BULL-TERRIER
Le bull-terrier a été fabriqué en croisant le bull-dog avec le chien à renard à poil ras; c’est un terrier à tête de bull. Mordant, tenace, rageur, emporté, d’une vigueur et d’un courage à toute épreuve, très-musclé et infatigable, on peut le lancer sur telle bête qu'on voudra. Il mordra, et sa morsure est telle qu'il tient tête même à celle du renard et du blaireau… Et ce n’est pas peu dire!
Un fait curieux, rapporté par M. le comte Le Couteulx, est qu'un lieutenant de louveterie du département de la Nièvre possédait, 1l y a quelques années, et possède peutêtre encore un équipage de vingt de ces chiens, avec lesquels il chassait la martre dans les forêts de ce département, où l’on peut encore trouver assez fréquemment cet animal, devenu rare dans les autres contrées de la France où ne s'étendent plus de grandes forêts,
On trouve tous les terriers à double comme à simple nez.
Toutes ces races sont très-portées à la chasse du rat, de la fouine, de la martre, du putois, etc., ce que nos bassets refusent absolument.
C’est à cette propension innée que l’on doit l'idée, éclose aux Anglais, d’opposer, chez eux, le terrier aux invasions de cette légion de petits rongeurs auxquels on peut laisser le nom général de souris de terre. Laissons la parole à M. E. Gayot (1).
« In’y a pas de petite question en économie sociale. Celle du remplacement d’une foule de chiens sans emploi par d’autres se faisant les gardiens d’une partie de nos ri-
(1) Journal d'agriculture pratique, 1872, t. I, p. 408.
chesses est, à coup sûr, des plus actuelles et des plus grosses.
€ On nourrit dans les campagnes un nombre considérable de chats, race abâtardie qui est devenue infidèle et qui a passé dans la classe des inutiles, voire des nuisibles.
€ Le bull-terrier n’est ni assez connu n1 assez répandu en France, où il a un rôle considérable à remplir. Il n'y a pas de balai, si bien emmanché qu’on le suppose, qui vaille, derrière la charrue retournant une terre infestée de rongeurs, un petit bull-terrier bien choisi. I n’y a pas de destructeur plus apte, plus adroit ou plus heureux de cette myriade de mulots, de campagnols ou de souris domestiques, dont le démontage d’une meule ou le nettoyage annuel des granges montre des nombres toujours plus élevés.
€ Le gros rat gris, qui en impose tant au chat que celui-ci refuse de se mesurer avec lui, est toujours vaincu par notre vaillante petite bête, qui méprise ses vigoureux coups de dents, et ne le lâche qu'après lui avoir prestement cassé les reins, accident anodin qu’il paye comptant de la vie. Et la taupe! et la foumel' et le putois, et tous les scélérats qui aiment tant les habitants de nos bassescours ont affaire à lui lorsqu'ils viennent là sournoisement, pleins d’espérances, d’un cœur félon et la gueule enfarimée !..…
€ À aucun il ne fait quartier; 1l est bon et solide contre tous. Je ne lui connais ni défauts ni inconvénients ; il est digne d'attention, d'intérêt, d'affection, et à tous égards mérite une préférence très-Justifiée. »
RÈGES DIVERSES,
Mille canum patriæ, dit le poëte Gratius contemporain d'Horace. Autant de pays, autant de gibiers divers, autant de chiens courants; mais je suis heureux d'apprendre par les récits des historiens et des poëtes, que la gloire des chiens de ma patrie ne date pas d’hier. Le poëte Gratius, déjà nommé, consacra cette célébrité par un hexamètre pompeux :
Magnaque diversos extollit glorià celtos.…….
Les autres chiens célèbres de l'antiquité sont ceux de Péonie ou de Pannonie (Hongrie) qu'on dressait à la guerre. Il y a tout lieu de croire que le chien de Péonie n'est autre que le molosse, Viennent ensuite le chien de Laconie (encore le molosse) le chien de Crête, enfin ces fameux chiens de combat de l'Inde qui eurent l'honneur de déployer leurs talents devant Alexandre le Grand à son entrée à Babylone, et dont un couple suffisait pour porter bas un lion.
