‹ Les chiens du MontSaintBernard melodrame en cinq actesChapitre 3 sur 79 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

"** TniBAUOlEK, IAÉTARI> .*"* **’ 1

Est-ce que c’est l’amour de ce gentil Margerin, l'imagier de la cathédrale, pour votre nièco Alix qui vous effraie assez pour vous presser si fort?

Tül B AL'DIXR .

Hum ! hum 1 je ne suis déjà pas ai tranquille de ce côté-lè, quoiqu’il ait obéi ponctuellement à l’injonction de ue plus mettre le pied à ma boutique

LIÉTARD

Il me semble que vous auriez pu vous montrer moins sévère. Margerin est un garçon honnête, modeste, bien élevé. Sa profession d’imagier, honorable et lucrative, le met en bon rapport aveede nobles seigneurs et de dignes ecclésiastiques. On dit mémo qu'il a reçu de Versailles trois rouleaux de louisdoubles pour une collection de miniatures sacrées qui l’ont mis très en vogue.

THIBACDICR.

Je sais, je sais tout cela comme vous, et aussi ce que vous allez me dire pour conclure : Que ne mariez-vous ensemble les deux enfanst

LIÉTARD

C'est, en effet, ma pensée.

TUIBACDIER.

Eh bien ! je ne peux pas les marier, |*rcc que cette belle et blanche Alix, que j’ai chaz moi depuis l’Age de dii-buit mois, comme fille d’un de mes frères, {avec mystère) n’est fias ma nftcejmiT que la vôtre *

^#TABD. »

I>icu merci, voilà mes affaires en règle, cl je peux terminer mes préparatifs.

« LlftTARt.

Ce voyage dont* vbuV'avez parlé tout-à-l*heure comme d’une chose clfisfcre en .projet est donc plus prochain qu'on ne jfcusc ? * ,

TDIDAl'DIER. * *■

Si prochain que vous aurez peine à» le aroiiç. ^ ^ j’attendais que nous fussions seuls, et dehors, pour en causer avec vous. , .

LIÉTARD. A

Dehors? *

TUIDâCDIER.

Oui, oui, dans votre étude, comme chez moisit y a trop d’oreilles cl de portes ouvertes. M m ®Thi- baudier, ma chère épouse, est certainement la femme la plus pieuse, la plus respectable que je*« « unnaissc , mais c’est aussi, àpi'ês ma servante Cisquelte pourtant, la plus curieuse et la plus bavarde! Comme on connaît les saints...

LIÉTARD

Ali çal ch bien! quand partez- vous donc?

tbibaudier , après avoir regardé autour de lui.

Ce soir, après le couvre-feu.

liétard.

Est-il bien Dieu possible que vous ne me fassiez point un conte?

TUUIAUDIER.

Non^ion, non, non ; il est mémo temps et bien temps que je m’en aille.

C’est la fille du duc de Crossac , poursuiVt «•.comme protestant lors de la révocation de l’édit de Nantes, et obligé de prendre la fuite et de se réfugier en Bohème.

LIÉTARD

Eh! quels rapports existaient donc entre le duc Y et vous , pour quq,\pys affr^pficz u»us les^ tristes résultats .possibles d’un 'pareil service? **

*Né\u château le même jourxjliele pafWAlit dont nifct pareils étaient régisseurs, il n'a jamais \ oublié que noiiR*?h>ns passé ensemble notre enfora, et lorsque le tec<ps de l'infortune est arrivé, nmuiéto et brave seigneur est venu en cachette frapper à ma porte par une nuit froide et plu- \ vieyj^t, me montrant un enfant dedix-huitntoi* enveloppé dans son manteau, il m'a demande^ avec une digne simplicité : • Tbibaudier, mon aini. les catholiques pillent et biûÎCTttbunï^af^fca tète est mise à p>ix ; je tâcherai de la sauver si je suis tranquille sur le sort d’Alix. Veux-tu garder ma fille? — Comment! si je veux, monseigneur! m'écriai-je en la prenant de ses bras; c’est bien de l'honneur que vous roc faites. • Et pieu* rant A chaudes larmes de cette preuve d’estime, je cherchais à baiser ses mains pour l’en remercier; il serra les miennes, l’honnélc homme, et me dit en sortant pour adieu : • Mon pauvre ami. prions Dieu qu’il éclaire le roi, car il est bien mal conseille.»

LES CHIENS DU MONT-SAINT-BERNARD 3

liétabd.

