affecte le cheval frappé d'orge, qui était connue des Grecs, et que Xénophon signale dans son traité d'équitation, maladie qui se reproduit chez nous, quoique avec moins d'intensité, lorsque Tavoine est mal administrée.
(( Le remède appliqué à la boiterie de la cuisse, consistant à attacher le cheval par le paturon et à l'obliger par des coups de fouet à de violentes tractions, cette recette était connue sous Louis XIV, et Solleysel en parle dans son Parfait Maréchal, 11 appelle cela (aire tirer l'épine. Pratique empruntée, selon toute vraisemblance, à la maréchalerie espagnole, qui la tenait des Maures.
a Enfin, la chasse à l'autruche et à la gazelle dénote jusqu'à l'évidence à quel point les Arabes apprécient l'avantage et la nécessité de prëoarer graduellement les chevaux à un exercice violent.
« Cette préparation, largement entendue, constitue l'entraînement.
« Il serait temps que la monomanie et le pédantisme des spécialités arrivassent au résultat d'utilité générale que toute chose doit avoir pour l'homme sage, qui fait son profit de tout.
« Mettre un cheval à même défaire une lieue en moins de cinq minutes, à un jour donné, n'est pas assurément une science dont l'application soit d'un usage habituel et général.
« Mais rire du résultat en lui-même, nier l'utilité de^ courses et le talent de ceux qui les gagnent, est non-seulement un ridicule, mais une grande faute.
« Mettre une cavalerie nombreuse en état de paraître avec effet sur un champ de bataille éloigné du point de départ, est aussi une tâche importante et belle, puisque la victoire et le sort des nations peuvent en être la récompense; et qu'est-ce autre chose que la science de l'entraînement appUquée à un objet spécial?
5W lES CHEVAUX DU SAHARA ET LES MŒURS DU DÉSERT.
f Qu'on apprenne cela à Epsom, en courant le derby, ou en Afrique, en chassant Tautruche, qu'importe à. Thomme de sens?
« Je ne suis pas un amateur passionné des chevaux arabes; je serais plutôt enclin à les déprécier, vu les circonstances où j'ai toujours vécu, me trouvant en France, où leurs qualités sont d'un emploi secondaire, et où je trouve d'autres espèces qui répondent mieux à mes goûts et à mes besoins.
f II y a plus : je suis porté à croire que les chevaux d'Afrique ont subi une dégénération et de funestes changements qui les éloignent beaucoup du véritable type arabe.
« Trouverait-on en Afrique des étalons capables d'améliorer nos chevaux français, comme on peut le faire avec le véritable type de la haute Asie, comme je l'ai fait moimême? Incontestablement, oui. Mais en quelle quantité?... Ceci est une question importante, et sur laquelle un homme étranger comme moi à l'Algérie ne doit pas se prononcer.
« Il est une autre question bien autrement importante, et qui se divise en deux parties distinctes.
« L'Algérie étant à nous avec ses races telles qu'elles sont, on peut, sans s'inquiéter d'importer ici le type algérien pour le conserver pur ou le croiser, on peut, dis-je, penser à faire de l'Algérie un dépôt perpétuel de remontes pour notre cavalerie, en faire le haras mihtaire de la France, comme la Sicile fut autrefois le grenier de Rome. — Première partie de la question.
« Le cheval d'Afrique est-il réellement le meilleur cheval de cavalerie légère, ou même de cavalerie de ligne?... Pourquoi pas?... Le général Lawœstine m'a dit avoir vu, en 1810, des dragons supérieurement montés avec les petits chevaux espagnols des montagnes de la Ronda.
LETTRES ^DflBSSËES 4 ).' AUTEUR. 523
« Au reste, d^s lessais se f^U et je me tairsâ pour lais, iser les soldats choisir eux-rïijSmes leurs cheyaux comme leurs ^rmes.
