V. P. 207 en note
M. Maurice Aubry, dans son livre récemment paru sur les Banques d'Emission et d'Escompte, — publication soigneusement traitée et dont l'auteur a cru devoir nous faire un hommage dont nous nous tenons particulièrement honoré, — M. Aubry, dis-je, écarte Bruxelles du tableau graphique fort intéressant
qu'il donne du taux de TEscompte sur les principales places de l'Europe dans une période d'environ 10 ans. J'ai quelque peine, je l'avoue, à m'expliquer l'exclusion donnée à nos voisins. La raison formulée à ce propos par M. Aubrj serait-elle donc exacte, et la Banque nationale qui, suivant qu'on l'a pu voir, s'est maintenue, en pleine crise de 1857, à distance de Paris et de Londres par un écart en moins de 2 à 4 0/0, doit-elle être traitée comme si elle avait suivi, au contraire, tous les emportements du taux maximum de l'escompte? Cela me paraît jusqu'ici peu justifié. Voici des indications que ]». Maurice Aubry voudra bien rectifier à l'occasion, s'il arrivait qu'on fût ici, — ce que je ne suppose pas, — la dupe de quelque mirage.
En 1855 et 1856, époques d'assez vifs embarras en Angleterre comme en France, l'on remarque que la Banque de Belgique garde le statu quo anle bellum, si l'on peut ainsi parler. Malgré l'exemple donné par ses redoutables voisins, le Belge vit accueillir son papier à 90 jours par un escompte de 2 et demi 0/0 invariablement. (Consulter à cet égard le Journal des chemins dé fer, n» du 27 septembre 1856.)
En 1867, même conduite. — J'en ai, dans le courant de ce livre, fourni la preuve. — En 1864, il en est de même; Bruxelles est notablement en contre-bas de Londres et de Paris. Il me semble que, lorsqu'une place a le pouvoir de décliner à ce point l'action d'une prétendue Crise, Ton est mal venu à la stigmatiser en la représentant c^mme vouée aux lois les plus dures de l'escompte. — Tel n'est pas d'ailleurs, on peut le voir plus bas, le sentiment du commissaire placé près de la Banque nationale, M. Kreglinger, dans son rapport sur l'affinage des métaux précieux.
Le maximum eut évidemment son siège ailleurs.
Pourquoi, dès lors, ne pas comprendre la place de Bruxelles dans ce tableau graphique, d'ailleurs fort bien fait, du Cours de l'Escompte européen? — Je n'en vois pas la raison. Il y a mieux : non seulement Bruxelles échappe à l'action des crises les plus intenses, sans se voir forcé de peser alors sur le taux de l'escompte, mais les affaires de la Banque nationale vont toujours grandissant. C'est ainsi que, chaque année, qu'il y ait Crise ou non, le chiflte des escomptes augmente.Cela est attesté par l'état ascendant du Portefeuille d'année en année. Voici qui le prouve. Je mets tu défi le Monopole de France ou d'Angleterre de faire de telles preuves. Les résultats ci-après sont, du reste, reproduits du livre
la Monnaie de Banque, édition de 1863; voir à cet égard l'aperçu relatif au gouvernement de la Banque de France àpariir de 1857;
Total des escomptes
(année de Crise)
Total des escomptes
millions
Je n'ignore pas que, dans la pratique, on passe à côté de certains faits qui gênent, pour n'avoir pas à en tenir compte. On imite ainsi, à l'occasion, « de Conrard le silence prudent. » — Mais si cette conduite est quelque peu habile, elle ne conclut guère, vu que les faits sont toujours les faits. Rien ne montre mieux d'ailleurs, le peu de foi qu'on a dans certaines causes.