‹ Les chiens du MontSaintBernard melodrame en cinq actesChapitre 12 sur 79 · SCENE IX · texte numérisé non relu

SCENE IX

M. «r M-'TIUBAUDIER, ALIX.

u m * tu ibai'Dier , arrivant à ton tour.

Ah çé ! monsieur Thibaudicr, vous déménage* donc la boutique, que cc Pierre travaille depuis le poiot du jour é trimballer des malles et des ballots? Et aujourd’hui encore, vous serez cause que le malheureux sera damné, et vous aussi, car vous avez manqué vêpres.

TWBAUDIRR.

Soyez sans inquiétude pour son salut et pour le mien, j'ai des indulgences pour nous deux. (//*< retourne ver * la jeune fille. ) Eh bien, mon Alix, le sermon vous a-t-il intéressée?

ALIX

Oui, beaucoup mon oncle; je l'ai suivi avec upc profonde attention.

M"* TMBAUDISR.

Et cela ne la regardait pourtant point; car le prêtre nous a parlé des devoirs de la femme ce* vers son mari.

TRIBACDIER.

Un jour ou l'autre ces devoirs -lé seront le» siens comme les vôtres. Elle aurait pu môme le* remplir avant peu, si elle avait voulu agréer U proposition do mariage qui m'a été faite pour elle il y a huit jours.

TtlIOU'DIF.R, A Alix r.

C’est vrai que tu es bien difirilo! éconduire u» gentilhomme... ce» taincincni, j’aimais... ob! léde tout mon carur... monsieur Thibaudicr ‘l u4E

LES CHIENS DU MONT-SAINT BERNARD

nous nous sommes marias!... mais si un seigneur avait demandé ma main avant la rérémonic... ma foi, l’idée do devenir grande dame...

tiiisacdier.

Je vous remercie de la préférence alors.

ALIX

Moi, ce n’est pas au rang que je liens, ma tante; et votre bon ménage me prouve tou» les jours quo l'éclat des titres et de la naissance n'est d’aucuno utilité pour le bonheur ; n'csl-cc pa*. mon oncle T

TIIIBAODIER.

Cela dépend tout-A-fail des positions. Ne trouvez-vous pas que l'air est doux et la soirée superbe? on commence A respirer! Donne-nous des chaises, mon Alix, nous allons jouir un peu du beau temps devant la porte.

Avec plaisir, mon oncle.

Elle entre dans I j maison.

M ne THIDACDIER.

Je vais rentrer un moment pour savoir si Gisqucltc a préparé le souper d’abord.

tuibacdikr, la retenant.

Cesl inutile; je vieusde lui dire tout-A-l'hcure de n'en rien faire.

■ ma TUIDACDI es .

Oh! ce u’est pourtant pas vigile et jeûne.

TII1BACDICR.

Mous ne soupons pas ici.

urne tUIBaCDIER.

Qu’cst-ce que vous dites donc, monsieur Tbibaudier? Comment! nous allons en ville, et je n’en sais ricnl Chez qui donc soupons- nous?

TUIBACDIER.

Vous le saurez quand nous y serons.

alix, revenant.

Voilà des chaises.

TAIDACDIER.

Eh bien, prenez place.

M®* TOIBACOIER, à Alix.

Conçois-tu, mon enfant, que nous toupions en ville, et que ton oncle ne veuille pas nous dire ou ?

ALIX

Ma tante, il est le maître; vous savez que le prédicateur nous a dit que l'obéissance absolue était dans le devoir de la femme.

tuibacdieb, s'asseyant ainsi que les deux femmes.

Il aurait bien dû dire quelque chose aussi sur les devoirs du mari.

THIBA OBIER.

Les devoirs du mari, ma chère, je vais vous 1rs apprendre, sont de travailler avec ardeur pour faire vivre honorablement sa famille, et de veiller A ce que rien n’en trouble la tranquillité. Mou travail et vos bons soins de ménagère intelligente nous oui donné assez d’aisance pour exister d’une façon convenable partout où nous irons; il ne

nous manque plus qu’un endroit où nous puissions couler tranquillement le reste de nos jours, et c’est à quoi j’ai pourvu en bon chef de maison. tu idaudicr.

Je rcndsjjusiicc A tous vos mérites, monsieur mon époux, mon seigneur et malts el mais vous tenez donc toujours A quitter Grenoble cet automne ?

TiiiBAVOisn, se rapprochant des deux femmes

Êcou lez-moi bien : oui, le séjour do Grenoble devient dangereux pour quelqu'un de nous.

alix, a part.

Comme il me regarde !

M“° TUIBACDIER.

Si vous vouliez nie dire comment et pour qui?

thibacdirr.

Je vous le dirai quand nous en serons dehors. thibacdirr.

Mous avons encore le temps d'attendre.

tdibacpier.

Mais pas beaucoup.

M ne TUI*ACDIER.

Cependant, A moins que vous n'ayez avancé le départ...

TUIEACOIER.

De trois mois juste.

ALIX

O mon Dieu, mon oncle !

M®' T ni BAUOIE R.

A votre compte, nous partirions donc demain nu après ?

TIIIOAUDIER.

Aujourd’hui mémo.

U-* TIIIBACDIRR.

Ah! vous vous moquez de nous!

TIIIB \ UDI LR.

Avant une heure, lien certainement.

alix, tremblante, et d'une voix altérée.

Ma tante a raison, vous voulez vous amuser A nos dépens , n’csl-cc pas? c'est une plaisanterie pour nous faire peur?

TDIBAODIER.

Quelle peur cela pourrait-il vous faire?

M me T I1IDAUDIER.

