SCÈNE VII
Lbs Mêmes, RAOUL.
[À l'entrée de Raoul, la foule s'ouvre et il la traverse pour venir se placer à quelques pas du fauteuil delà Marquise, qu'il regarde avec une persistance et une ironie blessantes. Pendant quelques instants, elle soutient l’insolence de ses regards. Près d’elle, dans des altit udes expressives, sont le Commandeur et le Marquis. Les autres personnages ont peine à contenir leurs mouvements de colère. Pendant toute la scène la figure du Marquis a une expression, tantôt de curiosité, tantôt de stupidité riante; son frère le contient sous la domination de Sun regard; il le surveille.)
MARIE, se levant.
Enfin, monsieur, qui êtes-vous? et que me voulez-vous?
RAOUL
Je suis Raoul de Marescreux.
marie.
Raoul de Marescreux I
l ui !
LE MARQUIS
Raoul de Marescreux, qui vous a fait dire ce matin : « Puisque » vous ne voulez pas me recevoir chez vous, madame do Beau- » mesnil, moi, je vous recevrai bientôt chez tout le monde. » Je vous ai tenu parole.
LE COMMANDEUR, arrêtant les jeunes gens gui veulent se jeter sur
lui.
Laissez, messieurs, je veux qu'on l’écoute... je veux savoir...
MARIE
Encore une fois, que me voulez -vous?
RAOUL
Je suis sous-lieutenant dans les dragons du Béarn, et je veux être nommé colonel de la maison du roi.
MARIE
Ahl c’est donc moi qui dois récompenser le fils du dénonciateur de mon père ?
RAOUL
Votre père, madame, s’il eût réussi, aurait fait mourir le mien ; j’en ai la preuve. Mon père prit les devants. Trahir un traître est un devoir et non un crime. Mon père dénonça donc le vôtre, et il fit bien ; et tous les deux, dénoncés l’un par l’autre, eurent leur supplice. Le vôtre fut torturé ; le mien condamné à mort. Le vôtre, grâce à l’or que vous pûtes lui procurer, corrompit ses geôliers et s’évada ; le mien eut la tête tranchée sur l’échafaud. Voilà le passé. Depuis, vous êtes rentrée en grâce, madame, vous êtes redevenue toute puissante ; et moi, à grand’peine, je suis devenu sous-offlcier obscur dans une milice obscure du Béarn. Vous ôtes entourée d’honneurs, on vous a rendu vos biens ; les miens sont sous le poids de la confiscation...
MARIE
Monsieur !...
RAOUL
D’abord, vous me ferez rendre mes biens.
MARIE
Monsieur !...
RAOUL
Oh ! je n’ai pas fini... Vous m’obtiendrez ensuite un brevet de colonel...
MARIE
Monsieur !
RAOUL
Et quand vous m’aurez rendu l’honneur par ce brevet de colonel, quand vous m’aurez rendu riche par la restitution de tous mes biens...
MARIE
Monsieur!...
Je devais bien vous épouser... oui, madame, vous épouser, et TOUS le savez bien.
LE COMMANDEUR
Insolent! (71 regarde k Marquis.) A moi, mon frère I {Le Commandeur lève son gant, le Marquis son mouchoir sur le visage de Baoul.)
RAOUL, les retenant tous deux.
Deux soufflets! Je les tiens pour reçus... {Remontant vers Rosamberget Toumon.) Voici mes seconds... {Mrntvement de refus des jeunes seigneurs.) Rassurez-vous, messieurs, je suis bon gentilhomme. ^
LE coHMANDEUR, s'approchant de Momac et de BlamorU.
Voici les nôtres. (Il redescend et vient se placer à côté de Raoul, au premier plan à droite; les autres pef sonnages sont groupés au fond.)
RAOUL
L’endroit ?
LE commandeur.
Le bois de Vincennes ; on se rencontrera au pied do la tourelle.
RAOUL
L’heure?
LE COMMANDEUR
Quatre heures.
RAOUL
L’arme?
Le pistolet. Si mon frère meurt le premier, je le remplacerai i si c’est moi, il me remplacera. Est-ce convenu?
RAOUL
C’est ccmvenu. A combien de pas?
LE commandeur.
Nous marcherons l’un sur l’autre, et tirera qui voudra jusqu’à ce que mort s’en suive. Acceptez-vous ?
RAOUL
J’accepte tout.
LE COMMANDEUR
A demain!
RAOUL
A demain I