HISTORIQUE
Les cartilages du larynx peuvent devenir le siège de productions cartilagineuses qui sont décrites sous le nom de chondromes ou enchondromes du larynx. Le cartilage cricoïde semble être le plus fréquemment atteint, et c'est à l’enchondrome du cricoïde que nous avons résolu de borner notre étude.
Il nous a paru, en effet, que cette affection mérite d’être étudiée à part. Par leur développement intralaryngé déterminant des troubles dyspnéiques et vocaux, par leur siège sous-glottique donnant un aspect laryngoscopique tout à fait spécial, par leur thérapeutique uniquement opératoire, ces tumeurs nous ont paru constituer un cadre clinique parfaitement défini.
Les tumeurs cartilagineuses du cricoïde ne sont pas extrêmement fréquentes. Nous avons pu en réunir une vingtaine d'observations.
Le premier cas est rapporté par Travers, en 1816, qui soigna une femme pour des troubles laryngés et
dois pharyngés. La dysphagie augmenta rapidement et la malade mourut subitement. Gintrac (1852) cite l’observation d’un homme de vingt-huit ans, qui mourut asphyxié. A l'étranger, des chondromes du cricoïde sont signalés par Birsch-Hirschfeld, Türck (1866), Morell Mackenzie (1870), Ehrendortfer (1881), Musser (1882), Bœcker (1886); en France, le premier cas est rapporté par Bertoye dans les Annales des maladies de l'oreille et du larynx (1886). Le diagnostic fut fait par M. le D" Garel, médecin des Hôpitaux de Lyon, mais, en raison de l’état cachectique, on ne put pratiquer qu'une intervention d'urgence et le malade mourut, sept jours après la trachéotomie, de complication pulmonaire.
Ces tumeurs n'avaient alors qu'un intérêt platonique d'anatomie pathologique. Les progrès de l'examen endolaryngé, ceux des interventions chirurgicales donnent maintenant un grand intérêt à ces enchondromes, puisqu'on peut en obtenir la guérison définitive. La première intervention fut pratiquée en 1888 (Bruns). Guérison. Quatre ans après, il n’y avait pas de nouveaux troubles. Alexander (1900) rapporte un cas opéré par Bergmann et fait une étude histologique de la tumeur.
Enfin, M. le D' Garel, médecin des Hôpitaux de Lyon, fait opérer deux malades. Pour l'un d'eux, M. Durand, chirurgien des Hôpitaux, pratiqua une thyrotomie avec ablation de la tumeur. La guérison fut complète.
Zenker (1909) cite un nouveau cas, et tout récemment M. Moure, professeur à la Faculté de Bordeaux,
a opéré un malade pour un enchondrome très volumineux.
Les chondromes du cricoïde, sans être très fréquents, sont donc assez bien connus à l'heure actuelle. Après avoir étudié l’étiologie et l'anatomie pathologique, nous en décrirons les symptômes et nous dirons quelle doit en être la thérapeutique, en nous basant sur 23 observations dont 12 ont pu être l’objet d’un traitement actif ; nous constatons 7 fois la guérison.