(A. ToussENEL, l'Esprit des bêtes.)
Dès que nous considérons les différentes races de chiens de chasse qui servent chez les peuples si divers de l'Europe, se présente à l'esprit la grande question des origines. En effet, tous les peuples de cette partie du monde sont descendus, aux temps préhistoriques, simultanément ou successivement, des hauts plateaux intérieurs de l’Asie ; ils emmenèrent avec eux leurs troupeaux et très-probablement leurs chiens. Faut-il donc admettre que l’influence des climats et des lieux a suffi pour modifier, aussi profondément que nous le voyons, une seule espèce ?
Nous ne le pensons pas absolument. En effet, des découvertes toutes modernes montrent que les parties centrale et méridionale asiatiques renferment, À l’état sauvage, au moins deux types de chiens différents, l’un aboyant, l’autre n’aboyant pas, et parfaitement distincts puisque leurs caractères spéciaux différentiels ne se sont
pas effacés par une cohabitation dans les mêmes régions depuis une énorme suite de siècles.
L'une de ces races porte le nom de co/sun ou de dole. Ce chien habite le Dekhan, les montagnes du Nilagiri, Balaghad, Hyderabad et descend jusque dans les forêts à l’est de la côte de Coromandel : c’est celle qui est sans voix. L’autré habite toute la contrée du bas Himalaya, depuis le Sutledge jusqu’en Brahmapoutroum, à l’est le Népaul et les Ghattes. |
Ces deux races sont voisines sans se ressembler. Le colsun est un vrai lévrier, n'ayant aucun rapport avec le chacal, le loup ou le renard, quoique sa queue soit longue et pendante. Son pelage est d’un beau brun-roux, presque noir aux pattes, aux oreilles, au museau et au bout de la queue. IT a les oreilles effilées et droites, le museau long et pointu. Le buansu ou buansuah est roux aussi, mais son ventre est jaunâtre. Il n’a que six molaires à la mâchoire inférieure, tandis que le colsun en a huit. Ses oreilles sont également longues et droites, ses pieds sont couverts de poil jusqu'en bas, et sa queue se termine par un bouquet de poils roides.
Chacune de ces espèces se soumet bien à la domesticité de l’homme, le buansu mieux que l’autre, ce qui le fait regarder comme l'espèce primitive d’où serait descendu le chien apprivoisé par l’homme. II s'attache bien à son maître et le sert à la chasse ; seulement, il n’obéit qu'à lui, et se jette au besoin sur les autres chasseurs. Le colsun est beaucoup moins sûr et, quand il chasse à courre, 1l lâche pied et se jette sur les chèvres et les moutons. e
Quoi qu'il en soit, nous voici en présence de deux races parfaitement distinctes, ne se fondant pas lune dans l’autre depuis des siècles pour constituer une race mixte, et dont les descendants existent certainement en Europe. Il n’en faut pas plus pour rendre compte des différences que nous constatons, surtout lorsque, depuis une longue suite de siècles, les circonstances de climat et de mœurs ont pu s'ajouter aux divergences originelles.
Nous laissons de côté les chiens des îles asiatiques, lesquels n’ont probablement point pu être amenés en Europe avec les premiers Aryens. On a encore reconnu là trois autres espèces : l’adjack ou chien rutilant, le nippon où chien de Java et le chien de Sumatra.
Ce qui corrobore notre manière de voir au sujet de l'introduction en Europe de souches de chiens asiatiques, c’est qu'il n'y a point lieu de douter que, de toute antiquité, les chiens étaient en grande estime chez les Aryens, nos pères.
« Le monde ne subsiste que par l'intelligence du chien », dit le Vendidad, la partie la plus ancienne et la plus authentique du Zend-avesta. Or, tout le monde sait que cet ouvrage est l’un des premiers monuments historiques de l'humanité. Il est certain qu'à l’époque où ces mots furent écrits, l’homme encore sauvage et le chien d'alors se complétaient à chaque instant pour la subsistance commune, non-seulement par la chasse, mais par la garde et la défense des troupeaux.
