AVANT-PROPOS
Les expressions « Église celtique », « Chrétientés celtiques », aujourd'hui courantes, ne sont pas anciennes. Ni les Irlandais, ni les Gallois, ni les Bas- Bretons du moyen âge ne se donnèrent à eux-mêmes le nom de « Celtes ». Cette dénomination commune, sous laquelle on comprend de nos jours les anciens Écossais, Irlandais, Gallois, Cornouaillais et Bretons, repose sur la ressemblance des langues primitivement parlées par ces divers peuples et sur une vague parenté ethnique1. Au point de vue qui nous occupe, le synchronisme approximatif du développement des institutions chrétiennes dans les* différentes fractions du monde celtique insulaire et armoricain, la parité — au moins dans les grandes lignes — de ces institutions, de l'esprit et même, à certains égards, du tempérament religieux qui leur ont donné leur couleur caractéristique, enfin les influences réciproques qui se sont
i. Le scepticisme des savants va s'accentuant de plus en plus touchant la valeur du concept de race. Tacite, parlant des Bretons, faisait déjà une part prédominante à 1' « ambiance », à l'adaptation, au milieu.au détriment de l'idée de race {Agricola, c. H).
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exercées entre ces diverses Églises, isolées géographiquement et politiquement du reste de l'Occident chrétien, voilà, semble-t-il, des raisons propres à légitimer une étude d'ensemble sur les origines et les progrès du christianisme dans ces pays jusqu'au moment où ils achevèrent de perdre leur physionomie religieuse propre, c'est-à-dire jusqu'aux xie et xne siècles.
En dehors de l'article de Schoell sur l'Eglise celtique publié en 1881 dans la seconde édition de la Realencyklopadie de Herzog et Plitt * , et remplacé par celui de Heinrich Zimmer dans l'édition de 1896- 1909, je ne connais aucune étude d'histoire ecclésiastique ayant pour limites géographiques et chronologiques celles que je viens d'indiquer. On a réclamé plusieurs fois un travail français sur ce sujet2. Celui-ci est une œuvre de vulgarisation et de synthèse. Je pourrais dire avec saint Colomban : Totum dicere volui in brevi, totum non potui. Du moins, si je n'ai rien omis d'essentiel, si j'ai donné un aperçu des faits marquants, des faits ayant une véritable valeur historique, de leur degré d'originalité et de leur coordination, si, tout en disant où en est aujourd'hui la science sur tel et tel point, j'ai facilité les recherches futures par une information nette et suffisamment abondante, mes efforts n'auront pas été stériles.
J'ai reçu aide et encouragement de divers eûtes. Mon jeune confrère, le R. P. David Guthrie, a dessiné les trois cartes géographiques placées à la fin du volume. Il s'est acquitté de cette tâche minutieuse avec un soin et une habileté dont je lui sais le meilleur gré. Mon excellent ami, M. l'abbé F. Duine, dont la com-