‹ Les chiens du MontSaintBernard melodrame en cinq actesChapitre 78 sur 79 · FLEURY · texte numérisé non relu

FLEURY

on père, soutenant Maufilatre.

Reposons-nous encore. «

MAUFILATRE.

Du rhum, père, du rhum toujours!

le père, hésitant.

Mais ue craignez-vous pas...?

MAUFILATRE.

Parce que j'ai vidé la première gourde?... c’est de la tisane d’homme de guerre; nous le prenions le matin avoc mes dragons, à môme le baril, A la régalade. (Il boit.) Oh! la tête, je vous la garantis, elle est saine. (Avec un accent de souffrance.) C’est le corps... je ne le sens plus, il semble qu’il soit resté en chemin lorsque vous m'avez ramassé.

Il boit encore.

MARCERm.

Eh bien ! Alix!

alix, rouvrant les yeux.

Ils le ramènent mon fils ; ■ ‘est-ce pas. Margerin?... je vous aurai tous les deux sur mon cœur, ti je dois mourir.

MARGERIN.

Tu vivras.

MAUFILATRE, 86 SOUleVOM.

Entrons, je me sens plus fort.

alix, se soulevant de son côté.

Conduis-moi! ( Elle avance vers le groupe des pères. Alix et Maufilatre se trouvent face à face. Se rejetant en arriére, les yeux hagards , la poitrine oppressée, et désignant du doigt Maufilatre quelque temps avant de parler .) AhI Maufilatre 1 tiens,' c'est lui, lui, le meurtrier de notre enfant. Venge-nou».

MARGERIN.

Lui, toujours lui! parloull

Il arrache le bâton des mains d'un guide ai le Ifeve sur la

tête de MauÜütre,^ui fait un effort pour se desser et

présente audacieusement le front.

MAUFILATRE.

Arrière, beau sire encapuchonné, la main qui se lève sur un gentilhomme tombe sous la bacbe.

cbampfleury. se jette entre deux pendant que le guide a retenu le bras levé de Margerin.

Que vas-tu faire, ami?

MARGERIN.

Laisse-moi.

cbampfleury.

M’enlève pas le criminel A la justice des hommes;

MAGASIN THEATRAL

c'est pour y satisfaire que la justice du ciel l'a* mène ici.

maufilatre , avec dédain. ,

La justice des hommes, je la connais; la justice du ciel... je suis sorti du précipice; («« tournant vers Champflcury ) et si j’avais la des dragons sous la main, mon drôle, ce serait une justice plus réelle qui te ferait pendre, et à la minute.

MAIGREIR.

Encore des menaces, quand il devrait frémir sous l'horrible accusation d'une malheureuse mère!

MAUFILATRE.

Demande-Iui donc un peu qui de nous deux a commencé la lutte.

ALIX

Ah! que je vive mon Dieu! le temps d’aller aux pieds du roi, il sera juge.

MAUFILATRE.

Quelqu'un de plus puissant que lui m'absoudra bientôt, fous que vous ôtes, et ne vous laissera qu'un cadavre en cause; c'est le trépas : je le sens, il arrive et me prendra debout, je l’cspérc, comme il convicut A tout brave gentilhomme.

ALIX

O mon père, si tu pouvais revivre et l’entendre, voudrais- tu t’honorer de ce titre de gentilhomme qu'il ose se donnar encore?

maufilatre, désignant Margerin.

Qu’il m'accuse, lui, qu'il m’injurie, qu'il me tue, je le comprends; son audace le relève A mes yeux, nous étions rivaux, il t'aimait; il a fait son métier d’homme; mais toi, duchesse Alix, voyons, ton devoir de femme l'as-tu fait, pour m’accuser ainsi? et dis- moi, la main sur la conscience, mes crimes, si tu veux que cela s’appelle ainsi, mes crimes ne sout-ils pas un peu les liens?

MARCER1N.

Faites taire ce misérable, ou je ne réponds pas de ma fureur.

maufilatre.

Écoulez plutôt, écoutez, chacun sa part; il faut savoir entendre pour condamner : sa destiuée a fait la mienne : deux créatures qui m'étaient indifférentes, et que vos actions, Alix, ont jetées sur mon chemin, vivraient encore si vous l'aviez voulu: c'est l’orfèvre Ttiibaudier, c'est l'enfant <fe cet homme que je croyais mort ainsi que vous, de cet homme dont les regards semblent prêts & me dévorer. La mort fera bien cet office sans vous, Margerin; maintenant que vous voilà réunis, un peu de pitié pour les autres gu moins. Le pape est û Rome pour donner des dispenses, et par arrêt de Versailles le ventre peut anoblir : vivez, vivez l’un pour l'autre; un nouvol héritier pourra

naître. (Avec un rire sardonique.) Mais l'héritage . (A Alix)ce n'est pas moi qui l’ai détruit, duchés»* Et voilà ma vengeance. Je vous laisse au coeai une douleur élernello et qui fait ma derniér joie. Les titres sont au fond du gouffre avec l’h«£ ritier des titres.

11 tombe mourant aurun rocher à gauche du spectateur face de l’ hospice.

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