Ajoutons au chien sauvage que nous avons cité le dogue du Tibet, superbe espèce habitant les plateaux de l'Himalaya et ayant pu être amené aussi par les
Aryens en Europe et devenir encore une des souches de nos chiens actuels. L'aspect de ces dogues est effrayant : ils sont énormes et doués d’une force considérable : leur queue est touffue et dressée, leurs oreilles pendantes, leurs babines relevées par devant et pendantes sur les côtés. Ils sont noirs et à poil long, L'ensemble de tels caractères éloigne encore davantage cette espèce du colsun et du buansu que ces deux espèces ne s’éloignent l’une de l’autre. Rien ne répugne d'admettre que cette race soit devenue, à travers de nombreuses.transmutations, la souche de nos chiens du mont Saint-Bernard et peutêtre des espèces de montagnes, Alpes et Pyrénées.
Un des faits les plus curieux qui ressort de cette étude , c'est que nous suivons en quelque sorte pas à pas la marche des Aryens vers l’ouest par les lévriers qu'ils laissent derrière eux et dont nous avons constaté que la souche probable, le colsun, s’est, jusqu'à nos jours, perpétué sans mélange dans leur pays d’origine. Des plateaux himalayiens, nous voyons diverger deux races de chiens très-semblables ; lune, marchant avec les hordes du nord, l’autre, servant aux peuplades qui se dirigeaient vers le sud-ouest, et restèrent arrêtées par le Tigre et l’'Euphrate. |
C’est ainsi que nous signalons comme tête de race, d'une part, le lévrier russe, et de l’autre, le lévrier persan. Si ce dernier revêt un poil doux et ras, il faut en chercher la cause dans la chaleur du climat qui l’a dépouillé de la dure robe du colsun. L'autre au contraire, sous les froids du continent européen, s'habille d’une
fourrure longue et épaisse, tel que nous le voyons en-
core, sans quitter ce vêtement préservateur, jusqu'en Écosse et en, Irlande.
Une certaine difficulté se présente pour expliquer la présence, dans le Taurus et le Kurdistan, d’une race à poil rude que l’on y connaît. Viendrait-elle du lévrier persan? Mais, 1l paraît certain à beaucoup d'auteurs que les Aryens n’ont pas dépassé la vallée du Tigre. Viendraitelle du plateau d’origine de la race sémitique ? Ici nous sommes obligé d’avouer notre ignorance absolue. Maintenant, n’aurait-il pas existé un autre centre de production de la forme lévrier? Les chiens de cette espèce, que les Égyptiens connaissaient et ont recherchés de toute antiquité, venaient-ils de persans ayant traversé le grand désertet passé l’isthme de Suez, ou descendaientils des énormes lévriers nubiens que nous trouvons encore dans ce pays ? Et, de même, le frileux sloughi vientil de persans à poil de plus en plus ras ou de nubiens à robe douce? Ces questions ne sont point oiseuses; si elles étaientrésolues, elles jetteraient un jourtout nouveau sur les grandes migrations de l'humanité. Tant il est vrai que tout se tient en ce monde, et que la marche des nations peut être révélée aussi bien par les races animales qu’elles laissent derrière elle, que par les monuments dont les ruines marquent un jour leur passage.
Revenons à l’'émigration du nord; vers la mer Noire, une branche se dirigea au sud-ouest, suivie de ses lévriers à poil rude; bientôt nous voyons ceux-ci perdre, en Grèce, sous le climat chaud et doux du pays, l'habit bourru des montagnards et revêtir la robe luisante et mince de l’animal qui ne craint plus le froid.
En Grèce le lévrier chassait encore le gibier de haute lutte; mais peu à peu il arrivera en Italie, et s’abâtardissant toujours il deviendra le /évron poltron et frileux qui ne saura plus chasser que le lapin.