Peur... je ne sais pas... mais vous ne nous foret pas croire que vous laisseriez votre boutique, au* meubles! Ou ijo part pas comme on so retrouve; on a son linge, »cs habits, enfin tout A ranger.

THIBACDIER.

Tout est rangé, étiqueté, empaqueté et emballé, linge, habits, vaisselle, effets; ceux de la nièce, de la tante, les miens, même ceux de Gisquette... la boutique est vendue. Je n’attends plus que Pierre pour prendre la dernière caisse, et nous nous metlrous en route tous ensemble. (Alix, qui l'écoutait attentivement, posesamaiu sur scs yeux, pâlit et chancelle , prés de tomber de sa chaise.) Eh bien ! ma uiccc, qu'avez-vous ? qu’tst-cc qui vous arrive ?

h®* tuibacdier , se levant pour aller à Alix.

Mais dam, l’étonnement, la surprise; elle se trouve mal , cl je ne tais pas pourquoi je n’on

MAGASIN THEATRAL

foi* pas autant ; vous jetez ça au nez des gens... Nous partons ! comme nue tuile sur la tôle. Comment voulez-vous que ça ne donne pas un coup T. . . J'en suis suffoquée aussi... sur iua foi, car enfin, nous partironsdouc sans prévenir, sans dire gare... en cachette?

tbibaudier, qui s' est levé aussi

C'est nécessaire.

H»e T n IBACDIER .

Ainsi nousquitterons nos amis, nos voisins, nos iabitudes, comme de vieilles pantoufles qu'on laisse 14 ?

TBIBAUDIER.

J'ai voulu que cela fût ainsi.

aux, impétueusement et deboét.

C’est impossible, mon oncle; ( avec fermeté) je ne partirai pas... ( baissant les yeux sous le regard sévère de Thibaudier et d'une voix tremblante ) je ne peux pas... je ne veux pas partir.

TBIBADDIEIt.

Le chef de la famille i seul des vouloirs, ma nièce, et lorsqu'il commande, il ne souffre pas do résistance. Celui qui vous a préebé tantôt les devoirs de la femme envers son mari vous a dù dire que pour être bonne épouse et bonne mère il fallait avoir été d’abord enfant soumise et obéissante. Obéissez donc.

alix , suppliante.

Mon bon oncle I

YUIBAUDIKR.

Descendez en vous-méme, demandez-vous si c'est pour votre tante et pour moi que j'ai pris tous les soucis du voyage improvisé que nous allons faire I et vous voudrez bien me dire ensuite ce que votre conscience vous répondra.

ALIX

Eb bien! oui, oui, c'est à cause de moi seulo tout ce que vous faites ; vous avez lu dans les secrets de mon cœur; mais c’est inutile, il est trop tard, écoulez-moi, que je vous dise a genoux... thibaudier, la retenant.

Voyez donc où nous sommes. ( Elle essaie de parler encore.) Assez, je neveux rien entendre, je veux que vous parties, je le veux.

alix, accablée.

J’aime mieux mourir.

YHIBACDIBR, à part .

Lo mal est donc plus grand que je ne pensais. ( Il entraîne vivement Alix à i avant-scène ) Mademoiselle. (A sa femme qui le suit.) Laisse z- ( nous un moment, femme, dites votre chapelet ou t vos prières du soir; ceci ne regarde qu’elle et moi. (M n * Thibaudier rentre. A Alix.) J'avais pensé qu’il suffirait de mon autorité pour me faire obéir; puisqu'elle est vaincue et que ma tendresse même ne trouve pas d'écho dans votre cœur, je dois vous parier un autre langage.

alix, en larmes.

Daignez me permettre...

TBIIAUDIER.

Ne m'interrompez plus, mademoiselle, car les titres de nièce et de fille, vous m’obligez à voua lo

dire avant le temps , ne pourraient être que d’affection entre nous, ils ne vous appartiennent point, vous n'étes pas la fille de mon frère.

alix , stupéfaite.

Qui suis-je donc, mon Dieu 1

thibaudier, tirant de son sein un parchemin.

Votre destinée est 14, tracée par un mourant. alix, prenant la lettre d une main tremblante.

Ma destinée? {Thibaudier insiste du geste, elle lit.)

• Le duc de Cressac a son ami Tdibacdi&r,

* osrtvRR a Grenoble.

» Mon cher Thibaudier ,

• Lorsque tu recevras ce message, j'aurai paru » devant Dieu , car ma vie est 4 son derniei » terme, la science cl la religion mel'ontannoncé, » je n’ai plus que quelques heures 4 vivre. Demain » celle que j’ai confiée 4 les bons soins, mou Alix, » ma fille chérie, sera orpheline. Bénis-la pour » son père! ( Silence . Reprenant.) Bénis-la pour » son père, car elle n'a plus de protecteur au •» monde que mon premier ami d’enfancc. »

tbibaudier , prenant la lettre et lisant avec elle.

■ C’est 4 sa vieille affection que je remets, que » je confie toute l'autorité paternelle du duc de » Cressac! • (// parle.) Voyez ce que vous êtes, ce que j'étais 4 votre père, pesez bien ce qu’il me commande, ce n’est plus que son nom que j’invoque, ci songez que c’est de l&-haut qu'il m'entend et qu’il vous regarde.

ALIX

Ah! mousieur, mon sauveur, mon second père, pour prix de vos soins, j’ai pu vous offenser... Ah! pardon pour une insensée ; mais ingrate... oh! non, jamais, jamais, je suis prête à vous obéir, je suis préto 4 vous suivre.

tdidaudier.

C’est bien, ma fille, c'est bien, je ne vous en veux pas; vous souffrez, je vous plains; venez sur mon cœur, car vous êtes toujours ma fille.

Il l’eDiLrAssc avec Iriulrnir.

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