C'est bien, Tbibaudicr, c’esi très-bien; et je connais de fort bonnes gens, selon le monde, qui n’en auraient pas fait autant que vous.

TIIBAODll».

Pendant dix-sept ans que je restai sans nouvelles, je n'eus qu’à me louer de sa modestie et de sa docilité. Il y a cinq mois, un certain Joannes, un Bohémien an teint cuivré, m’apporta un petit coffre contenant des pierreries de famille, des titres et des parchemins, avec une dépêche que le duc de Cressac avait tracée pour moi quelques heures avant de mourir. Or, mon cher maître, les titres constatent qu’Éléonore Françoise Alix, le seul rejeton direct, l’unique héritière de la famille, n'ayant pas quitté la France, aura droit, d’après les ordonnances, à la succession de son père.

LIÉTABD.

Ah ! quel bonheur pour cette chère enfant t

THIBACDIKB.

Assuré de ta protection de messire Esprit Flérhier, l’évéque de Mimes, mon parent, je me préparais alors tout doucement à rendre mon fonds tic boutique pour l’automne, dans trois mois, et à me rendre à Paris avec ma famille, pour y solliciter l’agrément de sa majesté notre grand roi Louis XIV, afin qu’Alix pût rentrer dans lesbiens de ses ancêtres.

LIÉTAftD.

Et quelle circonstance vous a fait changer ces dispositions et précipiter votre départ ?

THIBAUDISB.

Un incident bien imprévu : dimanche dernier, le seigneur de Maufilàtre , arrière parent... oh I mais très-éloigné des Crcssac, capitaine du roi en Dauphiné, et très-zélé, d’aucuns disent trop zélé catholique , est venu sans préparation pour me demander la main do ma nièce.

LIÊTABD.

Ab! bah! voilà qui est singulier, un arrièreparent qui vient s’offrir pour épouser sa cousine sans le savoir.

THIBitlDIB*.

Il le savait, le rusé gentilhomme ! il le savait par le messager du duc de Cressac défunt, ce Bohémien Joaunes, qu’il a pris ft son service; et c’est lorsqu’il a connu, comme je l'ai appris, l’envoi des pierreries , la naissance d’Alix, ses titres et ses droits, qu’il est venu faire à ma barbe du désintéressement, assuré qu’il était d'en être bien largement récompensé ; malgré cela, je crus devoir parler de sa demande à notre Alix.

LI&TABD.

Ab ! voyons !...

THtBAUBIKR

Elle répondit, mais résolument , que, choquée des grauds airs et de la familiarité suffisante du gentilhomme, clic ne pouvait le souffrir, et que. d'ailleurs elle ne serait jamais la femme d’un fa- ! italique connu par sa cruauté envers les tnalbcu- *

reux religionnaires , dont il était le plus ardent persécuteur.

LIÉTABB.

Diable! diable!... elle a de la tête!

TBIBACÜIBB.

Il fallut faire passer ce refus... aussi poliment que possible, et je m'attendais à quelque vilain éclat; le capitaine se contint, Dieu merci; il se retira même assez convenablement, et ne reparut point à la boutique; mais dans les huit jours qui ont suivi... j’ai vu tantét loi, tantét Joaancs, quelquefois tous les deux, rûder, cbuchotter à la brune dans les envirous, comme des gens aux aguets; et somme je connais la moralité do pèlerin, craignant quelque trame, quelque trahison, quesais-je! quelque enlèvement...

LIÉTABD.

Ob! il en est capable!

tbibaudieb prenant Liitard par le bras , lui dit à demi-voix.

Tenez, avais-je raison de vous dire que le mai tre et le valet ourdissent quelque noirceor; les voyez-vous là-bas, de quel air ils examinent ma maison et se la montrent en marchant? Ourdis sez, mes bons amis, tournez autour de la cage, mais ne comptez pas sur les oiseaux. Je ne veux pas avoir l’air de m'occuper d’eux. Voilà mon porteur, je rentre avec lui.

LIÉTABD.

Adieu donc et bon voyage ; j'attendrai de vos chères nouvelles!

TflIBACDIBB.

Et vous n’attendrez pas long-temps. Adieu!

Il» sp serrent U main ; Pierre passe en les saluant ; Maufilatre et Joannep entrent en scène comme des gens qni sc promènent ; Thibaudier rentre chet lui derrière le porteur ; Liétard sort à l'oppose de le maison.

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