‹ Les Chordomes Sacro-CoccygiensChapitre 4 sur 30 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Si, parmi les grands problèmes qui se posent en pathologie générale, il en est un qui a passionné les chercheurs et suscité de nombreux travaux, s’il en est un qui a fait naître d’ardentes controverses, c’est bien celui de la pathogénie des tumeurs. Tour à tour, les: anatomo pathologistes et les bactériologistes, les expérimentateurs et les parasitologues ont étudié cette question et, par diverses méthodes, ont cherché la solution de cet angoissant problème.

Pathogénie des tumeurs. — À l'heure actuelle, deux grandes théories restent en présence: la théorie cellulaire et la théorie parasitaire. Pour la première, les tumeurs s'expliquent par une évolution anormale, par une déviation des éléments cellulaires des tissus, que ceux-Ci soient embryonnaires ou adultes. Pour la seconde, la plus récente, les tumeurs ne seraient autre chose que l'aboutissant des réactions des tissus sous l'influence d'éléments parasitaires.

Dans la théorie cellulaire, la supposition d'une origine embryonnaire dans le développement des phé-

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nomènes mal connus de l'être, a été généralement accueillie avec faveur, sous les différentes formes

qu’elle a pu affecter.

Hypothèse de Cohnheim. — Parmi celles-ci, la plus connue et la plus répandue a été l'hypothèse de Cohnheim. D'après Cohnheim, toutes les tumeurs sont d’origine congénitale, ; c’est-à-dire proviennent de cellules embryonnaires résiduelles, persistant inutilisées, après le développement complet de l'organisme. Qu'une cause, jusqu'ici impossible à déterminer, vienne réveiller leur activité et la tumeur est constituée.

Dans ses leçons (Berlin, 1882), il cherche de la façon suivante à expliquer sa théorie : « Le plus simple, dit-il, parait, sans doute, d'admettre qu'à un stade précoce du développement embryonnaire, il s’est produit plus de cellules qu'il n'était nécessaire pour l'édification du tissu considéré, de telle sorte qu'il est resté un certain nombre de cellules non employées qui, justement à cause de leur nature embryonnaire, possèdent de grandes qualités de croissance. Le moment de cette production exagérée doit, à mon avis, se trouver à un stade très précoce du développement, probablement entre la différenciation complète des feuillets du germe et la différenciation des éléments de chaque organe, ce qui expliquerait comment ce défaut de développement amène, non le gigantisme d'un segment du corps, mais seulement la croissance excessive d’un tissu. » Et encore, ces cellules restées embryonnaires par une sorte de som-

meil prolongé, tandis que les éléments qui les entourent ont suivi leur évolution, ne suffisent-elles pas à tout expliquer ; il faut qu'une certaine impulsion leur soit donnée et c’est ainsi qu'agissent, dans la production des tumeurs, l'inflammation ou le trau- matisme ou toute autre cause jusqu'ici inconnue.

De nombreuses objections ont été faites à cette théorie, et cependant, si les anomalies du développement embryonnaire n'expliquent pas la pathogénie de toutes les tumeurs, elles en expliquent quelquesunes et, d'une facon très positive. Malassez, pour les kystes du maxillaire, Tourneux, pour les tératomes du coccyx, ont montré tout ce que la théorie de Cohnheim avait d’exact.

Les chordomes. — Mais il est d’autres tumeurs passées inaperçues qui semblent aussi rentrer dans le cadre de la thèse de Cohnheïm : il s'agit des chordomes, c’est-à-dire des tumeurs développées aux dépens des restes embryonnaires de la notochorde.

Ces tumeurs sont jusqu'ici restées rares et méconnues, et c’est grâce aux progrès de nos connaissances histologiques et surtout grâce à la perfection des techniques micrographiques qu'on a pu les étudier facilement, alors qu’elles ont pu échapper longtemps aux premièrs observateurs et à Virchow lui-même.

Historique. — C’est Ribbert qui, en 1894, apporka la première étude générale sur ce type néoplasique. Jusqu'à présent, trente cas ont été seulement observés. Il furent d’abord signalés en Allemagne, puis

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en Italie, puis aux Etats-Unis. En France, on n'en connaît encore que quatre cas.

Les chordomes siègent aux deux extrémités du rachis : tout d’abord, on ne connut que ceux siégeant au voisinage de la selle turcique, véritable curiosité anatomique et ce n'est qu’en 1910 que Mazzia publia la première observation de chordome sacro-coccygien. Depuis cette époque, le nombre de chordomes sacro-coccygiens publiés est de quinze. MM. Bérard, Dunet et Peyron, ayant publié l’observation du dixième. On ne connaît pas d'exemple de ces tumeurs siégeant dans le segment dorso-lombaire. Klebs a cependant signalé un cas de chordome de la partie antérieure de la colonne vertébrale dans la région cervicale.

Notre intention, dans cette courte thèse est de limiter notre étude aux chordomes sacro-coccygiens, appuyant la plupart de nos données sur l'observation communiquée par MM. Bérard, Dunet et Peyron, à la séance de l'Association française pour l’étude du cancer, du 23 février 1920.

Après avoir résumé l'ensemble des observations publiées jusqu'à ce jour, nous essayerons d'en dégager un tableau clinique, puis d'en tracer un court aperçu anatomo-pathologique, montrant que si ces. tumeurs sont rares, elles ont pu souvent passer inaperçues à l'œil d’un clinicien consciencieux mais non averti.

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