(( La seconde partie de la question, la voici : La principale conditipif pour élever uji cheval, c'est le feire à bon marché; autrement, le jipeiUeur soi est toujours celui qui fait l'animal le plus vigoureux. Faites des fi^r^ en Be^pce, en Brie, et (|e là sortirent nécessairement les meilleurs chevaux.
« Pourquoi ne le fait-on pas? C'est que la terre employée à nourrir un cheval peut rapporter, avec une autre culture, beaucoup plus que ne vaut ce cheval, si excellent qu'il puisse être.
^ Cela ppsé, il (Bst évident que l'Afrique, par son éloignement niême, jBst apte, et doit J'êtrp jougtjemps encore, jà donner des produits d'un écouleoient plus difficile que le^ terrains situes dans le voisinage des grandes villes européennes et au centre (Je la civilisation.
« Donc, l'Algérie peut élever pour l'exportation, à la coudition toutefois que l'anirp^l produit plaise au consommateur à qui ,qn le fquniit.
« Pourqupi donc rAlgérJjÇ ne ^QnueT^}t'e\}e pas, outre son cheya! tel qu'il est, d'autres typjes susceptibles de remplacer chef nous diss animaux dont lia prpduptipn pst plus chère, à cause de la plus-v^Iue des tepres et de^ four-
rages?
« Quels seraient ces typejs? |q l'i^orp; je u'ai rien vu; mais il doi|;y avoir quelque pjfoçç à fi»ife daus ce sens.
« Je ne connais pas le pays} je n'y suf? attaché ni par aucun intérêt^ ni par çe^ souvenirs de gloire ynilitaire ou de services rendus, nobles enthousja^rnçg qui fpnt de l'Afrique, pour certains Français, une seconde patrie.
« Je sympathiserais à ces sentiment", qu^ud ce ne seraient que des illusions; jpais il est impossible, ^yep l'esprit
le plus froid et le plus sceptique, de se défendre de ces aspirations dont le but est, après tout, de voir nos intérêts nationaux profiter de la gloire et du sang de ses compatriotes.
f C'est là, ce me semble, le meilleur esprit de conquête.
« Recevez, mon cher général, Fassurance de ma haute et affectueuse considération.
n Baron de Ccrnieu. »
< Bordeaux, 1*' novembre 18G1.
« Mon cher général, j'ai lu et relu très-souvent, et toujours avec un nouvel intérêt, votre ouvrage sur les chevaux du Sahara. Un long séjour dans la haute Asie, pendant lequel j'ai reçu l'hospitalité sous la tente d*un grand nombre de tribus, m*a permis de l'apprécier à sa juste valeur. Tout ce que vous dites sur les mœurs des Arabes, ainsi que sur le cheval, ce compagnon inséparable de leur existence, est vrai, rigoureusement vrai; permettez-moi, cependant, de vous donner encore quelques renseignements : ils ne pourront que corroborer ce que vous avez écrit sur un sujet qui peut exercer une si grande influence sur l'élève et réducation du cheval dans notre pays.
« Oui, vous avez raison, cent fois raison, quand vous dites que le cheval arabe peut la soif y peut la faim^ qu'il porte sans peine des fardeaux très-lourds, et qu'aucun cheval n'est capable de dominer aussi bien que lui la feligue, les misères et les intempéries. En voulez-vous une nouvelle preuve? La voici :
» Quand j'étais à Ninive, ma tente était placée sur les bords du Tigre, et j'avais à côté de moi la tribu Makhsen ^Bachi-Bouzouf) des Nattas, Eh bien, les chevaux de ces
genslà étaient maintenus au bivouac par des entraves, et, sous rhorrible soleil d'Asie, ils restaient constaoïment sellés, je puis dire constamment, car on ne les dessellait qu'une fois par jour pour les panser. Après le pansage, on les faisait boire, on leur pendait ensuite au nez une énorme musette pleine de paille hacbèe, recouverte par une abondante ration d'orge; puis on leur replaçait la selle sur le dos.
