‹ Les cinq minutes du commandeur drame en cinq actes et sept tableauxChapitre 41 sur 64 · UN PAYSAN · texte numérisé non relu

UN PAYSAN

A lui le vin de Chypre ! le vin d’Homère !

, PANFILIO.

Ecoutez encore! [Pendant que Pan/ilio improvise^ Marie rêveuse et triste et le Commandeur se regardent.)

l’improvisateur.

Mais il est d'autres destinées ;

Il est des femmes qui sont nées i

Pour le martyre et pour les pleurs I Les jours, les heures, les années.

Comme de sombres condamnées,

Passent, en pleurant, dans leurs coeurs.

Elles ont, dans nn jour d’erreur et de folie,

Épousé sans élan, sans amour, sans désir.

Et scellé froidement leur jeunesse et leur vie Dans le fond d’un tombeau qui ne doit plus s’ouyrir!

Dans leurs regards pleins d’amàres pensées Que de souilrances amassées I Dieu seul peut les compter, mais l’homme pourrait voir Dans ce sombre miroir Un mot qui toujours passe.

Que le sourire même, hélas 1 jamais n’efface !

Désespoir 1

Oui, désespoir pour toi d'avoir été la femme Du mari redouté !

Désespoir pour celui dont l’âme suit ton âme!

Désespoir pour tous deux, et pour l’éternité !

, , Marie se lève et d'm* pas égaré va à l’fvtprovUateur,

Pitié pour celles-là ! pitié ! pitié profonde !

Si vous les rencontrez dans les sentiers du monde,

Tristes, hâtant le pas, ' ' '

Vous les reconnaîtrez à leur front qui s’incline,

Car, jamais aucun cri ne tort de leur poitrine I Elles pleurent si bas i .. .

MARIE, au comble de l’égarement et offrant à V improvisateur la chaîne d’or qu’elle porte au cou.

Merci I merci !

PANFiLio, donnant la chaîne à Bianca.

C’est à elle, madame, que vous la donnez, car c’est elle qui m’a inspiré. Qu’il chante une joie ou qu’il pleure sur une infortune, le poëte ne veut pour récompense que les applaudissements ou les larmes de la foule. J’ai eu les applaudissements {bas à Marie) et les larmes ! Je suis payé ! {Il s'éloigne. On le reconduit en l’applc{udissant.)

LE PODESTAT

11 se fait tard il est temps, mes amis, do regagner QQS chaumières.

MARIE

Dubois ne revient pas.

LE COMUANDEUR, se levant.

Je vous remercie, monsieur le podestat, de l’accueil que nous avons reçu ici, madame et moi.

LE PODESTAT

Monseigneur... >.

LE COMMANDEUR

C’est à TOUS que nous le devons, à vous et à cette gracieuse et belle mariée. Je me souviendrai de "vous, madame, toute ma vie.

LE PODESTAT

Vous partez?

A l’instant. Nous n’attendons plus, pour quitter ce village, que le retour du domestique chargé de venir nous dire que la voiture a été mise en état de reprendre la roule.

LE PODESTAT

Un bon voyage, monseigneur, et puissent tous vos vœux se réaliserl

LE COMMANDEUR. '

Mille grâces, monsieur le podestat.

LE PODESTAT

Et vous, mes enfants, en route. Pour l’égayer, chantons la ronde de la mariée. {Les villageois sortent avec le Podestat.)

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