SÉLECTION
Le père et la mère choisis doivent avoir au moins deux ans accomplis : nous ne sommes point partisan des unions trop hâtives, mains nous trouvons qu'à huit ans faits les reproducteurs sont déjà trop âgés pour obtenir couramment des produits de premier ordre. Nous n’en exceptons que quelques cas particuliers ; par exemple, s’1l s’agit de sauver une race, etc. Si nous étions sages, nous apporterions, comme les Anglais, des soins tout particuhers et les plus méticuleux à la sélection des lices. Leur généalogie — pedigree — avant tout, doit être soigneusement consultée, afin de permettre au veneur d'atteindre un bon résultat — performance — dans le produit qu'il médite de composer.
. Jamais on ne demandera une descendance à une chienne, harrier ou foxhound, quelque belle qu’elle
soit, si elle n'a pas fait preuve de réelles qualités sur le terrain, pendant au moins deux saisons de chasse ; et encore, cette condition remplie ne suffira pas sans un peu de pur sang, au moins une bonne race et surtout des formes parfaites. Il ne faut pas oublier que les cas de chasse exceptionnelle sont assez communs, même chez les métis et les corniaux; mais, quelque bonnes qu'elles soient par elles-mêmes, jamais, pour un veneur, pareilles femelles ne devront fournir de petits.
On le voit, nos voisins sont très-scrupuleux en fait de descendance, parce qu'ils ont acquis la certitude que de là dépendaient non-seulement les qualités les plus sérieuses, mais encore les formes les plus belles. En somme, ils ont raison. Les soins à donner à toute portée sont les mêmes, les chiots d’une lice de race ou ceux d’une bâtarde reviennent au même prix. Ont-ils donc la même valeur? Évidemment, non. Tout est dit alors.
C’est pourquoi, dans leurs appareillages , ils cherchent non-seulement les qualités les plus élevées chez la mère, mais encore ils veulent que le père augmente les bonnes tendances de la chienne, et enfin qu'il déracine les défauts qu’elle peut avoir.
Si, par exemple, la chienne est trop petite, ils Lui Sa cheront un étalon de grande stature, et réciproquement :
de même, si elle est effilée de taille, on choisira un mâle de fortes proportions de ce côté. Est-elle faible et mince du pied? on lui donnera un chien remarquable par sa membrure solide. C’est en suivant opiniâtrément ces principes, c’est en veillant attentivement aux croisements successifs, c’est en ne négligeant aucun des soins pos-
sibles que les Anglais sont parvenus à atteindre les désidérata qu'ils voulaient réaliser.
Après l’accouplement, les lices peuvent encore chasser pendant trois ou quatre semaines ; mais, vers ce moment, elles ne doivent plus être exposées à blesser leur fardeau qui commence déjà à se montrer et à les rendre lourdes et de courte haleine. On leur donnera dès lors autant de liberté qu'ilsera possible, ou, si l’on est obligé de les enfermer, on leur fera prendre régulièrement de l'exercice, sans quoi leur santé, et par suite la santé de leur portée, souffrirait de cette absence de mouvement.
Au moment où la délivrance approche, il est bon de laisser la chienne se choisir un liteau dans un coin tranquille du compartiment qui lui est destiné et où on lui fournira une ample litière. Il faut surtout éviter d’amener les lices à engraisser; il suffit qu’elles soient maintenues en bonne condition. Le premier état est mauvais et dangereux; le second, au contraire, est très-favorable.
Au bout de soixante-deux jours, la mère entre en gésine. Il faut lui assurer dès lors la plus grande tranquillité, car beaucoup de lices se montrent si nerveuses qu’elles détruisent ou dévorent leur progéniture à la moindre alarme. Le valet de chiens qui les à soignées pendant leur gestation doit être la seule personne qui pénètre auprès d'elles; et encore, doit-il toujours regarder au judas avant d'ouvrir la porte. Il fera bien, néanmoins, de visiter plusieurs fois la mère en travail, car celui-ci est quelquefois si long qu'on ne doit point négliger d'aider la mère par quelques stimulants dont
nous donnons des exemples au chapitre du Chien malade.
Aussitôt que les petits sont nés, on doit donner à la mère un peu de bouillie claire de gruau d'avoine à peine dégourdie, puis au bout de trois ou quatre heures un peu de bouillon ou de lait chaud.
Les petits chiens s'élèvent tout doucement en tétant leur mère jusqu'à l’âge de trois ou quatre mois. A ce moment les Anglais font subir l'opération d’arrondir les oreilles à leurs chiens d'équipage, afin, prétendentils, que les épines et les ronces des bois ne les leur déchirent pas. En France, nous sommes fiers des oreilles de nos toutous, et nous les respectons absolument. Ce qu'il y a de plus singulier, c’est que les forêts d’Angleterre sont loin d’avoir le monopole des ronces et des épines. Elles sont fort peu fourrées auprès de celles de la France et de l'Allemagne, de l’Autriche surtout, de la Russie évidemment, pays vraiment forestiers et où l’on ne coupe nulle part les oreilles des chiens courants! À notre avis, 1l faut voir là bien plutôt une mode perpétuée des ancêtres traditionnels qu'un usage vraiment motivé. C’est absolument comme chez nous, en quelques provinces où les paysans se mettent des boucles d’oreille pour guérir par avance ou empêcher, disent-ils, des maux d'yeux.…… qui ne sont pas plus communs chez eux que chez leurs voisins aux oreilles intactes!
Cependant, comme un certain nombre de venears, dans notre pays, ont empli leurs chenils de chiens anglais, et tiennent à conserver les us et coutumes d’outre-Manche, nous allons leur donner quelques détails sur
l'opération du rounded, ainsi qu'on l'appelle. Enlever l'oreille, tout à fait causerait aux chiens un grand pré- Judice : les terriers essorillés ne servent jamais au couvert, parce que l’eau leur entre dans les oreilles et que la peau délicate de l’intérieur n’a plus de protection. Au lieu de cela, on peut tenir un juste milieu convenable laissant assez de l'oreille externe, pour garantir l’intérieure.
Cette opération est très-facile ; elle ne demande qu'une main sûre et le soin de ne pas couper les deux bords inégalement longs. En se plaçant derrière la nuque de l'animal, on saisit fortement et ensemble les deux couches de peau, en ayant soin de ne pas les laisser se rouler l’une sur l’autre, puis on les coupe en rond avec une paire de ciseaux courts. Avant l’âge de trois mois, il serait assez difficile de n’enlever que juste ce qu'il faut de l'oreille, car il y a certaines races qui donnent, à ce même âge, une croissance très-différente de l'oreille.
En France, nous n’enlèverions une partie de l’oreille à nos chiens — sauf les bull-dogs et les bull-terriers — que dans les cas de chancres rebelles où d’ulcères cancéreux ; etencore.. dans ces cas, l'opération est trop souvent douteuse; car le virus cancéreux est dans le sang presque toujours.
La déchirure des oreilles par les chancres, chez les chiens d'équipage, se traite par l'application d’un petit fer rouge ou par une légère entaille au bistouri qui guérit rapidement et facilement. Les déchirures par les ronces se guériront le plus souvent toutes seules quand le sang est bon. Elles sont d’ailleurs loin d’être aussi communes qu'on le supposerait d’après la doctrine an-