‹ Les cinq minutes du commandeur drame en cinq actes et sept tableauxChapitre 57 sur 64 · LE COMTE DE BLAMONT, MARIE · texte numérisé non relu

LE COMTE DE BLAMONT, MARIE

BLAMONT, au fond, à la cantonade.

Qu’on ne dételle pas.

MARIE

La voix de mon cousin de Blamont. {Elle court au devant de lui.) Mon mari!... Parlez-moi de mon mari 1

BLAMOHT.

Le marquis de Beaumesnil...

' MARIE

Vous n’achevez pas... O mon Dieu I mon Dieu! Et son frère? Vous vous taisez encore !...

blamoiit, à part.

Son effroi m’épouvante ! {Haut.) Le Commandeur...

MARIE

Mort aussi, n’est-ce pas ?

blamont.

En fuite.

MARIE, allant s’asseoir à la table à droite du spectateur.

Ah! vous comprene.z, mon cousin, vous voyant revenir seul..* vous comprenez mes appréhensions .. mes craintes... Ah ! il est en fuite... Et vous savez sans doute où il est allé? Vous le savez ?

BLAMONT

Il doit passer quelque temps pour mort afin d’échapper aux recherches des gens du roi.

Oui, les lois contre le duel... Ainsi, vous avez vu mourir le pauvre marquis?

BLAMONT

Traversé par l’épée de son adversaire.

MARIE

C’est à l’épée?... Il me semblait que j’avais vu emporter d’ici des pistolet^.

BLAMONT

Le Commandeur s’est battu au pistolet.

MARIE, se levant.

Ah! vous disiez qu’on est à sa poursuite ?

BLAMONT

Je le suppose, je le crains.

Et qui vous fait croire ?

BLAMONT

A la ûn du combat, nous avons vu venir les gens du roi...

MARIE

Et alors?

BLAMONT

Et alors nous sommes tous montés rapidement on voiture, excepté le Commandeur, parce que...

MARIE, vivement.

Parce que?...

BLAMONT, à part.

Ces questions!... (AfauL) Parce qu’il est...

MARIE

Achevez I

BLAMQNT.

Blessé...

MARIE

Blessé!...

BLAMONT

Grièvement blessé.

MARIE, passant à droite.

Mais s’il est grièvement blessé, il n’aura pas pu s’enfuir ; il aura été arrêté. Il est inconcevable, il est cruel , il est lâehe de l’avoir ainsi abandonné. Oui, lâche!... Oh 1 pardon, mon cousin, mais ma tête est perdue!... deux .frères qui s'aimaient tant! que tout le monde aimait tant... Apprendre au même instant que l’un est mort, et que l’autre... (À part.) Oh! il ne me dit pas la vérité. Est- il blesté, est-il pris, est-il mort? [Haut d'un ton tuppliant.) Mon cousin, je vous demande, vous ne m’avez pas

répondu... je vous demande comment le Commandeur aura pu échapper aux gens du roi, s’il est grièvement blessé?

BLAMONT

Voici...

MARIE

Dites...

BLAMONT

C’est que ..

MARIE

Parlez!...

BLAMONT

Pardon, ma cousine, mes idées sont encore si troublées!...

MARIE

Vous disiez...

BLAMONT

Que, malgré sa blessure...

MARIE

Continuez !

BLAMONT

Le Commandeur a eu le temps de se diriger vers le couvent de Saint-Ambroise... des religieux de cet ordre qui passaient par-là avant que les gens du roi n’aient occupé le terrain...

MARIE

Ainsi , vous êtes sûr que le Commandeur, malgré sa blessure?...

BLAMONT

Oui.

MARIE

Est vivant?... vous me le jurez?...

BLAMONT

Ma cousine, je succombe à la lassitude, à l’émotion... j'ai aussi quelque raison de craindre pour ma sûreté personnelle. La nuit va finir... permettez-moi...

MARIE, allant s’asseoir à la table à gauche

Partez, mon cousin... partez! Oui, votre sûreté personnelle... la nuit va finir... quelle nuit!...

BLAMONT, à part, en s'en allant.

Oh! comme elle l’aimait!... Elle aussi a été tuée ! (Il sort par le fond.)

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