c Mais ce n'est pas tout : après plusieurs mois d'inaction, un ordre de départ arrivait-il à l'improviste, voilà les chevaux des Haîtas qui entraient en campagne, et qui, du pays d'une atroce chaleur, allaient sans transition aucune se transporter dans les montagnes glacées du Kurdistan ou de l'Arménie, but ordinaire des expéditions. Ils y rencontraient le froid, la faim, la soif, la neige, l'insomnie, de^ chemins épouvantables, la longueur et les difficultés des parcours. — A leur retour, dans quel état allaient-ils se trouver? — A leur retour, je les ai examinés tous, en détail et avec soin; leur absence avait été longue, ils avaient porté d'énormes charges, ils avaient enduré des fatigues inouïes, et leur condition était exactement celle qu'ils avaient au moment de leur départ.
« Ce qui précède, mon cher général, on ne me l'a pas dit; je l'ai vu moi-même se reproduire bien des fois pen~ dant mes quatre années de séjour chez les Arabes dé la haute Asie, d'où je conclus que, si le cheval anglais est le premier cheval de luxe et d'hippodrome, le cheval arabe est sans aucun doute le premier cheval de guerre du monde entier.
• Les plus beaux chevaux des contrées que j'ai parcourues, dans la haute Asie, sont ceux du Nedjed, où l'on ne reconnaît que cinq familles de vrai pur sang :
« 1*^ Les Kohilet'Adjom (cette famille, réputée la première, est nombreuse);
« 2*^ Les Heudeban Ez-zaî;
« 5*^ Les Saklaoui'ben-Djedrane (celte face est presque éteinte : en*1855, il n'en existait plus que deux juments; Tune se trouvait auprès de Damas^ chez lé cadi Berri-Sakeur, et l'autre chez les Anézés; son maître s ap|)elie Bfert- Soudam Tersabéhha);
« 4'* Les Ouadina-Korassâna;
a 5° Les Hamâania-Samery.
n Les Arabes du Nedjed sont; aux autres Ahibes, (3ë que les Anglais étaient ain autreâ Etut>péenSi il j a ctuarailte ëtl cinquante ans, quand^ seuls encore, ils estitÈaieilt et employaient le pur sang. C'est dire qu'ils sont d'Une faicfoydble sévérité pour les accouplem^ts, et Qu'ils ainlent mieiit perdre une jument que de la déshonorer par une médalliance.
« Dans la haute Asie, quel n'a point été mon étonnentélii quand j'ai vu tous les sais arabes (groom) siffler en pansant les chevaux, ne pas se servir de l'étrille, et mettre en pra^ tique tous les moyens que nous connaissons pour rendre le poil Usse et brillant.
« Si l'on pouvait transporter à l'improviste uii sportsman français sur les bords du Tigre, il serait bien surpris de voir passer de chaque côté de ce fleuve de beaux cavaliers arabes tenant à la main un petit stik (tchacoum) à bec recourbé, montés sur leurs chevaux bien enveloppés d'ex« cellenles couvertures, de camails, et les pt-éparafat à la course par les meilleures méthodes d'eiltràinëmeiit. Ils ne se servent du trot que comme passage du pas au galop ott du galop au pas, et, chose plus curieuse encore, quand ib trottent, ils trottent à l'anglaise; ce qui revieftt à dire tOut simplement que les Anglais trottent à l'arabe.
« En résumé, mon cher général, en fait de chevaux et d'élevage, pendant mon long vovage en Asie, j'ai acquis la conviction que les Arabes» avec leur vieilto expérience hip«
pique, n'ont eu besoin de rien prendre à personne, tandis que les Anglais ont tout emprunté aux Arabes.
« Recevez, je vous prie, mon cher général, l'assurance de ma haute considération et de mon entier dévouement. « L inspecteur général des haras^ « Petiniàud. »
Fin
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